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    Pêche industrielle: Un différend sur la fixation des prix du poisson entre armateurs et industriels de la conserverie

    Par L'Economiste | Edition N°:57 Le 10/12/1992 | Partager

    Le prix du poisson destiné à la conserverie a été réaménagé en Juillet. Fixé pour une période déterminée sur la base d'un accord entre les armateurs et les conserveurs, il ne donne pas satisfaction à tout le monde. Les professionnels de la conserverie sont favorables à une liberté des prix. Les armateurs prônent la fixation des prix.

    Le prix du poisson industriel a été augmenté de 12,5% en Juillet 1992, contre 30% en 1991. Cette dernière augmentation, comme du reste toutes celles qui sont intervenues durant ces dernières années, a été décidée d'un commun accord entre les conserveries et les armateurs de la pêche côtière, explique un professionnel de la conserverie. En revanche, souligne cette même source, les prix de vente à l'export de la conserve n'évoluent pas pour autant. De plus, les conserveries se plaignent généralement de la qualité du poisson et de l'irrégularité de l'approvisionnement. Les armateurs, en ce qui les concerne, se félicitent de cette dernière augmentation. Pourtant, ils ne se sentent pas satisfaits, parce que, disent-ils, les charges engagées ne sont pas couvertes.

    Dans la pratique, des comités régionaux, regroupant les armateurs et les utilisateurs, doivent se réunir périodiquement, sous l'arbitrage des services du Ministère des Pêches, pour discuter des problèmes de la campagne. C'est dans ce cadre que la question du prix est débattue.

    Accords pour modification

    Dans chaque localité (port de pêche), des propositions sont formulées. La décision de modification des prix est prise avec l'accord des armateurs et des industriels. Le Ministère l'officialise par un arrêté. Arrêté qui indique le prix du poisson usinable (destiné aux conserveries) et le prix du non-usinable. Cependant, déplore M. Abdelmajid Smires, Président de l'Association Nationale des Armateurs à la Pêche et de la Fédération Nationale des Associations des Armateurs à la Pêche Côtière du Maroc, " ces réunions se tenaient de moins en moins jusqu'à leur disparition totale ". Il précise que le gel de ces réunions est à la base des difficultés relatives à la fixation des prix. Sont généralement destinées à l'industrie de la conserverie deux espèces de poisson: la sardine et le maquereau.

    Pour la sardine, les prix se situent actuellement à 1,80 Dirham le kilogramme pour le poisson usinable et 0,72 pour le non-usinable. Cependant toute la capture n'est pas directement destinée à la production de conserves. Il y a une procédure dite de l'agréage qui sert à déterminer le volume de production apte à la transformation. Après le débarquement, un lot de poissons est directement orienté vers les services d'agréage qui dépendent du Ministère des Pêches. Ce sont ces services qui déterminent la part utilisable pour la conserve. Il s'agit, à partir d'un test sur ce lot, de procéder à un abattement qui est appliqué à toute la capture. Si le taux d'abattement dépasse plus de 40% du lot, toute la capture concernée est considérée comme non-usinable. A l'heure actuelle, seuls les ports de Tan-Tan et de Sidi Ifni n'ont pas de service d'agréage. Les conserveurs achètent le poisson (tout venant) tel qu'il est capturé. Le prix est arrêté selon les conditions locales. Pour le maquereau, il est fixé un prix plancher au-dessus duquel les cours fluctuent en fonction de l'offre et de la demande.

    Matériel désuets

    Cette procédure de fixation des prix sur une période déterminée a été prise pour éviter une chute des cours préjudiciable à la flottille au moment de la grande pêche, affirme un professionnel de la conserverie. Dans son principe, les prix déterminés s'appliquent si la campagne est normale. Cependant, il y a deux situations extrêmes où des ententes tacites, entre armateurs et industriels, réglementent le marché, explique-t-il. La première est quand la pèche est mauvaise. L'offre est inférieure à la demande. Cette situation se présente souvent en fin ou en début de campagne.

    Dans ce cas, l'utilisateur consent un supplément de prix calculé sous plusieurs formes; soit par l'acceptation d'un taux d'abattement moindre à l'agréage, soit par l'application d'un prix non officiel. Le second cas est que l'offre est supérieure à la demande.

