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Economie

Manuels scolaires
L’éducation islamique sur le divan

Par L'Economiste | Edition N°:2351 Le 31/08/2006 | Partager

. Une vingtaine de livres décortiqués. Sexisme, machisme, conformisme… les griefs. Un discours traditionnel et culpabilisantLES finalités de la réforme éducative sont loin d’être amorcées. Sexisme, machisme, conditionnement, infantilisation de l’élève… Ce sont là autant d’écarts pédagogiques décriés et relevés dans une vingtaine de manuels scolaires de nouvelle mouture. Il s’agit de livres de l’Education nationale qui plus est sont le fruit de la réforme survenue au lendemain des attentats du 16 mai. Pour rappel, il y a trois ans, ONG, médias et société civile avaient constitué des commissions de lecture et formulé des critiques virulentes envers le contenu de certains manuels. Ils avaient dénoncé notamment l’approche pédagogique et le lexique utilisé par ces livres. Certes les versions actuelles sont plus édulcorées, dépouillées de termes comme jihad (guerre sainte), fatwa, impiété (impies) ou encore conquête (ghazw)… Mais le passif est toujours omniprésent.Pour analyser le contenu des manuels, L’Economiste a pris au hasard un échantillon d’une vingtaine de livres d’éducation islamique du primaire au collège. La démarche a consisté à faire analyser ces manuels aidés en cela par des spécialistes de la pédagogie et de la psychothérapie: le Pr Ziou Ziou, psychiatre et psychothérapeute et Latifa L’Iraqui, ancienne inspectrice de l’Education nationale. Première remarque, sur le plan esthétique, le contenu de l’échantillon étudié a été jugé trop chargé: les textes sont pléthoriques, les images inadaptées et le choix des couleurs est souvent inapproprié. Maintenant, il y a le fond. Notre analyse laisse ressortir une grande ambiguïté concernant l’identité de l’individu. C’est comme s’il n’y avait de vie sociale que par le respect de ces préceptes religieux.D’abord le référentiel islamiste est reproduit par de nombreuses illustrations et photos. L’exemple le plus frappant reste incontestablement celui de la page 56 de l’Oasis de l’éducation islamique, le manuel de la 1re année de l’enseignement au collège. La leçon porte sur la relation parents-enfants et illustre le respect par la pratique du baisemain. La mère est voilée, le père barbu et la fille d’à peine 4 à 5 ans est voilée à son tour. Sur les photos de cours d’éducation informelle les femmes sont toutes voilées. Ensuite, des clichés sexistes existent dans les illustrations. D’autres stéréotypes opposent virilité et féminité: la femme est assimilée à la mère ou la ménagère, mais occupe rarement une fonction valorisante. Par ailleurs, beaucoup d’ouvrages s’inspirent de livres bon marché importés du Moyen-Orient et de l’Egypte avec une thématique tournée autour de l’apologie du châtiment et de la peur: «le châtiment de l’au-delà» (tdlr: aâdab al kabr). La page 74 de l’Eclairé en éducation islamique (6e année du primaire) illustre parfaitement cette idée avec l’image d’un serpent sortant de la bouche d’un enfant.Autre constat, les manuels étudiés ne font aucune allusion aux autres religions monothéistes. Là encore, le principe de la tolérance et de l’ouverture est battu en brèche. Dans un contexte mondialisé et de nouvelles technologies, le rôle de l’école est d’ouvrir des fenêtres basées sur les différences qui deviennent des richesses culturelles et non l’inverse, poursuit le psychologue. Enfin les caractérisations évoquées par les stéréotypes verbaux sont assez pauvres. Beaucoup de situations ou de personnages qui figurent dans certains ouvrages appartiennent à une autre époque. Le vocabulaire est parfois étranger aux modes de vie de la société moderne, ce qui affecte la crédibilité du discours. C’est le cas du manuel intitulé «l’Eclairé en éducation islamique» «Al Mounir Fi Attarbia Al Islamia», la page 69 semble porter sur une leçon sur le racisme destinée aux élèves de 3e année. Deux enfants qui jouent au ballon dont l’un est de couleur. Dans une bulle, le coéquipier hèle son ami qui détient la balle: «Jette-moi la balle fils de négresse!!!» Une insulte à caractère raciste d’un autre temps et très répandue au Moyen-Orient, notamment la presqu’île arabique du temps du prophète.


