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Réformer le système monétaire international, une tâche impossible?
Par le Pr. Jean Pisani-Ferry

Par L'Economiste | Edition N°:3432 Le 27/12/2010 | Partager

Si Nicolas Sarkozy avait écrit le prologue de sa présidence à la tête du G20 qui vient tout juste de commencer, il n’aurait pas fait mieux. La préparation du sommet du G20 à Séoul a été entachée par une série de controverses monétaires, mettant sur le devant de la scène une réforme du système monétaire international. Alors que l’idée française d’une telle réforme avait été accueillie initialement avec scepticisme, voilà que c’est devenu la priorité.Cette tâche n’a rien de simple. Le sujet est abscons. En dehors des milieux universitaires, pratiquement personne ne s’y est intéressé depuis 20 ans et il n’y a guère de propositions globales sur la table.Si les règles du jeu monétaire international sont peu claires, inadéquates ou obsolètes, elles ne sont pas respectées et certains pays sont tentés de les exploiter à leur profit. Cela mine le tissu même des relations économiques internationales.Réformer implique de traiter quatre problèmes clés. Le premier est celui des taux de change. Depuis plusieurs décennies les monnaies des pays avancés flottent entre elles, mais ce n’est que très partiellement le cas pour celles des pays émergents ou en développement. Nombre de devises, notamment en Asie et dans le Golfe persique, sont de fait liées au dollar ou à l’euro. Mais les taux de change fixes conduisent souvent à une sous-évaluation (comme en Chine) ou à une surévaluation (comme en Argentine au début des années 2000 ou maintenant dans un contexte différent, dans plusieurs pays de la zone euro). Les taux de change flottants et les taux de change fixes coexistent difficilement, car la volatilité tend à se reporter sur les monnaies flottantes (souvent l’euro, récemment les monnaies latino-américaines).Il faut donc réaménager le système. La pierre de touche est le yuan, non pas tant en raison des relations bilatérales sino-américaines que du fait que les autres pays émergents ou en développement surveillent de prés le taux de change du yuan avec le dollar pour déterminer leur propre politique. La Chine sait qu’elle ne pourra maintenir la situation actuelle à long terme, mais est réticente à agir énergiquement pour renforcer sa monnaie.Le deuxième problème est de discipliner les politiques nationales pour éviter la tentation d’exporter le chômage ou l’inflation. En régime d’étalon-or la discipline était automatique. Avec les taux de change flottants, elle ne l’est pas. Une règle implicite s’est bien imposée au fil des années, selon laquelle chaque banque centrale agit à sa guise, pourvu que la stabilité à moyen terme de l’inflation soit assurée. Cette règle assure normalement une cohérence minimale et évite une sur-réaction de taux de change, mais elle est insuffisante en période déflationniste. La Réserve fédérale fait valoir, arguments à l’appui, que l’assouplissement quantitatif qu’elle conduit est compatible avec la stabilité des prix, tandis que l’Europe et plusieurs pays émergents estiment que c’est une politique du chacun pour soi. Mais le contexte actuel ne fournit pas de critère permettant de déterminer à quel moment une politique nationale devient purement individualiste. Il faut donc exercer ce que le jargon appelle une surveillance. C’est le rôle du FMI, mais son mandat est de surveiller, pas de punir; c’est aussi celui du G20, mais les USA et les pays émergents ne sont guère favorables à une discipline collective.Le troisième problème est celui de la liquidité internationale. Les flux financiers sont excessivement volatils. Un jour les pays émergents sont submergés par les entrées de capitaux, le lendemain ils font face à des retraits brutaux, tout aussi déstabilisants. Pour éviter que leur monnaie ne s’apprécie trop dans le premier cas, ou qu’elle ne s’effondre dans le second, ils accumulent des réserves de change, aux deux tiers placées en dollars. Celles-ci représentent aujourd’hui 15% du PIB mondial, contre 6% il y a dix ans. Peu importe que cette politique constitue une forme d’auto-assurance ou qu’elle vise le taux de change: hier cette accumulation improductive a été l’une des causes sous-jacentes de la crise et aujourd’hui elle freine la demande. Pour y mettre fin, il faudrait rendre l’auto-assurance inutile en garantissant l’accès à des lignes de crédit internationales en cas de retrait brutal des capitaux privés. Le FMI a commencé à le faire en créant des facilités de crédit non assorties de l’habituelle (et humiliante) conditionnalité. Mais la méfiance envers lui persiste, et la plupart des pays, surtout en Asie, continuent de préférer une auto-assurance coûteuse à une mutualisation perçue comme incertaine.Le quatrième problème est celui de l’ancrage collectif. Naturellement, la plupart des banques centrales se préoccupent de l’inflation qu’elles peuvent contrôler, celle qui se crée dans leur propre pays. Mais elles ne peuvent agir sur l’inflation globale résultant de la hausse des prix des matières premières, qui se manifeste de plus en plus. Ce n’était pas grave dans l’environnement désinflationniste de la dernière décennie, mais çà l’est davantage dans le contexte actuel. C’est sans doute ce qui a poussé Robert Zoellick, le président de la Banque mondiale, à proposer de rendre un rôle à l’or. L’idée est absurde – Keynes parlait déjà de «relique barbare» - mais le problème de l’ancrage de la politique monétaire internationale et de son alignement avec l’évolution de l’offre au niveau mondial est bien réel.L’économiste Robert Mundell a comparé un régime monétaire à une constitution politique, parce qu’il fixe lui aussi les règles du jeu. La comparaison est appropriée. Malheureusement, elle montre aussi combien il est ambitieux et difficile de réformer l’ordre monétaire international.


Qu’en pense le monde?

Les USA, pour lesquels une réforme du système monétaire international signifierait une diminution du rôle du dollar, ne sont pas enthousiastes. La Chine qui a lancé l’idée est satisfaite de voir que les discussions prennent tournure, mais ne fait pas de propositions précises. Et comme le temps est de son coté, elle n’a aucune raison de se presser.Les pays émergents ont une position analogue: ils veulent une solution aux problèmes qu’ils rencontrent, mais ils ne sont pas encore prêts à réécrire la règle du jeu. Pour sa part, le Japon y serait disposé, mais il n’a pas le même point de vue que la Chine au sujet de la coopération monétaire régionale. Quant à l’Europe, elle se préoccupe avant tout de ses crises internes.Il est pourtant légitime de vouloir réformer le système monétaire international. Ainsi que l’aurait dit Lénine : «Le moyen le plus sûr de détruire le capitalisme [est] de s’attaquer à sa monnaie». C’est valable aujourd’hui pour l’économie mondiale.Copyright: Project Syndicate, 2010.www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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