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Maroc-Chine: L’urgence d’une étude d’impact
Par Mohamed Larbi El Harras(1)

Par L'Economiste | Edition N°:2262 Le 25/04/2006 | Partager

L’économie chinoise enregistre depuis deux à trois décennies une forte interaction entre la dynamique économique intérieure et le commerce extérieur. La part des échanges extérieurs est passée de 5% de son PIB en 1978 à 25% en 2005. La Chine vient d’atteindre 7% de parts de marché mondial à l’exportation contre à peine 3,4% en 1999.Les exportations chinoises ont fait un bond de 28% en 2005 (760 milliards de $) alors que les importations ont progressé de 18% (660 milliards de $). Ces exportations se sont accrues à un rythme annuel d’environ 20% par an durant les vingt dernières années, soit presque deux fois plus vite que l’évolution du PIB, elle-même exceptionnelle.Si l’excédent commercial chinois a fait neuf ans pour passer de 16 milliards de $ en 1995 à 32 en 2004, il a triplé entre 2004 et 2005, pour atteindre 102 milliards de $. Cet excédent est réalisé essentiellement avec les USA et l’UE. Par contre, l’Empire du Milieu dégage un déficit avec l’ensemble asiatique.Face à cette situation, les USA et l’UE ont réimposé des limitations sur les importations de textiles chinois. Ces dernières ne pourraient dépasser une augmentation de +7,5% pour certaines catégories de vêtements. L’UE, de son côté, a conclu le 10 juin 2005 à Shangaï un accord selon lequel Pékin accepte de s’imposer des limitations quantitatives allant de +8 à +12% sur ses exportations de dix produits textiles. Récemment encore, l’UE a décidé d’imposer des taxes antidumping sur certaines chaussures importées de Chine et du Vietnam: 19,4% du prix à l’importation sur les chaussures en cuir chinoises et 16,8% sur les chaussures en cuir vietnamiennes. Ces mesures semblent être justifiées par des preuves avérées d’intervention publique et de dumping. De même, de fortes pressions sont déployées auprès de l’Empire du Milieu pour réévaluer sa monnaie.Les importations du Maroc en provenance de la Chine sont passées de 2,8 milliards de DH en 1999 à 9,4 en 2005, soit une progression moyenne d’environ 25% par an. Quant aux exportations, elles ont atteint juste 620 millions de DH en 2005 contre 630 en 2003 et 441 en 2004. D’où un taux de couverture ne dépassant guère 6,6%.Sur le plan de la structure des échanges extérieurs, si les produits exportés sont composés essentiellement des produits d’origine minérale et d’engrais naturels et chimiques, les importations portent fondamentalement sur des produits manufacturés et qui concurrencent directement un certain nombre de branches industrielles marocaines. A titre d’exemple, il y a lieu de citer les produits suivants: les chaussures, les ouvrages en matières plastiques, les tissus de coton, les articles de bonneterie, les vêtements confectionnés, le linge maison, la quincaillerie de ménage, vaisselle et objets céramiques divers, les lampes et tubes électriques, parties et pièces détachées pour voitures de tourisme, produits chimiques, accessoires de tuyauterie et de construction métalliques, quincaillerie sauf de ménage, fils et câbles électriques, bandages pneumatiques, chambres à air etc.Si les importations du Maroc en provenance de la Chine ne représentent globalement que 5% du total des produits importés, ce pourcentage ne cesse d’augmenter et touche particulièrement les produits finis de consommation.A côté de ces importations légales soumises aux différents droits de douane et taxes, il ne faut pas oublier les importations parallèles et qui sont écoulées par différents canaux, notamment dans les souks populaires où on assiste à la vente d’articles d’habillement et de chaussures à des prix oscillant entre 2 DH et 10 DH la pièce.S’agissant des entreprises touchées par la dynamique concurrentielle de l’Empire du Milieu, force est de constater que ça ne touche pas seulement les «entreprises structurées», mais aussi les unités de production que d’aucuns qualifient «d’économie populaire». En tout cas, il s’agit d’activités à forte intensité de main-d’oeuvre.. Redéploiement productifL’étude de l’impact de ces flux d’importations sur le tissu productif national est de nature à apporter d’intéressantes indications sur l’intensité des pressions de la dynamique concurrentielle chinoise. Certaines pistes peuvent être explorées: nature des entreprises touchées; catégories d’emplois perdus; les stratégies déployées par les entreprises marocaines face aux menaces; opportunités éventuelles de redéploiement productif.Dans ce cadre, la stratégie «Emergence» élaborée récemment par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau, vient à point nommé. Elle apporte un riche diagnostic des forces et faiblesses du tissu industriel marocain. Elle présente un ciblage des créneaux porteurs et prometteurs (sept moteurs de croissance). Cette stratégie ne remet pas en cause les travaux sur le «Maroc compétitif» de 1997. Elle les met en relief dans le cadre du nouvel environnement productif mondial qui a prévalu ces dernières années et en les inscrivant dans le contexte de la concurrence mondiale présente et future. Elle a également introduit la notion de «stratégie nationale de modernisation compétitive» fort féconde pour un renouveau industriel.La presse économique rend compte des projets en cours entre les pouvoirs publics et certaines associations professionnelles, notamment l’Amith et le plan «Emergence» se rapportant au secteur textile; les mesures prises pour mieux défendre le secteur des industries céramiques.Lors de la cinquième conférence «Euromed» à Merrakech des ministres du Commerce des pays méditerranéens (23-24 mars 2006), Peter Mandelson, Commissaire européen au commerce, a exprimé son souhait de transformer l’ensemble du bassin méditerranéen en une «usine unique» dans le secteur textile en vue d’aider les industriels des deux rives à affronter la concurrence asiatique.L’Empire du Milieu, «atelier du monde» se matérialise sans cesse chaque jour sous l’effet, d’une part, d’investissements étrangers et, d’autre part, d’une exploitation à fond des avantages comparatifs et concurrentiels. Ne parle-t-on pas d’un régime d’accumulation de «transpiration». Une stratégie d’ouverture économique est, certes, en marche, mais elle est bien maîtrisée et encadrée.La croissance économique de la Chine constitue bel et bien une belle réussite de développement de ces vingt dernières années. Comme tout projet de développement, celui de la Chine affronte, par la force des choses, des défis d’ordres politique, social et financier.Si 400 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté, près de la moitié de la population vit encore avec moins de 2 $/ jour. Cette situation reflète bien l’intensité de la dynamique concurrentielle de l’Empire du Milieu.


