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L'intérim, sans complexe, dans l'attente d'une loi

Par L'Economiste | Edition N°:23 Le 02/04/1992 | Partager

Parce que le problème du chômage est devenu prioritaire, toutes les nouvelles formes de créations d'emplois et de relations de travail doivent faire l'objet d'attention. Le travail temporaire n'est pas un phénomène nouveau. Mais l'intérim s'est saisi de ce phénomène et veut en faire, comme dans les pays avancés, un service, fourni en sous-traitance aux entreprises.

Un torticolis qui paralyse un coursier, pendant une semaine, et c'est toute l'entreprise qui est perturbée. Une remarque désobligeante, et c'est la secrétaire de direction qui disparaît sans préavis. Une angine, et c'est la standardiste qu'il faut relever. Autant de petites ruptures, qui font grincer les plus grandes organisations mais qui font le bonheur des sociétés d'intérim. Mais il y a aussi, des commandes ponctuelles, un marché public, qui nécessitent des dizaines de manuvres, un temps, et dont il faut se débarasser, dès la baisse d'activité.

Répondre à l'instant T

Les américains ont compris les premiers, qu'il y avait des besoins d'entreprise à satisfaire, par sous-traitance. Ils ont créé l'intérim moderne avec Manpower et d'autres. Implantés en Europe, ils ont suscité des vocations qui s'étendent depuis 3 ans au Maroc. R.M.O, 5ème société française avec 275 agences et 14.000 interimaires quotidiens est arrivé il y a 3 ans. ADIA, suisse à l'origine, et présent dans 28 pays l'a suivi, il y a un an. C'est la filiale française, qui possède 300 bureaux et place 22.000 personnes chaque matin, qui couvre l'agence marocaine. Aujourd'hui R.M.O au Maroc emploie 30 personnes, pour placer 800 à 1.000 intérimaires. ADIA en emploie 18 et en place déjà près de 500, et compte ouvrir deux agences supplémentaires, d'ici la fin de l'année, à Aïn Sebaâ et Tanger, et une dizaine d'autres d'ici à 1996.
Cette ambition de croissance est commune aux deux filiales.
Autre point commun, significatif, les règlements, statuts qui couvrent les murs de leurs sièges sociaux. Les précautions légales sont mises en avant par une activité échaudée par les critiques et les accusations en Europe, puis au Maroc, lors de son installation.
Mieux encore, les contrats d'embauche sont visés par l'inspecteur du travail qui apporte sa légitimité. Car, s'il n'existe pas de loi spécifique sur l'intérim, rien n'interdit cette activité. Le tout est de respecter le sacro-saint statut type de 1948, qui fixe les rapports entre les employeurs et leurs salariés.
Ce bréviaire stipule que tout salarié qui passe 12 mois consécutifs au sein d'une même entreprise devient permanent, titulaire de son poste. Et le souci légitime de sécurité du salarié se heurte à des besoins de main-d'oeuvre aléatoire dans les entreprises pour motif d'obsentéïsme et de surcroît d'activité.
Intervient la société d'intérim "notre fichier, comprenant des milliers de candidat, nous permet de répondre à l'instant T, aux demandes des entreprises en main-d'oeuvre qualifiée, parfois en une heure" explique Jean Claude Letêtu, Directeur Général de R.M.O. Maroc.
L'entreprise économise alors sur le temps de réponse: le plus futé des responsables du personnel met plusieurs jours à trier ses candidatures, convoquer, sélectionner ... le temps pour le titulaire du poste de revenir. M. Bendari, fut en tant que chef du personnel d'une industrie, l'un des premiers utilisateurs de l'intérim "qui soulage l'entreprise de la gestion du turn over. En raison de la fragilité des marchés, la réduction des effectifs temporaires, quand l'activité baisse sauvegarde la productivité, l'équilibre de l'ensemble, les emplois permanents".

