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Rapport sur le cinquantenaire: Transformons le temps en espaces et la parole en actions
Par Najib Mikou, président d’Alliance Pro

Par L'Economiste | Edition N°:2250 Le 06/04/2006 | Partager

Le rapport sur le cinquantenaire, initié par Sa Majesté le Roi en 2003 et remis à la nation voilà quelques jours, est sans conteste un des moments forts du nouveau règne. Une véritable mise à la loupe et… à plat, sans ambages ni… ménagement, de cinquante ans de «Maroc’’ par cent experts, tous du terroir. A l’inverse de ‘‘l’extimité’’ sollicitée ou subie dans ce genre d’exercice, c’est un moment de vérité strictement intime d’un Maroc face à lui-même, par lui-même et pour lui-même. Mais, bien plus qu’une reconstitution-restitution d’un demi-siècle d’indépendance, le rapport enchaîne sur l’état présent du pays et ose un saut de vingt ans en avant. Le Maroc se trouve aujourd’hui, dit-il, à la croisée des chemins et deux scenarii se présentent à lui à l’horizon 2025: un scénario tendanciel ‘‘cercle vicieux’’ chaotique, probable et un scénario ‘‘cercle vertueux’’ volontariste salutaire, possible. Si le risque est grand de se fourvoyer dans les labyrinthes du ‘‘quoi’’ et du ‘‘comment’’ d’un parcours de cinquante ans pour se prononcer sur la lecture qui en est faite par nos experts, décrypter ‘‘le pourquoi’’ est nécessaire pour éviter justement la menace du premier scénario et prospecter ‘‘le comment’’ du deuxième.. Six maux-clés pour expliquer l’état des lieuxPourquoi donc en est-on là? Pourquoi nos cinquante ans d’indépendance nous mèneraient-ils droit vers le pire si nous restions sur la même voie? Pourquoi toutes les avancées enregistrées, plus particulièrement pendant les six dernières années, n’ont-elles pas suffi pour rassurer nos experts et les amener à envisager le seul deuxième scénario?Six maux-clés, intimement liés, pourraient contribuer à répondre à ces interrogations: absence de démocratie, adoption d’une vision de développement clés en main, lecture techniciste de l’état du pays, instabilité gouvernementale, absence d’anticipation et dédoublement du discours.. L’absence de démocratieL’absence de démocratie a reposé notre système politique sur des individus en lieu et place d’institutions représentatives et opérationnelles. Si bien que la vocation modérée et conviviale de la Monarchie marocaine et les bonnes intentions de hauts commis de l’Etat n’ont pas empêché un basculement précoce vers la pensée unique, vers le citoyen objet, vers le clientélisme, vers l’arbitraire, vers l’impunité, vers le manque de rigueur, vers le ‘‘laisser le temps au temps’’, vers la décrédibilisation de l’action politique, vers le refoulement des libertés individuelles et collectives, et vers... la violence d’Etat. . L’adoption d’une vision de développement clés en mainL’adoption d’une vision de développement clés en main a détaché nos gouvernants des véritables priorités, atouts et moyens du pays, pour les emprisonner dans la fixation inavouée de reproduire un modèle français inadapté à notre terroir socioculturel, démesurément coûteux et qui plus est, lui-même piégé par les nombreux revers d’une modernité en fin de règne. Malgré que cette mission ait été quasi systématiquement confiée à une élite particulière, la greffe n’a pu tenir. Face donc aux rêves miroités, dont la réalisation a été constamment reportée à un demain qui ne vient jamais, et à défaut d’un projet de développement alternatif, porteur de ses aspirations et capable de le mobiliser, le Marocain a été contraint au courtermisme, à la débrouille, au fatalisme, au je-m’en-foutisme, au chacun pour soi et à la perte des repères.. La lecture techniciste de l’état du paysLa lecture systématiquement techniciste par nos gouvernants, de l’état du pays, a consisté à réduire le Maroc à une grosse machine où il suffirait pour des techniciens supérieurs de changer tel boulon et de réparer telle soupape pour que tout redémarre. Outre les non-dits qu’elle insinue de dédouanement du pouvoir de toute responsabilité dans nos pannes structurelles, et de l’inutilité des partis politiques dans la solution de ces pannes, une telle approche n’a permis d’apporter