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Corée du Sud, du protectorat à l’autonomie
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2738 Le 19/03/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004) Longtemps, la Chine, le Japon, la Corée du Sud se sont satisfaits d’échanges économiques et culturels sans cesse croissants. Faute de posséder à la fois des moyens militaires de projection de puissance, un réseau diplomatique bien établi et l’expérience correspondante, ces pays ne pouvaient guère assurer la sécurité de leurs approvisionnements, encore moins celle des voies maritimes qui les desservent. Ils se devaient de consentir un effort dans ce domaine dispendieux d’une sécurité globale, sans laquelle il n’est pas d’expansion saine et durable. Non sans avoir conscience que la recherche d’une plus grande autonomie stratégique est inséparable d’une bonne intégration dans le monde troublé actuel.C’est pourquoi la Chine participe à la force hybride, mi-ONU, mi-Union africaine, chargée de rétablir la paix au Darfour; le Japon assure le soutien logistique des bâtiments américains engagés dans la zone pakistano-afghane; la Corée du Sud maintient cette année 600 hommes en Irak après en avoir fourni 3.600 en 2004. Cependant, Séoul revoit ses accords de défense avec les Etats-Unis tout en se préparant activement à jouer un rôle plus actif en Asie orientale, et même plus loin.Le cas de la Corée du Sud est d’autant plus spectaculaire que «le Pays du Matin calme» est demeuré militairement en retrait ces dernières décennies. Sans doute, ses dimensions réduites, son passé de colonie japonaise, une protection assurée par les Etats-Unis, lesquels entretiennent sur son sol, depuis 1945, des effectifs conséquents, ne l’avaient pas incité à vouloir s’affirmer comme une grande puissance régionale. Aujourd’hui, expansion économique aidant, l’inverse prévaut, l’entreprise est lancée.Pour jouer dans le monde un rôle accru, la Corée du Sud se dote d’un outil militaire conforme à trois priorités: se garder vis-à-vis de la Corée du Nord, pouvoir projeter sa puissance dans toute la région, disposer de forces d’intervention d’urgence.. Une autonomie militaire de décisionEn Corée, le consensus existe. Ses habitants rêvent d’un pays fort et indépendant, qui conserverait des liens étroits avec les Etats-Unis. Ceux-ci, préoccupés par leur situation en Irak et en Afghanistan mais débarrassés de la menace soviétique, n’accordent plus à leur protectorat qu’une attention mesurée. Cela tombe bien. Une partie des Coréens juge en effet pesante la présence des militaires américains. Rappelons le tragique accident survenu le 13 juin 2002, à Yangju, au nord de Séoul. Ce jour-là, deux fillettes sont écrasées par un char US en manœuvre sur une petite route de campagne. Le drame, survenu en pleine période électorale(1), mis à profit par l’opposition, fournit au gouvernement de Séoul une occasion en or pour renégocier les accords de stationnement des troupes américaines! Washington n’y est pas opposé. Le Pentagone avait déjà prévu de confier la zone «démilitarisée» à l’armée sud-coréenne. D’ici 2012, l’ensemble du dispositif US devrait avoir été replié au sud de la rivière Han, hors de portée des missiles tactiques nord-coréens, les effectifs diminués de 37.500 hommes à 25.000, le commandement transféré aux Coréens. Pendant des décennies, le Pentagone avait considéré l’armée sud-coréenne comme une force d’appoint, équipée légèrement. Il n’aurait pas fallu qu’elle se lance à l’assaut du frère ennemi du nord, une hypothèse plus plausible qu’une attaque surprise de Pyongyang. Tout a changé depuis la fin de la guerre froide. Séoul est désormais partie prenante à des disputes territoriales entre le Japon, la Corée du Nord, la Chine, Taïwan. Restreint, l’enjeu concerne la propriété de multiples îlots, inhabités et souvent minuscules, en particulier les îles Tokdo (Takeshima pour les Japonais), à 150 miles au nord-est de ses côtes. Le seul intérêt de ces rochers consiste en d’éventuelles richesses situées au fond de la mer, dans les zones d’intérêt économique exclusif correspondantes. Là, pas de grande guerre à craindre. Pour autant, Séoul veut pouvoir manifester sa présence via des moyens navals suffisants, capables de supporter la comparaison avec une marine japonaise ultramoderne et en plein essor. Stratégiquement coincée entre la Chine et le Japon, très supérieurs à elle au plan militaire, la Corée du Sud met les bouchées doubles pour améliorer sa situation.. Des forces armées très modernesDès maintenant, la marine met en ligne plusieurs destroyers construits sur place dans des chantiers navals aux capacités les plus importantes de la planète. Ces navires sont équipés du système antimissile Aegis, conçu aux Etats-Unis, le nec plus ultra de la technologie. Un bâtiment d’assaut amphibie, le Dokdo Ham, premier d’une série de quatre, est en cours d’essais. Ce type de navire met en œuvre des hélicoptères, voire des appareils à décollage vertical; il emporte de petits bateaux de débarquement, montés sur coussins d’air, pour mettre à terre un petit bataillon de fusiliers marins.Séoul a récemment acquis le F15 K, une variante du F15 Strike Eagle de l’US Air Force, un des meilleurs chasseurs bombardiers de son temps. Ainsi dotée, son armée de l’air, surdimensionnée s’il s’agit d’affronter une aviation nord- coréenne hors d’âge, peut décourager une irruption des chasseurs japonais ou frapper les côtes chinoises de la mer Jaune. Enfin, s’agissant d’armements terrestres, le Black Panther, un des meilleurs chars disponibles sur le marché, fabriqué en Corée, devrait équiper son armée dans les toutes prochaines années. Des élèves officiers, souvent d’un excellent niveau, sont formés en France à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Faute de pouvoir modifier une géographie défavorable, la Corée du Sud entend tenir sa place dans le concert des nations. Elle s’en donne les moyens militaires. Sa détermination, jointe au goût des Coréens pour les techniques, l’innovation, l’industrie, devrait faire sous peu de ce pays un acteur géostratégique de première importance. L’équilibre de la partie orientale de l’Asie en sera vraisemblablement renforcé, un rare résultat pour un pays soumis, il y a un demi-siècle encore, à une sinistre dictature et qui se trouvait être à l’époque l’un des plus pauvres de la planète.