Besoins de flexebilité

C'est donc à ce besoin, de souplesse, de flexibilité que veut répondre l'intérim. Il rend un service éphémère, typique de son époque, comme la location de voitures, le leasing, la location immobilière. S'il n'y avait pas besoin, demande forte, l'intérim n'aurait pas connu un tel succès économique de par le monde, ces 20 dernières années et des taux de croissance record atteignant 15% à 30% l'an, plus fort que ceux de n'importe quel secteur.
D'ailleurs les premiers marchés de RMO et d'Adia au Maroc ont été les filiales des grandes entreprises multinationales, habitués en Europe à recourir à l'intérim. "Il y a eu quelques difficultés, à nos débuts, il y a 3 ans. Nous apportions un système méconnu. Il fallait défricher. Nous commençons à récolter, à acquérir nos lettres de noblesse" rappelle J.C. Letêtu. La plupart des entreprises industrielles emploient directement des temporaires. Et la tentation de pousser ces temporaires dans les fichiers des sociétés d'intérim, et de récupérer leurs services, par leur biais est grande. L'objet de l'intérim, qui est de pallier à l'absentéïsme ou à de surcroît d'activité, des commandes ponctuelles est alors détourné.

Les salaires: un chiffre d'affaires

En fait, le problème de la titularisation se retrouve reporté sur les sociétés d'intérim qui s'entourent de précautions, sur la durée des missions. Ou bien elles affichent beaucoup d'assurance. "Notre activité est de toujours replacer, par un effort commercial nos intérimaires. Nous y avons intérêt, leurs salaires font notre chiffre d'affaires" affirme Dominique Ney, Directeur Général d'ADIA Maroc.
Les candidats à l'intérim, qui sont légion, ne sont pas dupes. Ils n'ont pas le choix entre le travail stable et l'intérim, mais entre l'intérim et le chômage. L'intérim est un moindre mal, en attendant un poste permanent, ou ... le mariage pour les filles. Position que comprend l'employeur, car ce sont les règles du jeu. "Par le biais de l'intérim, ces jeunes finissent par trouver du travail stable. Dans l'attente, ils vivent plusieurs situations qui enrichissent leur expérience" ajoute Dominique Ney.

Ménage à trois

Dans ce ménage à trois, salarié - société d'intérim - entreprise, liés par un contrat de prestations de service, tout le monde trouve son compte. Surtout que les sociétés d'intérim soignent leur image. Les intérimaires arrivent dans des tenues de travail fonctionnelles, aux couleurs de la société, portant casquette, sigle au dos, et même chaussures de sécurité. Précautions multiples des entreprises d'intérim qui se savent surveillées, et que le moindre incident met à l'index, comme "négriers des temps modernes". Tous les partenaires de ce nouveau mode de relations du travail ne réclament qu'une chose: une loi qui définirait les règles ou les limites, les droits et obligations de chacune des trois parties. A l'instar de l'Europe, d'il y a 20 ans, l'intérim s'installe, se développe et attend la loi, qui viendra consacrer à postériori son existence.

Accusé il y a quelques années

Le travail temporaire devient un indicateur économique

Interview de M. Christian Auvray, P.D.G d'ADIA France, qui possède 300 bureaux, emploie 1.060 personnes, réalise un chiffre d'affaires de 3,4 milliards de Francs et place tous les matins, 22.000 personnes. ADIA est lA 4ème entreprise d'intérim en France. Elle est filiale d'Adia S.A., entreprise suisse, et n° 2 mondial de l'intérim, implantée dans 28 pays, ADIA est installé au Maroc depuis un an.

L'Economiste: Qu'est ce qui justifie l'installation au Maroc d'une multinationale de l'intérim?
M. Christian Auvray: Le Maroc est le pays dont les structures économiques sont les plus attrayantes pour s'installer dans cette région, celui sur lequel on peut s'exposer pour voir si on répond à un besoin.