que des réponses quantitatives, d’impact limité à des problèmes localisés. Elle a surtout empêché d’agir là où il faut, quand il faut, avec la méthode et les moyens qu’il faut. . L’instabilité gouvernementaleL’instabilité gouvernementale atteignant le record absurde de plus de vingt cinq gouvernements pendant la période considérée n’a pas permis d’inscrire l’action des ministres, en dehors de celui de… l’intérieur, dans la durée. De même qu’elle n’a pas favorisé une approche harmonieuse aussi bien du territoire, des projets que des réformes tentées. . L’absence d’anticipationL’absence d’anticipation chez nos opérateurs politiques, économiques et sociaux a fait subir au pays des bouleversements structurels auxquels il n’a pas été préparé, l’a exposé à la dictature de l’instant, au pilotage à vue, aux replâtrages-colmatages et lui a, dans le même temps, fait rater des chances inouïes. On n’a vu venir ni la chute du mur de Berlin, ni la mondialisation, ni l’économie du savoir, ni la révolution numérique, ni l’exode rural massif, ni la crise énergétique et hydrique, ni la famille nucléaire, ni le déclin des valeurs. De la même façon qu’on n’a pas suffisamment ou du tout, tiré profit ni d’une petite classe sociale rurale et urbaine qui a été gavée de privilèges pour qu’elle assume le rôle de locomotive, ni de nos protections douanières, ni de nos atouts, ni de nos accords internationaux, ni des délais qu’on pouvait se permettre pour entamer et réussir les réformes et les mises à niveau. Un déphasage abyssal s’est, par conséquent, installé entre le temps des acteurs et les temps économique international et socioéconomique national. . Le dédoublement du discoursLe dédoublement du discours de nos gouvernants a porté un coup dur au capital confiance et crédibilité, dont ils doivent nécessairement disposer, comme socle essentiel d’exercice du pouvoir. On se dit pays démocratique, alors que la falsification, le mépris de la volonté populaire et l’atteinte aux libertés collectives et individuelles étaient vécues et connues de tous. On se dit économie de marché, alors que la rente bat son plein. On se dit société de justice sociale, alors que les injustices et les privations renforcent la pauvreté, les exclusions et les frustrations. Par leur discours, nos gouvernants et leurs caisses de résonance intéressées se complaisaient dans leurs stratosphères illusoires, alors que le peuple se démêlait dans le magma du quotidien. Le Maroc, au regard des avancées significatives, décisives et suffisamment perceptibles qu’il a accumulées ces dernières années sur la voie de la démocratisation, des libertés et des droits de l’homme, franchit et affiche aujourd’hui un nouveau cap de son évolution. . Dix ruptures pour réussir le deuxième scénarioMais, disons-le par attachement indéfectible à notre pays, à ses institutions et ses valeurs, disons-le par engagement d’une génération qui ne veut pas capituler sans avoir sa chance de se battre pour le développement de son pays, disons-le par obligation envers les générations futures, nos enfants, qui ne comprendraient pas le legs: les conditions de la crise cérébrale et non pas cardiaque, car les peuples peuvent souffrir mais ne meurent jamais, sont bien là à nous guetter malgré l’effort accompli. Le Maroc est effectivement à la croisée des chemins. Il n’a plus besoin ni de temps car il n’en a plus, ni de paroles car tout a été dit, ni encore moins de bonnes intentions car elles ne lui servent pas plus qu’à l’hypnotiser. Il a besoin d’une nouvelle génération de décisions qui soient à la hauteur de l’ampleur des dangers qui le guettent et des aspirations légitimes d’un peuple en mal de vivre. Il a besoin de transformer ces décisions en actions immédiates où le temps devient espaces de succès et où la parole devient mobilisation collective pour que demain, pour que l’avenir, soient cultivés par tous et pour tous. Bref, il a besoin de ruptures. Si le rapport sur le cinquantenaire avance dans le cadre du deuxième scénario salutaire, cinq axes auxquels il serait très difficile de ne pas souscrire, leur mode opératoire devra décliner avec force et courage lesdites ruptures. . Rompre avec le mauvais destin écrit