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    Politique Internationale

    Lecture: Coup de projecteur sur les élites

    Par L'Economiste | Edition N°:295 Le 11/09/1997 | Partager

    Maroc: les élites du Royaume
    Essai sur l'organisation du
    pouvoir au Maroc
    Ali Benhaddou
    L'Harmattan 1997
    164DH


    C'est le genre de livre sur lequel l'acheteur se précipite: il est si rare, depuis les investigations de Waterburry, de trouver des explorations sur les classes dirigeantes. Pourtant, cela devrait être primordial pour la connaissance de la société marocaine.
    Converti en lecteur, l'acheteur ne devra pas céder au sentiment de déception et tenir compte du fait que le travail de M. Ali Benhaddou est une nouveauté, soumis sans doute, lors de son élaboration, à maintes résistances. Ceci peut expliquer les erreurs, comme les petites tailles des échantillons.
    Le lecteur aurait cependant aimé trouver, même dans une simple annexe, la fiche technique des échantillons. Sans cette précision, l'ouvrage peut être objet de doutes quant à sa rigueur. C'est dommage, car l'organisation du pouvoir est un sujet central, tant pour le développement économique que pour le développement politique.
    L'ouvrage est une thèse soutenue en France. L'auteur ne donne pas la date de ses travaux de recherche, qui doivent probablement se situer avant 1993, bien que par endroits de fugaces indications plus récentes ont dû être rajoutées, sans doute au moment de l'édition. En effet, le fonctionnement de la CGEM, qui y est décrit, est davantage celui des années 80 que celui des années 90, surtout depuis la réforme des statuts de l'organisme patronal. La remarque vaut aussi pour les liaisons industrielles et familiales. Le lecteur peut aussi le regretter, car les rajouts, au lieu de provoquer une mise à jour, accroissent l'impression de décalage.

    L'auteur prend la précaution de dire que le travail est «scientifique». Il fait bien, car le lecteur a parfois l'impression de se trouver devant un pamphlet: le bon sens ou la grammaire, parfois mis à mal par la hargne, donnent davantage l'impression d'un ouvrage militant. Ce qui ne lui ôte pas son intérêt: il n'est pas sans exemple que des partis-pris soulignent des travers sociaux devant lesquels l'approche scientifique reste neutre. Entre autres, l'auteur souligne l'arrogance ou l'isolement social des élites et dont se moquent les humoristes (qui font d'ailleurs rire ces mêmes élites!).
    La thèse centrale de l'ouvrage de M. Ali Benhaddou est que le pouvoir économique est partagé entre quelques familles, dont les bases étaient déjà existantes au milieu du siècle dernier. Il étaye sa thèse avec des citations recueillies lors d'entretiens avec 131 hommes d'affaires et les responsables de six clubs sportifs. Sans qu'il y ait d'explications pour l'anonymat systématique, les interlocuteurs ne sont pas identifiés mais le lecteur peut s'amuser à en reconnaître quelques-uns.
    L'ouvrage met en accusation ces familles qui, à ses yeux, sont fautrices d'immobilisme et de sous-développement du pays. L'auteur indique que, dans ces élites, les discours se renouvellent, mais pas les comportements. Ainsi, explique M. Ali Benhaddou, les PDG intègrent-ils dans leur vocabulaire des concepts nouveaux, comme la participation et la délégation, mais l'auteur affirme que la pratique reste paternaliste et absolutiste.

    L'action humanitaire ne trouve aucune grâce à ses yeux. Il y voit plutôt la volonté de reproduire un modèle destiné à entretenir la dépendance des pauvres vis-à-vis des riches.
    L'auteur explore des alliances matrimonio-industrielles et les analyses comme le mécanisme premier de la reproduction sociale.
    Inversement, il ne signale pas les mécanismes de brassage sociaux qui ont porté des hommes comme MM. Basri, Saaïdi, Meziane, Lahjouji... ou des familles comme Akhanouch, Ahmal... à détenir des pouvoirs importants dans le paysage politique et économique du Royaume. Pas davantage qu'il n'observe les phénomènes socio-économiques où des familles qui avaient tenu le haut du pavé disparaissent de l'establishment. Ces phénomènes existent pourtant, et fortement, chaque fois qu'une évolution technique ou qu'un changement du marché se produit. Or, il y en a eu beaucoup depuis une quinzaine d'années à la faveur du passage d'une économie étatisée à une économie plus libérale.
    S'il est dommage que l'ouvrage n'ait pas poussé ses investigations vers la réalité du terrain sociologique, il n'en reste pas moins que, malgré ses a priori, il ouvre peut-être une époque: celle d'une plus grande transparence.

    Nadia SALAH

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