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Le foot donne-t-il de bonnes leçons pour la mondialisation?
Par Dani RODRIK

Par L'Economiste | Edition N°:2738 Le 19/03/2008 | Partager

Dani Rodrik est professeur d’économie politique à la John F. Kennedy School of Government de l’université d’Harvard. Il a été le premier lauréat du prix Albert O. Hirschman du Social Science Research Council. Son dernier livre s’intitule One Economics, Many Recipes: Globalization, Institutions, and Economic Growth, Une économie, beaucoup de recettes: globalisation, institutions et croissance (Ph. Project syndicate)Comment la mondialisation change-t-elle la répartition des richesses et modifie-t-elle les possibilités de réussite sur la planète? Est-elle un élan vers le mieux qui permet aux pays pauvres de sortir de la misère en participant aux marchés mondiaux ou bien est-ce seulement une petite minorité qui en tire d’importants bénéfices? Pour répondre à ces questions, tournons-nous vers le foot. La mobilité internationale des joueurs de foot accroît le fossé en termes de revenus entre des stars comme Drogba ou Eto et le reste de leurs compatriotes dans leur pays d’origine. Cela fait partie intégrante de la mondialisation: plus d’opportunités de gain au niveau de la planète conduit à une plus grande disparité entre ceux qui ont l’occasion d’en profiter ou ont une compétence recherchée et ceux qui restent hors-jeu. Ce type d’inégalité n’est pas forcément mauvais. Cela permet à certains d’améliorer leur situation, sans pour autant enfoncer les autres.Par contre, la mondialisation du foot a un effet diamétralement opposé sur les pays africains. D’une part, elle a permis à beaucoup d’équipes nationales africaines de progresser par rapport aux équipes européennes - avec des pays comme le Cameroun ou la Côte d’Ivoire qui recrutent certains des meilleurs joueurs des clubs européens - d’autre part, elle tend probablement à faire baisser le niveau des ligues africaines par rapport aux ligues européennes.. Les laissés-pour-compteSi l’on habite Yaoundé et si l’on dispose d’une connexion par câble, la baisse de niveau de l’équipe locale n’a pas trop d’importance, car il suffit de se brancher sur la chaîne voulue pour voir la Premier League anglaise. Mais sans cette possibilité, il y a de quoi avoir l’impression d’être un laissé-pour-compte de la mondialisation. La coupe d’Afrique des nations 2008 qui a eu lieu au Ghana cette année a bien montré l’interdépendance créée par la mondialisation. A cette occasion, de nombreux clubs européens ont été privés de certains de leurs meilleurs joueurs, les joueurs africains étant rappelés pour remplir leur devoir à l’égard de l’équipe de leur pays d’origine. Et de leur côté, les joueurs africains étaient mécontents de perdre des contrats commerciaux, leur absence ayant lieu durant une période de matchs cruciaux pour la ligue.La coupe d’Afrique montre que les pays qui réussissent sont ceux qui ont à la fois l’occasion de participer à la mondialisation et disposent sur place des ressources voulues. Ainsi, le vainqueur de la Coupe n’a été ni le Cameroun ni la Côte d’Ivoire, ni toute autre équipe africaine comptant de nombreuses stars des ligues européennes, mais l’Egypte dont seulement 4 joueurs (sur 23) jouent en Europe. A l’opposé, le Cameroun qui a été battu en final par l’Egypte, n’affichait qu’un seul joueur venant d’un club local, alors qu’ils étaient 20 à venir des clubs européens. Seuls quelques joueurs égyptiens connaissent l’Europe, mais l’équipe égyptienne a mieux joué et méritait de gagner. Sa victoire n’est pas due au hasard: l’Egypte est depuis longtemps la meilleure équipe de la coupe d’Afrique qu’elle a déjà remporté 5 fois.. Jouer sur deux tableauxIl ne faut pas en déduire que la mondialisation du foot est une mauvaise chose. Si le seul fait de ne pas y participer était la clé du succès de l’Egypte, le Soudan qui n’a pas un seul joueur en Europe se serait retrouvé en bonne place, alors qu’il se retrouve (en compagnie du Bénin) le dernier de la Coupe, ayant perdu les 3 matchs qu’il a joués.Par contre, cela prouve que tirer pleinement avantage de la mondialisation nécessite à la fois des compétences au niveau local et des échanges avec le monde extérieur. Ce qui fait la différence de l’Egypte, c’est sa ligue nationale de très bon niveau qui nourrit les talents et a la cohérence voulue en tant qu’équipe nationale.Il en est de même des champions de la mondialisation dans les autres domaines. La Chine, l’Inde et d’autres pays se distinguent du reste du monde, non parce qu’ils se livreraient impuissants aux forces de la mondialisation, mais parce qu’ils utilisent ces forces pour développer leur propre potentiel. Les fruits de la mondialisation vont à ceux qui font ce qu’il faut pour les récolter.


Quand trop c’est trop

Les amateurs de foot ne s’intéressent pas seulement à un club, mais aussi au pays auquel il appartient, et ici les conséquences de la mobilité des talents au niveau de la planète ne sont pas évidentes. Beaucoup de gens craignent que la présence de joueurs étrangers n’entraîne une baisse de niveau des équipes nationales. Pourquoi investir sur place dans la formation de joueurs de haut niveau si on peut trouver les talents requis à l’étranger? Beaucoup d’observateurs estiment que si l’Angleterre n’a pas pu se qualifier pour le championnat européen cela tient à la prépondérance de joueurs étrangers dans les équipes anglaises. Et une réaction de grande ampleur se prépare: Stepp Blatter, le président de la FIFA, la fédération internationale de football, veut limiter à cinq le nombre de joueurs étrangers qu’un club pourrait faire jouer sur un stade.


Partout, des joueurs africains

Depuis que les clubs européens imposent moins de restriction au nombre de joueurs étrangers, ce sport s’est véritablement mondialisé. Les joueurs africains notamment se retrouvent un peu partout, à l’image de l’habituelle cohorte de Brésiliens et d’Argentins. A tel point que la présence étrangère dans les équipes de foot surpasse tout ce que l’on peut voir dans le commerce international.L’Arsenal qui est maintenant en tête de la Premier League anglaise aligne 11 joueurs, dont généralement pas un seul britannique. Tous les joueurs anglais des quatre clubs britanniques qui ont participé récemment au 8es de finale de la Ligue des champions de l’UEFA ne suffiraient pas à former une seule équipe.Il ne fait guère de doute que la présence étrangère rehausse la qualité de jeu dans les championnats européens. Le football européen serait bien moins palpitant sans des buteurs comme l’Ivoirien Didier Drogba qui joue pour Chelsea ou le Camerounais Samuel Eto qui joue pour Barcelone. L’intérêt pour les joueurs africains est facile à voir. Ils gagnent beaucoup d’argent en monnayant leur talent en Europe – pas seulement dans les meilleurs clubs de la Premiership ou de la Primera Liga espagnole, mais aussi dans les innombrables clubs «nouveaux riches» de Russie, d’Ukraine ou de Turquie.Copyright: Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

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