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Les nouvelles frontières des Marocains
Redouane Ouellaj en Mauritanie: «J’étais loin d’imaginer un contexte pareil»

Par L'Economiste | Edition N°:2397 Le 09/11/2006 | Partager

. Pas de couac pour s’intégrer, mais un choc à l’arrivée. «J’ai compris ce qu’était le sous-développement». «Nous devons faire plus pour la Mauritanie»C’EST en 1998 que Redouane Ouellaj a posé ses valises, accompagné de sa petite famille à Nouakchott en qualité de directeur régional de DHL. Sa nomination dans la capitale mauritanienne est intervenue après une série d’entretiens. «J’ai rejoint l’équipe de DHL Maroc en 1987 comme manager général à Marrakech. Parmi mes missions, je gérai le dossier des opérations de DHL-Mauritanie durant plusieurs mois depuis la cité ocre», indique le directeur. Le Groupe DHL s’est installé en Mauritanie en mars 1996 car la stratégie de DHL International repose sur sa prestation de service en express, ce qui exige une présence dans le monde entier afin de desservir ses clients de/vers n’importe quelle destination. Pour atteindre ses objectifs, Redouane Ouellaj a dû s’entourer de collaborateurs. «Je voudrais préciser que je suis le seul expatrié. L’équipe est composée de 23 collaborateurs d’origine mauritanienne. Au départ, j’ai recruté 12 personnes dont j’ai assuré la formation et qui ont pu bénéficier de formations complémentaires au Maroc et en Belgique», dit-il. Puis, l’activité aidant, le recrutement de 11 personnes supplémentaires s’est imposé. «Les premiers formés ont participé à la formation des nouveaux entrants».La «dream team» a-t-elle été soumise, à un régime particulier? Selon Ouellaj, les débuts ont été très difficiles et bigrement éprouvants. Le manque de ressources humaines qualifiées conjugué à la différence de culture donne un aperçu des difficultés rencontrées sur place. «Le Mauritanien avait besoin de formation. Très peu d’entre eux sont capables d’assumer des postes purement administratif. En outre, nomade de coutume, il était délicat d’inculquer les exigences du monde professionnel. Ça ne se fait pas d’un coup de baguette magique!» Il s’est donc investi énormément dans la formation et la mise à niveau des ressources humaines. «Le temps nécessaire pour leur opérationnalité. Il faut savoir que les collaborateurs ont manifesté de la bonne volonté et du cœur à l’ouvrage», insiste-t-ilQuant à ses premiers contacts avec la population locale, il les qualifie de «respectueux, chaleureux et authentique». «De nature sociale, je suis une personne souple et qui s’adapte assez facilement à des environnements ou encore des situations nouvelles. De plus, l’état d’esprit de la population m’a facilité la tâche. C’est vraiment des gens simples et accueillants. Partant de là, mon processus d’intégration n’a pas connu de couac», poursuit-il. Pas de couac sur le plan social mais un «choc» lors de son débarquement dans le pays d’accueil. «Enorme choc! Je n’avais aucune idée du continent africain et encore moins sur la région subsaharienne. Les seuls pays africains dans lesquels je m’étais rendu étaient la Tunisie et l’Egypte. Malgré quelques recherches sur le pays, j’ai débarqué sans aucun repère, c’était un peu l’aventure. En clair, j’étais loin de m’imaginer un contexte pareil», précise Redouane Ouellaj. C’est un véritable choc d’image qui a été vécu par ce dernier. «On se serait cru au Maroc dans un petit village rural très retiré. Les rues principales ressemblaient plus à des pistes pour 4x4 qu’au passage de véhicules. Les trottoirs étaient inexistants comme l’éclairage public où les lampadaires se faisaient rares. L’offre en restauration ou encore en termes de loisirs était aux abonnés absents. C’est la première fois que je voyais un pays sous-développé», déclare-t-il. Il tient à préciser que depuis son arrivée, il y a huit ans, le pays et sa capitale ont passé la vitesse supérieure. «Aujourd’hui, la Mauritanie est un pays en voie de développement, ouvert sur le monde. Australiens et Chinois en sont les nouveaux pensionnaires alors que nous, Marocains, nous ne profitons pas assez de cette proximité», conclut Redouane Ouellaj.


«Trois coups d’Etat en 3 ans, c’est terrifiant»

Redouane Ouellaj, âgé de 44 ans, marié et père de deux enfants (une fille de 14 ans et un garçon de 10 ans) a suivi des études supérieures en Science économique après l’obtention de son baccalauréat. Avec une vingtaine d’années d’expériences dans le domaine des transports en fret, aérien et maritime (et plus particulièrement dans la messagerie express), il vient de décider de reprendre son cartable d’étudiant, il suit des cours de Master in Business Administration à l’université internationale (HECI) à Nouakchott. En dehors de ses activités professionnelles et estudiantines, ce «fondu» de sport est resté fidèle à son rythme de vie au Maroc à savoir un footing de 4 kilomètres tous les jours… au lever du soleil. «Anecdote, vous voulez une anecdote parlante. Etre un témoin vivant de 3 tentatives de coups d’Etat, ça vous va?» rétorque Redouane Ouellaj, lorsqu’il lui est demandé de raconter une anecdote. En effet, les années 2003, 2004 et 2005 ont donné lieu à des «putschs». Si les deux premières tentatives ont avorté, la troisième a atteint son objectif. «Etre cloîtré chez soi avec sa famille dont deux enfants avec votre maison encerclée par des chars sans savoir ce qui se passe à l’extérieur, si ce n’est que c’est la guerre car les coups de feu et de canons atomisent vos tympans, c’est pas facile à vivre», indique-t-il. Il ajoute que durant trois jours, il était coupé du monde. Aucun contact avec l’extérieur car les réseaux de communication étaient coupés. «Je peux vous assurer que vous avez très peur. Une seule question vous hante: que vais-je advenir? C’est terrifiant», dit-il. Au niveau des vivres, fort heureusement l’état de siège n’a duré que trois jours car la pénurie de denrées alimentaires guettait les Ouellaj.


