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    Tribune

    Enseignement supérieur : Le corps enseignant doit sortir de son “inactivité critique”, dans l'attente d'une réforme globale

    Par L'Economiste | Edition N°:58 Le 17/12/1992 | Partager

    par Amin BENNOUNA*

    La création de nouvelles Licences dites "appliquées" a suscité la volonté d'action chez certains enseignants, le désarroi chez les autres, qui attendent la “ réforme globale ”. L'auteur de l'article, spécialiste de physique, appelle ses coolègues à "agir" pour un enseignement supérieur diversifié et efficace.

    Deux articles identiques (parus dans “L'Opinion” du 23 Novembre 1992 et “L'Economiste” du 27) ont amené dans le domaine public un débat qui agite, depuis déjà longtemps, les milieux universitaires.

    Ce débat concerne le devenir, non pas de l'Université Marocaine dans son ensemble, mais des Facultés classiques qu'elle abrite (Droit, Lettres, Sciences). En effet, plus que dans les établissements à vocation technologique ou professionnelle (Ecoles, Instituts), c'est dans ces Facultés classiques que se pose le problème de l'adéquation des enseignements dispensés avec l'environnement socio-économique. Il est vrai aussi que d'autres problèmes concernent l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur. En ce sens, plutôt que de faire une liste de ce qui est à revoir dans l'enseignement supérieur, tentons, au risque de commettre des erreurs, de faire une approche positive en suggérant une ébauche des grandes lignes de ce qui est attendu.

    Il semble qu'une grande partie du corps enseignant attend des solutions qui passeraient, entre autres, par :

    - l'établissement d'une politique de formation et de recherche prioritaire (priorités thématiques en fonction des besoins nationaux et des spécificités régionales), et, en parallèle, la garantie de survie de la Faculté en tant que pôle de diffusion du savoir,

    - l'autonomie financière plus large qui passe par un effort financier significatif (actuellement, les crédits “normaux” sont parfois si minces qu'ils rendent caduque la notion d'autonomie, le fonctionnement de certains établissements devenant tributaire des dotations dites “exceptionnelles”),

    - la décentralisation des décisions (programmes, diplômes, etc...) dans le cadre d'instances démocratiques et, surtout, aux compétences durement établies.

    En marge de ces derniers, qui ont une incidence sur la façon d'exercer le métier d'enseignant-chercheur (et gestionnaire ?), le statut même de l'enseignant-chercheur doit être revu, parfois clarifié ou amélioré:

    - au niveau des diplômes et de leur corrélation (éventuelle ?) à la carrière et à la promotion, au sens de la responsabilité et des compétences pour créer ou proposer de nouvelles structures de formation (enseignements) ou de recherche (laboratoires),

    - au niveau des salaires et de la procédure de promotion (au sens financier du terme).

    Quelque soit le profil qu'adoptera notre future Université, il est certain que les Facultés classiques devront quitter leur monolithisme actuel pour prendre une structure multiforme:

    - au niveau des diplômes avec des “passerelles” (actuellement les Facultés ne délivrent qu'un seul type de diplômes avec une seule entrée et une seule sortie),

    - au niveau des matières enseignées (en physique, une seule Licence existait avec un choix qui se résume à 50 heures optionnelles sur 4 ans et, comble de l'aberration, en Sciences Sociales et Humaines, on en est à la situation paradoxale que les enseignements de Licence ne sont imbibés d'aucune spécificité régionale),

    - au niveau du financement (public, privé ou mixte).

    Il n'est que de se rendre dans la plus modeste des Facultés publiques d'un pays industrialisé pour se rendre compte de la diversité de choix qui est offerte aux étudiants. Il est vrai que ceci demande des moyens (matériels et humains), mais aussi le temps de le réaliser.

    Réforme globale

    Les lignes ci-dessus ne font qu'apporter des éclaircissements complémentaires à l'article sus-nommé. Toutefois l'approche diverge dès lors qu'il s'agit de définir l'attitude qu'il faut adopter face à la situation aujourd'hui.

    D'aube part, il est de la plus haute importance de clarifier certaines suggestions et même de contredire certaines affirmations qui peuvent semer le doute dans les esprits du grand public.

    Bien que le sens des mots diffère d'un individu à l'autre, d'un partenaire à l'autre (administration, enseignants), une "réforme globale" est bel et bien souhaitée par tous. La création de nouvelles filières ou nouvelles formations (Licences Appliquées, Stages de Formation-Insertion, etc...) est loin de réaliser cette "réforme globale" mais elle n'en est pas moins un élément visant à diversifier et spécialiser l'enseignement dans le Facultés classiques par la proposition de filières spécialisées aux étudiants. Aucune réforme globale n'ayant été votée par le Parlement, ni décrétée par le Conseil des Ministres, le titre délivré en fin d'études dans les Licences Appliquées s'intitule aussi “Licence” et fait jouir de toutes les prérogatives et droits qui sont liés à ce titre.

