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Les diplômes: Le mauvaishéritage de Zerouali
Par Azzedine BENNANI

Par L'Economiste | Edition N°:1788 Le 11/06/2004 | Partager

Je réagis à la question des diplômes délocalisés (article du 24/05/04 citant le groupe Esig) et à l’attitude de Najib Zerouali, ex-ministre de la Fonction publique et de la Modernisation des secteurs publics et ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique (NDLR: Zerouali n’a pas été reconduit dans ses fonctions, lors du dernier remaniement ministériel, mais certaines de ces décisions demeurent pourtant?) Le décret du ministère, publié le 22/01/2004 au Bulletin officiel retire la “maîtrise ès sciences”  délivrée par les universités canadiennes de la liste des diplômes donnant accès au poste d’administrateur (échelle 11). . Décret discriminatoireTout d’abord, ce décret présente une attitude discriminatoire particulière à l’égard des maîtrises canadiennes quel que soit leur lieu de préparation. Par ailleurs, en laissant la définition juridique de ce “lieu de préparation” floue, le décret ne précise pas si cette discrimination concerne aussi les maîtrises canadiennes obtenues sur le territoire marocain.En ce sens, le décret pose une double discrimination. La première concerne les institutions du Canada, un pays ami qui consent des fonds importants pour le soutien de notre système de formation professionnelle et d’enseignement supérieur public et privé(1). La seconde discrimination concerne le groupe Esig, seul groupe de l’enseignement supérieur privé à préparer des programmes de maîtrises canadiennes délocalisés au Maroc et donc le seul visé par ce décret du 22/05/04. Qu’en est-il des diplômes sanctionnant des formations délocalisées par des universités françaises représentant la quasi-majorité de ce type de formation dans notre pays?Je suis en droit de m’interroger sur les enjeux et les motivations réels qui ont présidé à la publication de ce décret par Zerouali.  La liste des fonctionnaires de l’administration publique serait-elle à ce point longue, dont la régularisation à l’échelle 11 mettrait en péril les finances publiques? Est-ce un lobbying exacerbé par la réussite du groupe Esig qui sous-tend  cette décision pour le moins en contradiction avec de nombreux principes?L’ex-ministre de la Réforme des services publics connaissait parfaitement l’efficacité et l’efficience du système universitaire canadien pour avoir sollicité lui-même les services de l’Ecole nationale d’administration publique (ENAP) de Québec pour accompagner sa politique de réformes. Les fonctionnaires de l’Etat, formés dans nos écoles et à leur charge, constituent un véritable réservoir de “conducteurs de changement”. Accéder à l’échelle 11 de l’administration grâce à leur maîtrise en gestion des organisations relève de la légitimité. Leur refuser cette légitimité reviendrait à renier  leur apport dans la réussite de ces réformes. C’est aussi renier leurs compétences additionnelles acquises grâce à cette formation pour laquelle ils ont consenti de nombreux sacrifices. . Voies de garage coûteusesDans toutes les études réalisées à travers le monde, il est démontré la corrélation entre les niveaux de développement et d’éducation. Mieux, on parle aujourd’hui d’apprentissage tout au long de la vie. D’énormes budgets sont ainsi consacrés à la formation et à la mise à niveau du personnel pour, d’une part, relever leur niveau de compétences et, d’autre part, éviter le seuil d’obsolescence qui conduit ce personnel vers des voies de garage coûteuses pour notre économie. La mondialisation ne se réduit pas à la seule mondialisation  des flux de marchandises et de services, comme certains esprits réducteurs peuvent le penser. Elle englobe aujourd’hui la migration des ressources humaines. D’où la nécessité de préparer les générations actuelles à faire face aux exigences des entreprises multinationales et au défi de posséder un profil multiculturel. Stéphane Aubin, doyen de la faculté des sciences de gestion à l’UQAC, le rappelle si bien dans l’article du 24/05/2004 paru dans L’Economiste. Comment faire l’impasse d’accepter une mondialisation qui exclurait l’Education de son champ d’influence! Je comprends la position de nombreux pédagogues qui insistent sur la prise en compte de nos spécificités nationales dans la mise en œuvre des programmes délocalisés (cf. article de L’Economiste du 25/05/2004). Comment pourrait-il en être autrement? L’enseignement du droit international des affaires ou de la fiscalité internationale ne peut être abordé que si l’étudiant maîtrise le droit des affaires national, la compatibilité et la fiscalité marocaines et l’environnement socioéconomique marocain. C’est en tout cas le message que le groupe Esig s’est évertué à faire passer depuis 1996 date de la première implantation de programmes délocalisés par les universités canadiennes partenaires.. Lutter contre les “boîtes aux lettres”Je suis également d’avis que nous devons veiller à éviter la création d’écoles “boîtes aux lettres”. Mais interdire l’implantation de ces programmes étrangers dans notre pays relève d’une contradiction profonde avec la politique d’ouverture de nos frontières et avec le système d’économie libérale sur lesquels le Maroc a fait un choix irréversible. Comment expliquer alors le développement de systèmes éducatifs laïques et privés subventionnés directement ou indirectement (exonérations fiscales) par des missions étrangères au Maroc (française, italienne, espagnole) et l’avènement de plusieurs écoles américaines implantées dans plusieurs villes du Maroc! Ce développement ne peut s’expliquer que parce qu’il répond aux besoins d’une partie de notre population qui revendique la possibilité de choisir. Ce choix se porte alors forcément sur l’éducation la meilleure, mais probablement aussi sur celle qui répond le mieux à ses attentes. Dans cette même logique, les entreprises acceptent de financer ces formations délocalisées pour leur personnel parce qu’elles répondent également à leurs attentes en termes d’efficience et de développement des performances. Au nom de quel principe doit-on supprimer de telles formations? Au nom de quel principe également devrait-on extraire, à défaut de ne pouvoir les interdire, les seuls diplômes de maîtrise ès sciences délivrés par les universités canadiennes de la liste des diplômes ouvrant droit à l’obtention de l’échelle 11 de la fonction publique? Qu’en est-il des diplômes autres que canadiens qui restent valides pour l’obtention de cette échelle? S’agirait-il seulement des maîtrises des universités canadiennes sanctionnant des formations délocalisées au Maroc? Le décret ne le précise pas et l’on serait tenté de croire que les titulaires de ces maîtrises canadiennes obtenues, y compris au Canada, s’exposent également à cette non-homologation! Si c’était le cas, qu’en serait-il du principe de la reconnaissance réciproque des diplômes délivrés par les universités des deux pays: le Maroc et le Canada?Pour conclure, j’aimerais bien inviter les lecteurs à méditer l’article écrit par Mouna Kadiri dans L’Economiste du 21/05/2004 : “Le Maroc paie cher son manque de leaders” ou le rapport, réalisé par Pr Ahmed Driouchi, doyen à la faculté de gestion à l’Université Al Akhawayn, conduit au constat de la nécessité de fonder une économie à partir de la connaissance, de former tout au long de la vie et de favoriser la recherche et le développement. C’est sur la mise en œuvre de cette dernière vision stratégique qui j’aurais pour ma part interpellé le Premier ministre et non sur les résolutions d’un problème dont-il n’est pas à l’origine.