- L'intérim est-il une activité d'économie développée en croissance ou d'une économie où sévit le chômage, le sous-développement?
- Le travail temporaire a longtemps été accusé d'être le fauteur de chômage. Il n'y a qu'un indicateur économique universel, c'est le PNB ou le PIB et la courbe du travail temporaire anticipe toujours, de 6 mois, la courbe du PIB et du PNB.
Le chômage ne joue pas pour le travail temporaire. Même s'il y a chômage, le travail temporaire se développe quand l'économie est bonne. Le problème du chômage est un problème d'adéquation entre l'offre et la demande.

- Le travail temporaire se voit attribuer le titre d'indicateur économique avancé.
- Tout à fait. Si nous avons une demande au niveau des cartons et de l'emballage, c'est qu'il se passe quelque chose au niveau des commandes.

- Les multinationales sont généralement industrielles, et véhiculent une technologie complexe.
Est-ce que vous arrivez avec une technologie?
- Nous arrivons avec un savoir-faire. Dans les pays avancés, en dehors du développement industriel, il y a un développement du tertiaire. Un pays qui éviterait ce développement poserait un problème d'emploi.

- Car à la base, l'intérim est un bureau, un téléphone et une secrétaire, un investissement minimum.
- Ce serait le rêve. A Casablanca, nous avons 18 permanents. Il faut lister les besoins de l'entreprise, former, prévenir ... c'est plus compliqué.

- Des marocains vont s'inspirer de votre succès. Les craignez-vous? ou avez-vous une avance?
- Bien sûr et leur arrivée sur le marché est naturelle, Manpower est arrivé en Europe avant que les européens n'ouvrent leurs propres bureaux. Il reste le numéro Un parce qu'il a appris le métier à tout le monde.

- L'existence d'entreprises françaises au Maroc a-t-elle facilité votre installation, pour une première clientèle?
- Je ne crois pas. Le mérite revient à notre directeur, qui connaissait le marché marocain, qui grâce à ces compétences s'était fait des relations. Il y avait besoin.
Ce service ne se justifie pas s'il n'y a pas de besoin.

- Vous vous seriez installé en l'absence d'entreprises françaises?
- Les responsables des entreprises, même françaises, au Maroc, ne connaissent pas spécialement ADIA.
C'est l'ensemble des structures et des compétences mises en place qui nous ont permis de nous démarquer. Pour devenir le futur leader.

- Les entreprises d'intérim traînent toujours dans leur sillage sécurité, nettoyage, formation. Y-a-t-il une logique de diversification?
- Pour la formation, il y a une logique. On ne peut pas s'occuper d'emploi, sans s'occuper du recyclage, de la formation et de la mise à niveau. C'est lié. C'est notre rôle, notre vocation de recycler, de remettre sur le marché de l'emploi.

- On prétend, qu'en Europe, c'est la diversification qui a perdu l'intérim?
- Il n'est pas juste de dire que le travail temporaire a été pénalisé par sa diversification. Quand l'économie se retrécit, toute les grandes sociétés reviennent sur leur métier de base. Certains qui n'avaient pas cru au travail temporaire, se sont dit, pour aller plus vite, nous allons nous diversifier, dans la banque et la finance. La crise est là, on va vers ce qu'on sait faire. C'est le recentrage.

- En tant qu'investisseurs étrangers quelles difficultés d'installation avez vous rencontre?
- Pour être franc, quand j'ai dit en France que j'avais l'intention d'aller au Maroc, j'ai rencontré à peu près 30 personnes, qui connaissaient quelqu'un, qui m'ont conseille de voir quelqu'un... qui m'ont dit que c'était compliqué et qu'il fallait passer pas un certain nombre d'endroits et de relations. Finalement, je suis venu directement, et ça été très simple, nous avons mis 40 jours pour ouvrir.

- Et les facilités?
- Aucune facilité. Les relations étaient très simples, très ouvertes et sans problèmes.

- Au Maroc vous précédez la législation sur l'intérim?
- Oui. Mais au Maroc, il faut déposer ses statuts et expliquer ce que l'on va faire. Il y a donc un contrôle à l'ouverture.

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