La zone «démilitarisée»

Symbole anachronique de la coupure entre les deux Corées, la zone «démilitarisée», large de 4 km et longue de 250 km, traverse la péninsule coréenne pour constituer ce qui demeure encore la frontière la plus étanche qui soit.


Pourquoi la guerre de Corée (1950-1953)?

A l’aube du 25 juin 1950, l’armée nord-coréenne lance une attaque surprise sur tout le long du 38e parallèle qui sépare les deux Corées. Trois thèses distinctes ont longtemps été envisagées pour expliquer cette guerre. La première «traditionaliste» relie l’attaque à un accord secret entre Staline et le dirigeant nord-coréen Kim Il-sung, avec ou sans la complicité de Mao Zedong. La seconde est dite «révisionniste». Ses tenants postulent que la guerre éclata à la suite d’une provocation de l’armée sud-coréenne déclenchée sur ordre du général MacArthur, représentant de l’impérialisme américain. La dernière soutient qu’il s’agit là d’une guerre civile entre Coréens dont l’origine est à rechercher dans les clivages et les luttes politico-idéologiques existant à l’époque entre les différentes forces et classes sociales coréennes. La vérité, révélée par les archives du Kremlin, confirme la thèse traditionnelle. L’attaque générale de la Corée du Nord fut conçue et projetée par Kim Il-sung avec l’accord et le soutien de Staline. Elle eut bien entendu pour cadre général la confrontation américano-soviétique et les rivalités intercoréennes.------------------------------------------------------------------------------------(1) Et aussi pendant la Coupe du monde de football; l’opposition a donc attendu la fin de cet évènement mondial pour déchaîner sa colère…

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