Le labyrinthe conduit à… la mosquée

Lorsque la représentation islamique de manuels que nous avons analysée affiche des ambitions de modernisation, le référentiel reste d’abord la tradition. Ce qui compte avant tout c’est le développement de comportements conformistes. L’exemple du labyrinthe est repris inlassablement dans plusieurs manuels. Les dessins proposent à l’élève de trouver le «bon» chemin qui mène à… la mosquée (voir page 57 du manuel de la 2e année du primaire, page 100 de la 1re année du primaire, page 76 du guide de l’éducation islamique de la 2e année du primaire…).


Quand les études islamiques remplacentla philo…

Pour de nombreux critiques, la crise actuelle que vit l’enseignement en général est en grande partie attribuée à une politique menée durant les années 70. Durant cette période, l’Etat avait restreint les départements des sciences humaines. Du coup, les filières de philosophie, de sociologie et de psychologie ont été fermées pour des considérations politiques. Seules les facultés de Fès et de Rabat pouvaient enseigner ces matières. Parallèlement, les 21 facultés qui ont été ouvertes n’avaient pas ces filières. Du coup, la sociologie, la psychologie et la philosophie ont été substituées par les études islamiques. «Ce sont les lauréats de ces départements-là qui sont les concepteurs et les enseignants des nouveaux manuels dits d’éducation islamique», explique un ancien professeur. Selon lui, l’après-16 mai a acculé l’Etat à procéder à la réouverture des départements de philosophie et d’anthropologie. Mais entre-temps, l’on a «omis» de réformer les départements dits d’éducation islamique, poursuit le professeur. Aujourd’hui, selon lui, une profonde réflexion sur l’enjeu et l’utilité de ces départements s’impose.


Nos analystes commentent

■ Pr Ziou Ziou: «Tout le travail qui a été fait par la société civile pour sensibiliser l’enfant aux droits de l’homme et l’orienter vers la dignité a été battu en brèche».■ Latifa L’Iraqui: «Le respect ne se réduit pas à courber l’échine. Comment enseigner la dignité et la fierté à quelqu’un qui est soumis». ■ Pr Ziou Ziou: «Les nouveaux manuels étudiés incrustent une sorte de schizophrénie. On ne dirait pas qu’ils sont destinés à la même fille et au même garçon. D’une part, on inculque des principes d’ouverture et des orientations des conventions internationales des droits de l’enfant. De l’autre, on incruste des approches moyenâgeuses qui sont hors d’époque». ■ L’Iraqui: «Il n’est nulle part précisé dans l’enseignement que l’enfant est un individu à part entière. Il est souvent perçu, comme un adulte ou une pâte à modeler. Personne ne peut cerner les dégâts de ce type de pédagogie sur l’imaginaire et la psychologie d’un enfant».■ Pr Ziou Ziou: «Les manuels ne s’inscrivent pas dans une logique cohérente: à la fin du cursus, l’ensemble des manuels convergent vers une religion en rupture avec l’esprit rationnel et basée sur la dichotomie simpliste: paradis/enfer, Dieu/satan, sévices/plaisirs, anges/diables. C’est un discours traditionnel et culpabilisant, où tout est basé sur une culture de la peur et de la culpabilité au lieu des idées, de la foi et la tolérance».■ L’Iraqui: «L’ensemble des manuels étudiés consacrent de nombreuses pages aux ablutions, une trentaine dans l’ensemble. Le b.a.-ba des ablutions est ressassé dans ses moindres détails, avec ce qui les annule et ce qui les préserve. De nombreuses pages sont également consacrées à la posture et le comportement pendant la prière. Tous ces écarts visuels perturbent l’enfant, son imaginaire. Personne ne peut prévoir les dégâts que cela peut causer».■ Pr Ziou Ziou: «Au lieu que ces cours se limitent à la pratique de la prière, aux ablutions et à la lecture de certains versets coraniques loin de tout esprit critique et d’analyse, il vaudrait mieux focaliser l’histoire des idées, la civilisation musulmane, les différentes écoles et courants de pensées, les exégèses et le savoir scientifique des penseurs». ■ L’Iraqui: «Ces principes sont basés sur la répétition pour le conditionnement de l’élève. Il s’agit de procédés qui cherchent parfois à l’infantiliser. En témoigne un cours sur la nécessité de se brosser les dents destiné aux élèves de la 2e année du collège!».Amin RBOUB

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