    A moins de s'être tenu loin des discussion qui ont eu lieu depuis plus d'un an, l'appel du ministère de l'Education Nationale à proposer de nouvelles Licences (sur la base du volontariat d'une équipe de formation composée autour d'un responsable) était connu de toutes les facultés et départements qui ont fait circuler l'information comme il se doit. A notre connaissance, l'étude des demandes de création dans un établissement a été faite en confiant l'expertise scientifique à un autre établissement. Il est certain qu'en expertise industrielle des projets de formation aurait pu être pratique mais il semble que les Facultés classiques ont acquis auprès des industriels une réputation d'établissements n'ayant pas de vocation à fournir un enseignement spécialisé et il est important de commencer à les débarrasser de ce préjugé par des actions précises.

    La situation actuelle demande une réaction immédiate et chaque promotion supplémentaire qui pourvoit profiter de ces nouveaux choix représente une année de gagnée. Cette course contre la montre fait que certaines Licences Appliquées ont effectivement démarré (hélas!) quelques mois avant la date de livraison du matériel de travaux pratiques mais toutes les personnes averties savent qu'il existe des solutions techniques de gestion d'emploi du temps qui permettent de résoudre ce genre de problèmes.

    Les différentes équipes de formation ont adopté des attitudes différentes, aussi respectables les unes que les autres : certaines ont préféré attendre une année de plus, d'autres, gagner cette année en démarrant dans de moins bonnes conditions (des établissements tout entiers n'ont-ils pas fonctionné sans même que les locaux ne soient achevés).

    Faculté à deux vitesses

    Le concept de "Faculté à deux vitesses" sur lequel s'appuient les opposants à "la réforme" (au sens entendu par l'administration) est bâti sur le fait que les Licences Appliquées recrutent, en numerus clausus, par sélection après étude du dossier. Il faut bien espérer que celles-ci constituent des expériences-pilotes appelées à se multiplier. Si tel est le cas, il n'est pas difficile d'imaginer qu'à terme, un grand nombre de filière s'offriront au choix des étudiants si l'effort de diversification de l'enseignement supérieur se poursuit à un rythme suffisamment rapide pour que la "Faculté à deux vitesses" provisoire disparaisse au profit d'une Faculté multiforme.

    Quant à la procédure de sélection, à moins de feindre encore de l'ignorer pour induire le grand public en erreur, aucun enseignant de Faculté n'ignore que les critères de sélection de candidatures sont devenus maintenant quasiment standardisés et attribuent des points positifs pour les éléments favorables (mentions) et des points négatifs pour les éléments défavorables (redoublements), les ex-aecquo étant départagés par leurs notes.

    La sélection des candidats doit être considérée comme un des gages de réussite du stade préliminaire de la diversification de l'enseignement supérieur.

    Volonté et désarroi

    Contrairement à ce qui a été dit, la création de Licences Appliquées (n'aurait-il pas mieux valu les appeler "Spécialisées"?) est loin de rebuter les enseignants-chercheurs. Il est vrai aussi qu'elles sont l'objet d'avis nuancés, parfois contradictoires. Dans certains cas, la création de ces enseignements a même réussi a faire l'objet d'un unanimisme difficile à atteindre dans les milieux fortement intellectualisés: le Ministère ayant alloué au département de nouveaux postes, 76 enseignants de notre département sur 84 ont signé un engagement à assurer la couverture de la charge d'enseignement induite par l'ouverture de ces Licences Appliquées.

    Par rapport aux situations de prospérité, les situations de crise ont ceci de particulier qu'elles stimulent autant de volonté d'action chez certains individus qu'elles ne créent de désarroi chez d'autres et il n'appartient qu'à nous, enseignants-chercheurs du supérieur d'agir en sorte de ne pas sombrer dans la seconde catégorie. Ceci passe, notamment, par la nécessité d'agir à l'intérieur de ce qu'il est convenu d'appeler "le système" pour en améliorer le fonctionnement. Les enseignants-chercheurs qui ont préféré l'attitude "d'inactivité critique" (tenue à l'écart du "système" pour se préserver de sa supposée "perversion") permettent tout de même de conserver un regard critique froid et implacable sur les événements et d'en révéler les travers.

    Intentions sataniques

    Mais encore faut-il commenter les événements sur des faits réels car les temps où la rhétorique se basait sur l'attribution systématique à l'interlocuteur d'intentions sataniques sont révolus. Ici comme ailleurs, la "langue de bois" et la critique stérile sont des pratiques qui doivent être bannies si l'on souhaite une amélioration réelle de l'enseignement supérieur.

    J'ai parfois honte à appartenir à une communauté qui, l'année dernière, a refusé de donner son approbation à de nouveaux programmes d'enseignement sous prétexte que "la réforme n'était pas globale" et qui, cette année, se frotte déjà les mains en écho aux bruits de couloirs d'une augmentation de salaire sans aucune "réforme globale".

    Curieusement, je ne peux terminer ces quelques lignes sans entendre dans mes oreilles le bourdonnement du commentaire des "gardiens du dogme" et des tenants de la loi du silence.

    Chers collègues, nous tenons en main le devenir d'au moins une génération d'étudiants et nous ne pouvons nous comporter comme un simple estomac ambulant?

    A.B.

    * Maître de Conférences au Département de physique - Université Cadi Ayyad - Faculté des Sciences Marrakech Semlalia

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