Quatre ans pour rien?

Les instances ministérielles mettraient-elles en cause la qualité de l’enseignement dispensé par les écoles d’enseignement supérieur privées alors qu’il leur revient de les autoriser, de contrôler leur qualité d’enseignement et d’encadrement? Serait-ce leur incapacité à réaliser de telles missions, qui sont dévolues à la Commission nationale d’évaluation, prévues par la loi 01/00 qui les pousse aujourd’hui à interdire ou à ne pas reconnaître ce qu’elles ne peuvent pas contrôler?Quatre années après la publication de la loi, les textes de mise en place de cette commission d’évaluation ne sont toujours pas établis. Serait-ce la faute de l’enseignement supérieur privé si l’administration tarde à établir des règles de jeu claires et transparentes? Serait-ce la faute de l’enseignement privé si l’administration a pris du retard à sanctionner positivement les établissements respectueux de cahier des charges par la reconnaissance de leurs diplômes comme cela a été fait pour le secteur de la formation professionnelle privée, et à sanctionner négativement ceux qui ne respectent pas le cahier des charges.Par défaut d’outils de pilotage que l’administration tarde à mettre en place, faut-il bloquer les initiatives et briser l’élan de ceux et celles qui constituent aujourd’hui le véritable levier de changement dans notre pays?


Le dangereux décret

Les étudiants préparant actuellement leur maîtrise au Canada se verraient-ils signifier une fin de non recevoir en vertu du décret publié le 22/01/2004 s’ils venaient à demander l’homologation à l’échelle 11? Sinon, ceux l’ayant obtenu au Maroc seraient-ils pénalisés en n’obtenant pas cette homologation pour le simple fait de l’avoir préparé au Maroc. Qui veut-on pénaliser au juste? Un système d’enseignement supérieur privé qui chaque jour démontre sa plus grande vitalité et son caractère novateur, alors qu’il exerce des effets d’entraînement, y compris sur l’enseignement supérieur public, en relevant plus haut la barre de la qualité?Un regard sur la demande en éducation pour les 5 prochaines années révélerait les limites de l’enseignement traditionnel au moment où la capacité d’accueil atteint son niveau de saturation et le budget de l’Etat consacré à ce secteur atteint ses limites. Je médite souvent sur cette description du Maroc à 2 vitesses chère à la Banque Mondiale, mais cette fois-ci combien significative parce que révélatrice de la dichotomie entre le secteur public et le secteur privé. Pourquoi cherche-t-on à freiner l’élan et l’enthousiasme du secteur privé alors que dans tous les discours, recommandations et orientations, c’est le contraire que l’on cherche à obtenir. Le Maroc à 2 vitesses, c’est ce clivage entre le discours et la réalité qui aggrave les écarts de revenus entre la population par le retard dans la réalisation des projets créateurs de richesses et d’emplois, ce sont les dysfonctionnements générés par une absence de vision ou lorsqu’elle existe, par l’absence de sa traduction en moyens et en résultats mesurables sur lesquels chaque entreprise, chaque administration doit rendre des comptes.-------------------------------------------------------------------(1) Programme de renforcement institutionnel canadien au Maroc Pricam I;le programme Pricam II est en phase de lancement; qu’il soit rappelé que la réforme de notre système éducatif s’inspire largement de l’approche par compétences développées par les institutions canadiennes.---------------------------------------------NB: Les tires et intertitres sont de la rédaction.-Azzedine Bennani est fondateur du groupe d’enseignement Esig; il est aussi président de la Fondation RESO pour la recherche en éducation et en systèmes d’organisation, et enfin vice-président de l’Association des établissements supérieurs privés des métiers de l’entreprise (AESPME-

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