Economie

Les opérations à boucler

Par L'Economiste | Edition N°:291 Le 31/07/1997 | Partager

Bonnes performances de la privat: la part des recettes dans le PIB dépasse 1%, le volume s'élève pour la première fois à plus de 5 milliards de DH, contribuant ainsi à une réduction du déficit. Quatre milliards de DH sont attendus pour cet exercice.


"Un système de priva-tisation est jugé performant sur le plan international lorsque les recettes générées représentent 1% du PIB", indique M. Abderrahmane Saaïdi, ministre de la Privatisation chargé des Entreprises d'Etat. Joli argument pour valider le programme engagé depuis 1993. En effet, la contribution de la privatisation au PIB sur les cinq dernières années a été supérieure à 1%, à l'exception de l'année de démarrage (0,88%) et de l'exercice 1995 (0,52%). Ce critère de performance doit néanmoins être interprété avec précaution, les fluctuations du PIB d'une année à l'autre biaisant son impact réel.
A ce jour, les recettes cumulées se sont établies à 14,4 milliards de DH, y compris la CNIA. Elles ont concerné 52 entreprises, hôtels et institutions financières. Ces entrées ont profité pour l'essentiel à l'Etat (86% de la somme totale), la CDG ayant encaissé un peu plus de 10%. Pour cette dernière, il s'agit de cession de titres appartenant à la Caisse dont le produit ne revient pas au Budget.

Privatisations industrielles


L'année budgétaire 1996/1997 aura été la plus fructueuse avec un peu plus de 5 milliards de DH. "L'objectif ayant été largement atteint, nous n'avons pas jugé nécessaire d'intégrer le produit de la vente de la CNIA", est-il indiqué. En effet, cet exercice a permis le transfert, entre autres, de la Samir (3,15 milliards), la SCP (421 millions), la Sonasid (420 millions), la SMI (234 millions) et la BMCE (207 millions).
Autre constat: L'appel d'offres a été le mode de transfert de prédilection jusqu'en 1995 et ce, au détriment de l'attribution directe. Depuis, la tendance s'est inversée. Les recettes drainées via la cession directe sont ainsi passées de plus de 1 milliard à près de 4,4 milliards de DH entre 1993 et 1997. En fait, pour le dernier exercice, il ne s'agit pas d'attributions directes au sens classique, mais d'un mode transfert hybride associant les verrous de sécurité des deux méthodes. (voir interview en page 6)

Le Ministère a encore du pain sur la planche. Les prévisions pour l'exercice 1997/1998 tablent sur 4 milliards de recettes.
D'où provien-dront-elles?
· Noyau dur de Fertima: Deux candidats potentiels sont en lice. La balle est dans le camp de l'OCP, car il s'agit plus d'une privatisation industrielle que financière.
· Noyau dur de Sonasid: Trois candidats potentiels, à savoir des groupes espagnol, anglais et marocain (SNI). Une combinaison n'est pas exclue. Le Ministère s'attelle à améliorer les offres pour pouvoir entamer les négociations. L'objectif, là aussi, est de réussir une privatisation industrielle. A signaler que le candidat espagnol penche pour une intégration, non pas locale, mais régionale. "Sur le fond, l'entreprise se développe bien, la confiance est là. Un délai supplémen-taire de 2 ou 3 mois n'est pas exclu s'il faut optimiser la vente".
· Sincomar: L'opération con-naît quelques dif-ficultés. L'entre-prise vit des pro-blèmes de gestion financière et de personnel. L'audit a abouti à la non-certification des comptes. "Dans tous les cas de figures une audit n'est jamais une opinion sans ré-serves et le repre-neur se réserve le droit d'effectuer sa propre expertise", tempère M. Saaïdi. De toute façon, le gouvernement s'engage à garantir le passif latent.