La manne pétrolière fait exploser le pays

La récente découverte de pétrole en Mauritanie a permis au pays de lancer de grands chantiers d’infrastructures et de constructions de logements. Selon Redouane Ouellaj, témoin privilégié du changement, de nombreux secteurs-clés de la société sont en pleine effervescence. Il cite la justice, l’investissement avec la construction d’infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires, l’alimentation en eau potable de Nouakchott à partir du fleuve du Sénégal (projet Aftout Sahel). Sur le volet social, la privatisation d’une caisse d’assurance maladie pour tous les Mauritaniens est en cours de réalisation. Toujours au rayon des privatisations, on peut citer celle de la Cie aérienne. «Depuis peu, les compagnies aériennes multiplient les vols hebdomadaires, Air France propose aujourd’hui 6 vols/semaine et la Royal Air Maroc à une offre de 5 vols/semaine», indique le directeur régional de DHL. Du côté des salaires, deux revalorisations, coup sur coup des fonctionnaires, ont été effectuées afin de pallier au différent phénomène de corruption. Cette dynamique se traduit par une déferlante d’investisseurs étrangers dans le domaine des recherches minières et pétrolières d’où l’arrivée de nouvelles banques comme l’implantation de la Banque internationale pour l’investissement (BII), BNP Paribas.... «Cependant, le gouvernement a adhéré au concept de transparence des industries extractives avec la création d’une commission composée de représentants de l’administration, du champ politique et des membres de la société civile. Elle est chargée de superviser l’utilisation des ressources générées par le pétrole», annonce Ouellaj. De plus, une autre commission, dont la composition est identique, réfléchie à la mise en place d’une stratégie dédiée à l’utilisation de la manne pétrolière.


«S’expatrier, c’est se fondre dansune nouvelle culture»

. L’Economiste: Trouver un logement, une école, ça a été compliqué?- Redouane Ouellaj: Avec ma famille, je n’ai pas rencontré de problème pour que nous puissions nous loger car le logement est disponible, et ce quelle que soit la demande, l’offre est très variée, elle débute par le sous-standing et va jusqu’au plus haut de gamme. Quant à la scolarité de nos deux enfants, il y a un enseignement de qualité au sein de la mission française. Il a simplement fallu passer un test d’entrée, une formalité.. Vivre au milieu de bédouins, c’est comment?- Je dirais plutôt de personnes ayant un état d’esprit nomade avec tout ce qu’il sous-entend comme l’hospitalité ou l’accueil à l’instar de la communauté marocaine. Ils sont simples à vivre avec leurs propres us et coutumes, que l’on se doit de respecter. Fondamentalement, je ne vois pas d’inconvénients majeurs à cohabiter avec cette population. Le poids du système tribal qui est pesant et influent dans tous les domaines est moins aisé à vivre. A cet effet, il faut savoir que c’est la raison principale qui rend la communication difficile dès les premiers contacts avec l’extérieur.. Comment qualifiez-vous votre expérience? D’humaine, d’exotique,…- Mon expérience est avant tout humaine car j’ai découvert un nouveau mode de vie, une nouvelle culture, de nouveaux référents… En gros, une nouvelle civilisation même s’il n’y a pas vraiment une grande différence avec le Maroc comme dans le domaine social et linguistique. La proximité géographique entre les deux pays ainsi que l’histoire qui les lie, sont autant de raison qui expliquent la relation d’amitié sincère et solide entre ces peuples.. Votre fin de mission est-elle programmée?- Effectivement, ma mission est supposée avoir une fin. En attendant, la probabilité que je sois affecté à un autre pays que celle de me voir proposer un retour au Maroc est quasi égale. Je ne maîtrise pas mon destin! Cela dit je ne resterai pas insensible à un «come-back» chez moi, au Maroc.. Un message à délivrer à ceux qui seraient tentés par une expatriation en Afrique?- Des encouragements! C’est une expérience de vie très riche d’enseignements. On découvre des cultures nouvelles, des traditions méconnues. C’est également l’opportunité rêvée pour développer ses connaissances, apprendre à mieux se connaître, à se découvrir. Pour réussir le challenge de l’expatriation, il faut balayer tout préjugé sur des populations et des cultures mais s’employer à développer sa curiosité. En clair, être disposé à une expatriation intégrée passe par la capacité de l’expatrié à se fondre dans la masse avec aisance et technicité.. Le Marocain dispose-t-il de ces qualités requises?- Je regrette que les Marocains sous-estiment le potentiel économique, social et culturel de l’Afrique en général. Ils ont tendance à se référer aux réalisations et au développement des pays du nord alors que je pense qu’il y a beaucoup à faire sur le continent Afrique. Que ce soit sur le plan socioéconomique, humain et culturel et plus particulièrement dans certains pays limitrophes comme la Mauritanie, le Mali, le Sénégal… Je devrais dire plutôt dans les pays de la région subsaharienne.Propos recueillispar Rachid HALLAOUY

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