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Politique

Le Sahara au Conseil de sécurité
L’autonomie, un concept à définir
Khadija Mohsen Finan, chercheuse à l’IFRI(1)

Par L'Economiste | Edition N°:1886 Le 29/10/2004 | Partager

Pour le Sahara, le Maroc propose l’autonomie sous souveraineté. Mais sait-on de quoi est composée cette autonomie? Pour Khadija Mohsen Finan(2), chargée de recherches et responsable des Etudes Monde Arabe à l’IFRI, le Maroc doit définir clairement l’autonomie large à laquelle il se réfère. - L’Economiste: Quelle appréciation portez-vous sur les tensions actuelles entre le Maroc et l’Algérie au sujet du dossier du Sahara?- Khadija Mohsen Finan: Je pense que ces tensions, auxquelles on assiste régulièrement depuis quelques années, pour ne pas dire décennies, s’expliquent par des crispations identitaires qui se manifestent en périodes de crise, par l’agitation du spectre nationaliste. La crise actuelle est probablement à mettre sur le compte d’une série de malentendus, non-réponses à des mains tendues ou autres qui révèlent finalement une rivalité qui reste intacte entre les deux grands pays de la région. En revanche, cette rivalité a changé de nature. En 1975, lorsque le conflit du Sahara a éclaté, opposant deux pays qui avaient des régimes politiques fondamentalement différents, il s’agissait alors de vouloir dominer la région. Aujourd’hui, c’est à celui qui se distinguera dans la “guerre au terrorisme”, à celui qui aura les plus solides alliés occidentaux. Mais cette lecture est désuète car la guerre froide est derrière nous, et les Occidentaux n’ont plus à choisir un partenaire ou allié dans la région dont les choix politiques correspondent à ceux de l’Administration américaine par exemple.Aujourd’hui, les pays occidentaux ont décidé qu’ils avaient un ennemi commun, le terrorisme, et les pays du Maghreb, par le biais de leurs dirigeants, ont accepté cette vision et mis en avant leur compétence à lutter contre les islamistes. C’est une illusion de plus, quand on sait que les réseaux transnationaux sont très difficiles à endiguer et pas plus Alger que Rabat n’a de compétence dans ce domaine.Alors, le point de cristallisation de cette querelle que l’on pensait révolue tout au moins dans son intensité, c’est bien sûr le dossier du Sahara occidental sur lequel les points de vue d’Alger et de Rabat sont opposés.- Le Conseil de sécurité se réunit le 31 octobre pour examiner la prolongation du mandat de la Minurso. Quelle serait l’issue selon vous?- Il est très difficile d’imaginer une issue, dans la mesure où on a le sentiment que les acteurs n’ont pas conscience de la nécessité de mettre un terme à ce conflit. Aujourd’hui, pour concevoir un début de dénouement, il faudrait que Rabat définisse clairement l’autonomie large à laquelle elle se réfère, il faut aussi qu’Alger et le Front Polisario acceptent d’abandonner le principe d’autodétermination. Or, les rapports de force sont tels qu’aucun acteur n’est suffisamment affaibli pour réviser à la baisse ses revendications. En outre, au plan international, cette question n’a jamais été inscrite dans l’ordre des priorités et aucun Etat (USA, France ou Espagne) n’a usé de son influence sur tel ou tel acteur pour l’amener à vouloir la paix malgré tout. Au final, l’ambition de ces pays, et même de l’Europe, est d’avoir les mêmes bonnes relations avec Alger et Rabat. Quant à l’équilibre de la région, tout le monde en parle mais personne ne conditionne ses relations ou son partenariat à la paix. Alors, il est probable que la mission de la Minurso soit reconduite, comme cela est devenu coutumier.- L’intervention de l’Espagne et de la France peut-elle avoir des répercussions sur le cheminement de l’affaire?- On a beaucoup parlé d’un plan franco-espagnol et je crois que Paris et Madrid entendaient gommer discrètement le principe d’autonomie mis en avant dans les différents plans Baker et centrer l’issue sur l’autonomie. C’est en tout cas ce que je comprends des propos du ministre Moratinos lorsqu’il dit que ce principe n’est pas sacro-saint. Toutefois, cette option a été contrecarrée à la fois par les déclarations de James Baker, par les liens diplomatiques entre l’Afrique du Sud et la RASD et par la détermination de l’Algérie dont il est difficile d’infléchir les positions. On voit en effet mal quels peuvent être les intérêts algériens à faire des concessions à Rabat, d’autant que sa détermination n’affecte aucunement son partenariat avec les capitales occidentales. A 45 dollars le baril de pétrole, Alger achète des armes à qui il veut, quand il veut et, lors des négociations pour ce type de marchés par exemple, personne n’évoquera la souveraineté du Sahara. De plus, il était déjà naïf de croire que l’exécutif algérien était divisé sur cette question mais, aujourd’hui, Bouteflika a été réélu à 85%, s’est débarrassé du chef d’état-major Lamari. Je vois donc difficilement les arguments qui pourraient modifier le positionnement d’Alger qui se sent en plus épaulé par un géant de la région qui est l’Afrique du Sud.


Bouteflika: “Mes amis africains...”

Bouteflika ne désarme pas et les recettes pétrolières donnent des ailes à son pays. Il entend faire jouer ses sympathies africaines. A Johannesbourg, il a souhaité “que le Nigeria, le Sénégal et l’Afrique du Sud entament des négociations avec le Royaume du Maroc et le Front Polisario, les deux parties en conflit direct sur le processus de décolonisation du Sahara”. Il autorise, par la même occasion, ses trois partenaires du NEPAD, “dès qu’ils aboutiront à une solution acceptable et acceptée par les protagonistes, à ajouter [au texte de l’accord] la signature de l’Algérie”.Propos recueillis par Nadia LAMLILI----------------------------------------------------------------------(1) Institut français des Relations internationales.(2) L’experte est également enseignante à l’Institut des Etudes Politiques à Paris.

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