à l’avanceLes Marocains doivent rompre avec l’idée préconçue que le destin est écrit d’avance, que leurs maux relèvent de la volonté de Dieu et qu’ils n’y peuvent rien contre leur sort. La pauvreté, l’analphabétisme et les exclusions ne sont ni une malédiction divine ni une sécrétion de l’islam. Ils sont les expressions les plus abjectes d’une société injuste. On devra assumer notre réalité et œuvrer avec force pour changer nous-mêmes nos conditions de vie. On devra penser et fonctionner avec égoïsme positif et se dire que nous le ferons pour nous-mêmes et pour nos enfants. . Rompre avec la médiocritéLe Maroc, aussi bien public que privé, doit rompre avec la médiocrité, la paresse et le je-m’en-foutisme. Il doit être au plus vite mis au travail, au rythme de la Chine, de l’Inde et des USA, qui sont aujourd’hui des machines infernales à produire une croissance économique forte et durable. On doit adapter notre temps biologique, tous nos moyens, limités soient-ils, et notre organisation du travail, à l’exigence de l’efficacité et de l’obligation d’un résultat compétitif. On doit reconnaître et récompenser le mérite, on doit distinguer la performance. On doit offrir les mêmes chances à tout le monde. On doit sanctionner la nonchalance, l’abus, la gabegie, les principautés-forteresses, la corruption organisée, les détournements. On doit veiller au grain aussi bien sur les droits que les devoirs de tout un chacun. . Rompre avec la rente et le clientélismeLe Maroc doit rompre avec la rente et le clientélisme dans tous les sens de ces termes et asseoir ici et maintenant les outils de la transparence, de la concurrence loyale. Tous les privilèges accordés indûment, tous les fonds publics escroqués, un centime, un bout de terre, un brun de sable, un poisson, un avantage fiscal, soient-ils, devront être récupérés par l’Etat sans concession ni ‘‘spectacularisme’’. L’argent public, le bien public de quelque nature que ce soit, est un bien du Maroc, de tous les Marocains, qui doit être récupéré de la même façon que tout bien territorial spolié ou contesté. . Rompre avec une justice à la carteLe Maroc doit rompre avec une justice à la carte et en remettre tout le monde à la suprématie de la loi. L’arbitrage de la loi est le seul garant contre l’arbitraire, contre la loi de l’Etat, contre le Marocain puissant, protégé, d’en haut et le Marocain ordinaire, exposé, d’en bas, contre la méfiance, contre le discrédit, contre le sentiment de peur et d’injustice chez soi, dans son propre pays. . Rompre avec les modèles prêt-à-porterLe Maroc doit rompre avec la hantise de reproduire des modèles de développement prêt-à-porter et des formules savantes, ayant marché sous d’autres cieux. L’élite marocaine de tous bords, censée être l’incubateur naturel de visions et de projets de solutions à l’équation ‘‘Maroc’’, doit naturellement être en parfaite connaissance et en temps réel, de l’intelligence, de l’expertise et de la diversité universelle comme boîte à outils. Son génie consiste non pas dans sa reproduction théorique de modèles qui marchent ailleurs, mais plutôt à réfléchir universel et rêver, imaginer, créer, innover marocain. Les modèles markétés par-ci par-là, nous mettent devant deux alternatives amères: soit faire comme les producteurs du modèle et attendre deux siècles pour pouvoir l’appliquer, sans obligation de résultat, soit changer de peuple et de pays parce que rien ne concorde chez nous. Et sachant bien que nous ne voulions ni changer de pays ni changer de peuple, notre modèle de développement à inventer doit intégrer notre taux d’analphabétisme, nos moyens financiers, nos priorités, nos gaps, nos aspirations, nos diversités, nos valeurs, notre position géostratégique actuelle et potentielle. . Rompre avec la balcanisation et la banalisation du champ politiqueLe Maroc doit rompre avec l’éclatement pathétique du champ politique. Notre multiplicité n’est pas le résultat de notre diversité programmatique. Elle est quasi exclusivement générée par des querelles de personnes ou des ambitions personnelles opportunistes. Nos partis politiques doivent se recentrer sur leurs missions originelles, se regrouper en pôles d’idées et de projets qui