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Economie

Maghreb-UE : Une pré-conférence sur l'Euro-Méditerranée à Madrid

Par L'Economiste | Edition N°:202 Le 02/11/1995 | Partager

de notre correspondante à Madrid, Pascale BOURGAUX

A un mois et demi du grand rendez-vous de Barcelone, une centaine d'experts des pays du Bassin méditerranéen se sont rencontrés, les 5 et 6 octobre, à Madrid, pour parler de l'avenir commun de la région.


La coopération économique et commerciale, la politique régionale et la sécurité ainsi que les liens culturels étaient les trois pistes de réflexion tracées par les organisateurs de cette rencontre, qui avait l'ambition d'être une espèce de mini-répétition générale du Sommet euro-méditerranéen de Barcelone, prévue les 26 et 27 novembre prochain. Dans un superbe cadre -l'Académie Royale des Beaux-Arts de San Fernando-, en plein centre de la capitale espagnol, les spécialistes principalement issus du monde politique, académique et journalistique ont parlé pendant une journée et demie des réalités de la zone de libre-échange, des dangers de l'intégrisme religieux et de l'importance de la presse pour parvenir à une meilleure connaissance mutuelle. L'initiative conjointe de l'Association des Journalistes Européens et de l'Institut Philip Morris bénéficiait de l'appui de la Commission et du Ministère espagnol des Affaires Etrangères.

Le Maroc bientôt "associé"?


"Nous espérons effectivement signer avec le Maroc avant la Conférence de Barcelone", a confié Carlos Westendorp, secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires européennes. Plusieurs sources, communautaires et marocaines, l'ont confirmé : l'accord sur les quotas de pêche et l'accord d'association entre le Maroc et l'Union Européenne devraient être signés d'ici quelques semaines. Des accords historiques qui, après près de vingt ans de coopération, marquent un pas significatif dans les relations maroco-communautaires.
Pour rappel, ces accords d'association prévoient la levée des barrières douanières entre l'Union Européenne et les pays sud-méditerranéens voisins qui le souhaitent. Le Maroc est le premier pays à avoir entamer les négociations avec l'Europe, qui ont été interrompues il y a quelques mois à cause du contentieux sur la pêche. Ce qui a permet à la Tunisie et Israël de rattraper le train et de signer récemment les premiers accords du genre dans la région.
Outre le volet commercial, ces accords comprennent également une enveloppe financière qui doit permettre de compenser les déséquilibres créés par l'arrivée massive sur le marché national de produits plus compétitifs. Ces sommes d'argent sont destinées à financer la modernisation des infrastructures, les restructurations industrielles, les privatisations des secteurs économiques "protégés" (publics), la formation professionnelle, etc
En ce qui concerne le Maroc, l'accord sur le commerce des produits industriels (excepté l'agro-alimentaire) est, semble-t-il, terminé les produits européens pourront entrer progressivement en deux étapes (d'ici 2000 et 2007) sur le marché marocain (les produits marocains peuvent eux circuler plus ou moins librement depuis 1976). Par contre l'accord sur les produits agricoles continue de poser problème, à tel point que l'Union Européenne a, semble-t-il, proposer de les renégocier danscinq ans. "Le Maroc est déçu, assure Bachir Hamdouch, professeur d'économie à l'Université de Rabat, nous aurions voulu un accord plus profond, qui établisse également dans les deux sens la liberté d'établissement et d'échanges de services".

Libre-échange, et après?


C'est précisément la création de cette zone euro-méditerranéenne de libre-échange et les accord d'association bilatéraux avec l'Union qui ont inspiré les débats de Madrid. Certains orateurs ont critiqué les postulats européens, d'autres ont évoqué les problèmes des réformes et leurs conséquences : "C'est l'Europe qui a gagné , elle n'a pas fait assez de concessions" , critique Heba Handoussa, directrice de l'Economie Research Forum du Caire, "c'est effrayant, en Egypte, 30% de l'industrie est protégée, et la production textile emploie la moitié de la main-d'oeuvre nationale. Il existe d'autres solutions, d'autres modèles de développement et de coopération. Celui du Japon après la deuxième Guerre Mondiale par exemple, ils ont fait ce qu'on appelle en Europe de la délocalisation. C'est-à-dire qu'ils ont systématiquement transféré les secteurs industriels, la sous-traitance à faible valeur ajoutée, vers les pays voisins pour pouvoir eux-mêmes se concentrer sur les secteurs de pointe. On pourrait très bien prévoir la même chose entre l'Union Européenne et la Méditerranée". Nemat Shafik, économiste à la Banque Mondiale, met en garde : "le processus de réformes est inévitable. Mais pour qu'il réussisse, il est indispensable que les gouvernements ne s'arrêtent pas en chemin, sous prétexte que le coût politico-social est très élevé Pour éviter cela, il faut que ceux qui vont souffrir des réformes, les ouvriers, aient des alternatives réelles, que les aides financières soient investies de manière intelligente".

Pour Abdelfettah Ghorbel, professeur de sciences économiques à l'Université de Tunis, le problème est autre : "avant de parler d'intégration avec l'Europe, nous devrions nous intéresser à notre propre intégration régionale. Comment expliquons-nous que, face aux 70% que représentent les échanges avec l'Europe, le commerce inter-Maghreb ne représente que 30%?".
La formation et l'information des opérateurs économiques et sociaux et la société civile ont également retenu l'attention des participants. "La preuve qu'il y a un besoin dans ce domaine, c'est le succès de notre revue", explique Mohamed El Ouahdoudi, directeur de la première revue professionnelle sur les Ressources Humaines dans le Maghreb. Cependant l'absence précisément de ces principaux opérateurs, le patronat et les syndicats, a rendu les débats quelque peu théoriques. Les organisateurs affirment avoir invité "l'ONA", plusieurs banques marocaines, des entreprises textiles tunisiennes, sans avoir toutefois reçu de réponse. Par contre plusieurs entreprises espagnoles (Repsol, Gazoduc, Espinosa de los Monteros) ont participé ainsi que les chambres de commerce de Jordanie et d'Egypte.
Les journalistes et les professionnels de la communication ont insisté sur un point particulièrement important pour le monde des affaires et des investisseurs, l'aspect psychologique : "dans la presse occidentale, on donne une image négative du Maghreb : le terrorisme islamique, le problème des immigrés, le voile etc, explique Francis Ghilès, spécialiste du Proche-Orient pendant 20 ans pour le Financial Times. Or la réalité est autre, les hommes de négoce n'ont pas attendu l'Europe pour faire des affaires ensemble. D'un côté comme de l'autre de la Méditerranée, on doit cesser de démonifier l'Autre.


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