    Quand cela arrive, l'armateur accorde des crédits. Cependant, expliquent certains professionnels de la conserverie, cette situation survient désormais rarement. Pour cause, la campagne de pêche s'est étalée.

    Il n'y a plus de période de grosses captures. Cette nouvelle donne pose implicitement le problème de l'approvisionnement " devenu irrégulier aussi bien en quantité qu'en qualité ", se plaignent-ils. Pourtant, précisent les milieux professionnels du secteur concerné, la conserverie doit s'appliquer de plus en plus à respecter les normes. Ils se disent prêts à payer le prix si la qualité du poisson est bonne. Les investissements réalisés leur ont permis de parvenir à aligner leurs unités de production sur les normes internationales. L'approvisionnement doit maintenant suivre. Pour cause, le contrôle des inspecteurs de qualité des principaux clients s'oriente de plus en plus vers les lieux de débarquement du poisson. Alors que les conditions de la pêche ne sont pas ou plus les meilleures, affirment des professionnels de la conserverie.

    La liberté des prix n'est pas souhaitable

    " Les bateaux ne sont plus adoptés à la situation actuelle. Ils sont toujours structurés selon la période où la pêche était bonne ", font remarquer les professionnels.

    En outre, " ils restent en mer pendant une durée très élevée sans moyen de conservation à bord, d'où une détérioration considérable de la qualité ", poursuivent-ils.

    Pour garder leurs marchés étrangers, les conserveurs se disent prêts à payer le prix de cette qualité par la fourniture de glace et de caisse de conservation. Cependant, l'idéal serait pour eux une liberté des prix, mais dans certaines conditions. " La pratique a déjà cours en Espagne où les conserveurs achètent à un prix moyen inférieur à celui pratiqué au Maroc. Il se pose tout simplement un problème d'adaptation ", expliquent-ils. Cette liberté des prix entraînerait les armateurs à investir dans le matériel en vue de vendre leur produit à un prix plus rémunérateur. Le processus de modernisation s'est déjà enclenché, en particulier dans les parts de pêche. Si les armateurs " accueillent à bras ouverts " l'idée de la fourniture du matériel, toutes les autres raisons avancées pour expliquer le niveau des prix sont rejetées en bloc. De prime abord, les armateurs de la pêche côtière se prononcent contre l'idée d'une liberté des prix. Pour M. Smires, elle fausserait le marché par la pratique d'une concurrence déloyale et pourrait installer l'anarchie dans les ports. Il précise en outre que le poisson proposé aux industriels est toujours de qualité et en quantité suffisantes. Cependant, souligne-t-il, certains d'entre eux préfèrent s'approvisionner dans des ports éloignés de leur unité de production, ce qui, normalement, va jouer sur la fraîcheur du produit. De plus, l'accord signé avec les Russes et qui leur permet de commercialiser leurs captures aux usines de conserves pourrait porter un grave préjudice au secteur de la pêche côtière.

    " D'ailleurs le problème de l'approvisionnement est occulte ", souligne le Président de la Fédération des Associations des Armateurs à la Pêche Côtière. Et de continuer, "parfois l'offre est même excédentaire. Mieux, les ports de Safi, d'Essaouira et d'El Jadida fournissent de la bonne qualité. Pour preuve, le taux d'abattement n'y dépasse pas 15% ". La durée de la pêche n'est en moyenne que de trois heures, ce qui permet de débarquer du poisson frais. M. Mohamed El Badaoui, Président du Syndicat des Armateurs Professionnels à la Pêche Industrielle de Safi, confirme que l'équipement utilisé répond bien au besoin de l'exercice de la profession. En revanche, c'est le coût du matériel ( fils, filets et pièces détachées ) qui les handicape. Et M. Smires de se demander alors si les pouvoirs publics ne doivent pas exercer un contrôle pour que le prix des pièces détachées soit conforme à la réalité. Il affirme, par ailleurs, que certains équipements sont revendus à un prix trois fois supérieur à leur coût réel à l'importation. Dans cette lancée, il précise que sa profession n'est pas contre l'idée de l'isolation des cales. Cependant, les difficultés financières sont à l'origine du retard constaté, d'autant plus qu'il faudra parallèlement équiper les bateaux en matériel frigorifique afin d'assurer la bonne conservation du poisson en mer. Dans cette optique, précise le Président Smires, le Ministère de tutelle a été sollicité pour trouver une solution au financement de cette opération.

    A.D.N.

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