feront rêver, mobiliser les Marocains et les réconcilier avec l’avenir. Le Maroc n’a pas besoin d’hommes ‘‘politiques’’ habités par l’hystérie du pouvoir à tout prix pour assouvir leurs ambitions étriquées, faisant l’amalgame entre leur pays et un fonds de commerce ou une vache à lait. Le Maroc n’a pas besoin de partis politiques suiveurs, aux ordres, sans projets, sans courants, sans débat, sans vie, dont le clientélisme est leur seul facteur de reproduction. . Rompre avec les institutions de façadeLe Maroc doit rompre avec les institutions de façade en mettant chacune devant ses responsabilités et en lui faisant assumer ses choix et actes. Le gouvernement émanant d’une majorité votée par le peuple doit être porteur d’un contrat de développement pour la nation et être intégralement responsable devant Sa Majesté le Roi et devant le Parlement pour son application. Il doit rendre compte et être démocratiquement sanctionné ou reconduit par les urnes. Le Parlement doit exercer pleinement ses prérogatives sans tutelle ni suivisme. Le Conseil économique et social doit accomplir son rôle de force d’analyse et de proposition. Les instances régionales élues doivent exercer directement et pleinement leur diversité. . Rompre avec l’Etat spectateurLe Maroc doit rompre avec l’Etat spectateur, mauvais arbitre, mauvais régulateur, mauvais contrôleur, mauvais distributeur de richesses, mauvais prestataire de service, mauvais payeur, mauvais libéral. L’Etat doit se doter d’un organe compétent d’anticipation, d’analyse et de proposition dans l’ensemble des domaines, relevant du Premier ministre. L’Etat doit intervenir avec force dans l’économie pour y injecter sa vision globale, sectorielle et de financement, y imposer les règles du jeu, y mettre de l’ordre, y agir quand le privé n’en est pas capable ou intéressé, y organiser le marché de l’emploi, y faire l’arbitre impartial entre les opérateurs, y jouer l’accompagnateur, le facilitateur, le diplomate économique, le support et la courroie de l’intelligence économique. L’Etat doit soutenir une véritable croissance sociale qui aura le double avantage de corriger substantiellement les écarts sociaux et de venir au secours de la croissance économique. L’Etat doit créer et soutenir toutes les conditions d’éclosion du génie marocain dans tous les domaines, et de formation de têtes bien faites, équilibrées, sûres d’elles et capables de prendre l’initiative, d’agir. . Rompre avec la folie des grandeurs, le défaitisme et le complexe de l’impossibleLe Maroc doit rompre en même temps avec la folie des grandeurs, le défaitisme sclérosant et le complexe de l’impossible. On doit redécouvrir nos atouts, redimensionner nos contraintes, repenser nos priorités, restructurer nos moyens, reconquérir les grandes marges et espaces du possible. On doit se réconcilier avec nos valeurs, avec notre identité, avec nous-mêmes et s’ouvrir sur la diversité universelle.. Rompre avec les sédiments de l’ère colonialeLe Maroc doit enfin rompre avec les sédiments de son passé colonial, qui le figent dans des choix suivistes et des mariages de comptables. On doit comprendre que le voisinage est temporel et non plus spatial. On doit admettre que notre pire voisin est plutôt une Europe en mal de croissance, de perspectives, de vision pour elle-même, de vision pour son environnement. On doit s’ouvrir à des polygamies stratégiques qui appuient nos ambitions géostratégiques et nous tirent vers le haut, nous arriment à des zones de succès, forcent nos réformes et hâtent notre développement. De la même façon qu’on doit éviter des accords réduits à une adhésion aux exigences de superpuissances qui nous offrent un marché de dupe, car sans aucun dispositif d’accompagnement.Sommes-nous capables de ces ruptures? En tout cas, c’est le sens unique qui nous mènera vers un deuxième scénario rude, très rude, mais salutaire. C’est le prix unique qu’il faudra payer aux générations présentes pour pouvoir compter sur elles, pour qu’elles soient suffisamment motivées, mobilisées, emportées pour bâtir le Maroc de 2025 que nous voulons pour la génération qui naît aujourd’hui et qui en héritera.

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