Une oie géante

Jamais auparavant dans l’histoire économique, un pays aussi grand n’a enregistré un taux de croissance économique de 7 à 10% par an sur une aussi longue période. D’où un PIB par hab qui est passé en termes courants de 200$ en 1984 à 1.200 en 2004. Évidemment, en PPA, il atteint presque 3.500$. En matière d’investissement, la Chine consacre 45% de son PIB. Un record jamais atteint dans les révolutions industrielles précédentes. Comme l’écrit Erik Izraelewicz: «Ce n’est pas une oie banale qui s’envole, c’est une oie géante». Sur le plan des travaux publics et bâtiment, plus de la moitié des grues en activité dans le monde le sont en Chine.


Productivité relative et salaire relatif

A côté de cette évolution d’ordre quantitatif, la composition des exportations chinoises a tendance à changer. La part des produits manufacturés est passée de 50% à 95% durant les vingt dernières années. L’essentiel des excédents continue de provenir de secteurs traditionnels dans lesquels la Chine occupe une position dominante depuis de nombreuses années: vêtements (75 milliards de $ d’excédents), mobilier (21,5), chaussures (18,5) et jouets (18,5). Malgré leur croissance rapide (+20 à 30% par an), les secteurs matures ont tendance à décliner en importance relative:- Progression de l’électronique grand public: les exportations nettes d’ordinateurs ont atteint 58 milliards en 2005 contre 13 en 2002;- La téléphonie: 33 milliards de $ en 2005 contre 2,5 en 2002;- La Chine est devenue excédentaire dans les biens intermédiaires et les biens d’équipement, les véhicules utilitaires, les textiles synthétiques et certains aciers.On voit bien, à travers ces exemples, que l’économie chinoise se renforce dans les biens pour lesquels le salaire relatif (comparé à l’étranger) est inférieur à la productivité relative. C’est l’essence même de l’avantage concurrentiel.-----------------------------------------------------------------------------------------(1) Economiste-chercheur

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