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    Tribune

    Le développement catalyseur de l'évolution des femmes

    Par L'Economiste | Edition N°:58 Le 17/12/1992 | Partager

    Par Simone BENZIMRA, Administrateur d'"ACT!"

    Le Centre d'Etudes et de Recherches Démographiques a édité, il y a un peu plus d'un mois, “Femme et Développement au Maroc”, un ouvrage à mettre entre toutes les mains. Pour faire découvrir l'autre côté du miroir, sans fioritures, sans militantisme, mais avec la force des statistiques.

    En synthèse, un chaînon logique résumerait l'essentiel du document :

    - une croissance démographique forte,

    - une migration interne du rural sur l'urbain,

    - une meilleure part des avantages structurels de la cité: éducation, santé, information sanitaire, amélioration du niveau de connaissances générales, accès au travail et à l'indépendance financière,

    - une croissance de connaissances exponentielles de la mère à la fille,

    - d'où, pour les deuxième, troisième... génération, un plus grand accès à l'éducation, une meilleure place sur le marché du travail, une plus grande autonomie, une plus grande liberté de fait... En dépit des idées préconçues, des idées toutes faites, des a priori, des réalités de culture, des environnements sociaux, culturels, politiques, la femme s'est intégrée, doucement, sans chocs et sans heurts, à son environnement économique, en changeant son statut, sa fonction pour en devenir en 30 ans partie prenante. Sans tambours ni trompettes, la femme marocaine a intégré, digéré, appliqué le libéralisme à son propre développement. Elle a muté, changé de forme, de profil, d'angle de vues, de gestion de sa vie... Mutation... “apparition dans une lignée animale ou végétale de caractères héréditaires nouveaux par suite d'un changement dans la structure des chromosomes”. Le grand responsable de tout cela? Le développement, la volonté des familles à accéder au mieux-être. Les femmes ont pu accéder au savoir grâce au développement économique, peur que le groupe humain et social auquel elles appartiennent accède au (x) pouvoir(s). Et ce changement est irréversible parce que la connaissance et le savoir sont irréductibles. Nous avons longtemps pensé, mes amies et moi-même avoir été très exceptionnellement avantagées par le sort, pour avoir acquis l'indépendance morale, financière, culturelle, pour avoir développé une identité propre, une expérience, pour avoir été incluses dans la vie économique et dans la croissance du pays. Et ce petit fascicule nous rapproche de toutes les femmes: si les parcours sont différents, l'âme est la même... Alors ? Alors Vive le développement! Vivent les fenêtres ouvertes sur le monde, et vivement le sur-développement. Sans heurt, sans cassure, sans brisure sociale, politique ou culturelle, la femme a passé le cap du protectorat à l'indépendance sociale. Mais... parce qu'il y a des mais... Si ses relations avec le monde extérieur, son mode de vie ont muté en 50 ans, son statut juridique est à la traîne. Et il se trouve aujourd'hui en contradiction flagrante avec les faits. Parce que, dit très justement ce document: “En l'absence de tout projet de société bien défini cette révolution s'est accomplie, à bien des égards, d'une manière hâtive et incontrôlée, entraînant souvent des dysfonctionnements et des déséquilibres fâcheux, au détriment de la société, de la famille, et de la femme elle-même. C'est d'ailleurs ces situations qui alimentent des attitudes réticentes et des positions réservées à l'égard de ce type d'évolution”. Nous avons utilisé le développement comme catalyseur, transporteur sans formaliser un projet de société. Pourtant, rien ne se crée spontanément et ne perdure sans assises, sans code, sans cadre. Et toute théorie, toute philosophie, toute culture doit s'appliquer dans le réel pour être véritable. Notre société est à l'image d'une grande partie de nos entreprises: la croissance est un accident conjoncturel, une occasion dont on n'a pas extirpé la substantifique moelle, mais qu'on ne maîtrise pas en amont comme en aval... Et nous laissons au temps la responsabilité et la charge des changements nécessaires pour durer. Aujourd'hui, la femme a le choix, le choix et le pouvoir de choisir sa vie et celle de ses filles. Et parce que la base est acquise, c'est aux femmes individuellement, à soutenir leur volonté, à choisir leur positionnement, à agir, à réagir. C'est pour cela que le développement doit être notre credo. Car plus le pays avancera, plus la femme se dépassera, plus elle transcendera sa condition. Plus la femme sera économiquement, culturellement et/ou socialement active, plus elle agira sur sa définition, plus elle créera sa place dans notre projet de société. Ainsi, comme sa propre mère, elle préparera un meilleur avenir pour sa fille... En lui permettant d'être ce qu'elle veut être, ce qui est son identité: femme fleur, femme objet, femme de tête, femme au foyer, ou un peu de tout cela.

    S.B.

    La femme au Maroc en quelques chiffres

    . 200.000 citadines au début du siècle, 6.000.000 aujourd'hui et 8.000.000 au début du prochain millénaire.

    . Les filles représentent 15% des effectifs du primaire en 1970 contre 29% en 1990 et 38% des effectifs du secondaire en 1980 centre 40% en 1990, 16% des effectifs du supérieur en 1972 contre 37% en 1990, 11% des effectifs des écoles d'ingénieurs en l980 contre 24% en 1990.

    ... D'où un pouvoir économique bien plus grand que par le passé...

    . Taux d'activité de la femme:

    De 6,9% en 1960 à 11,6% en 1982, dû essentiellement à la femme mariée

    . Taux de croissance de la population active: 2,8%

    dont taux de croissance féminin: 5,7 et taux de croissance masculin : 2,3%

    . En 1986: 5.965 femmes employeurs - dans le secteur Services en premier lieu (cabinet médical, sages-femmes, avocates, salons de coiffure) et dans l'industrie en second lieu dont 26,2% dans le secteur textile. Mais ces 5.965 femmes ne représentent que 0,18% de la population féminine active.

    . Le nombre de femmes utilisant des contraceptifs a triplé en 8 ans : de 12,5% en 1979 à 35,6% en 1987.

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