· SUBM, Sunat et Suta: La publication du décret sur la liberté des prix et des marges pour le secteur sucrier en octobre devrait remettre à l'ordre du jour la privatisation des trois sucreries. Des consultations seront lancées, tenant compte de la nouvelle législation et des préoccupations des candidats.
· BNDE: Trois candidats se sont manifestés avec leurs exigences respectives. Priorité sera donnée aux institutions bancaires. Ces dernières années ont permis toutefois d'aplanir les différentes difficultés que posent les relations croisées entre l'Etat, ses démembrements et la BNDE (voir en page 22).
· La RAM ne figure pas sur la liste des privatisables. Cependant, son transfert au privé est inéluctable à terme. Pour l'heure,
M. Mohamed Hassad, PDG de la RAM, a suggéré au gou-vernement, la mise en bourse d'une partie du capital. Celle-ci est bien à l'ordre du jour. C'est en fait une privatisation qui ne dit pas son nom.
"La mise en bourse est un excellent moyen de lever des fonds et de soumettre le management à la pression du marché, mais encore faut-il qu'elle ne compromette pas l'opération de privatisation", souligne M. Saaïdi. Aussi la mise en bourse ne doit-elle pas excéder 20% du capital et doit être diluée dans le grand public.
Il en est de même pour la Comanav. Mais dans ce cas, le ministre parle franchement de privatisation.
· Télécoms: Last but not least. La machine est en route mais il faudra mettre les bouchées doubles pour sortir à la fois les décrets d'application et réaliser les audits comptable et d'évaluation. Il y a peu de chances pour que ce chantier soit finalisé au cours de cet exercice budgétaire.o


La CNIA cédée à 310,19 millions de DH


La privatisation de la CNIA est officialisée. Le décret autorisant la cession des parts détenues par l'Etat a été signé le 21 juillet. Le noyau dur, composé d'Arig, d'Interfina et d'Atlanta, a repris 78,5% du capital de la compagnie d'assurances pour un montant de 310,19 millions de DH. Le groupe de réassurances bahreini Arig (Arab Insurance Group) a racheté 1407.000 actions au prix de 188 DH chacune, devenant ainsi l'actionnaire principal avec 67% du capital de la CNIA.
«La privatisation de la CNIA est la première opération du genre dans le secteur des assurances. C'est aussi la première opération de privatisation pour la nouvelle année budgétaire», a rappelé le groupe bahreini dans un communiqué de presse diffusé la semaine dernière et annonçant l'officialisation de la privatisation de la CNIA. «Arig ambitionne de devenir la première compagnie d'assurances dans le Monde arabe», ajoute le communiqué.

Le document rappelle qu'Arig a été classée parmi les cinquante premières compagnies de réassurances au monde en termes de capital initial réajusté et s'est vu attribuer la note (A-) par l'agence de notation Standard § Poor, pour sa capacité à régler les sinistres.
Le groupe annonce déjà la couleur quant au marché marocain. Arig, qui prévoit d'investir entre 150 et 200 millions de DH, veut faire de la CNIA la première compagnie de la place. Il prévoit notamment de développer le réseau et le système d'information de la compagnie ainsi que la création de métiers nouveaux. Arig a également promis de sauvegarder la politique de réassurance de la CNIA avec limitation des parts qui pourraient être cédées à l'étranger.

Outre Arig, le noyau dur de la CNIA comporte deux autres sociétés, Interfina et Atlanta, qui ont acquis respectivement 7,035% et 4,5% du capital. Interfina est une société marocaine d'investis-sements. Le capital de la société (210 millions de DH) est réparti entre la BMCE, le Crédit du Maroc, la BNDE, le Credit lyonnais, la Caisse Française de Dévelop-pement, Proparco, la BEX et la SFI. L'objectif d'Interfina est de constituer un actionnaire de référence et d'aider à monter le tour de table pour le noyau dur et prendre des participations minoritaires dans les sociétés à privatiser.
Classée au top-ten des assureurs marocains pour l'année 1996, Atlanta est une compagnie d'assurances appartenant au groupe Holmarcom (famille Ben Salah).

Mohamed BENABID

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