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L'Amérique et les coalitions
Par le colonel Jean-Louis Dufour

Par L'Economiste | Edition N°:2388 Le 26/10/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexe 2004 (Ph. Cherkaoui)Pour faire la guerre ou maintenir la paix, l’Amérique aime à s’entourer d’alliés pour former des coalitions. Cela lui a souvent réussi. Une coalition peut favoriser une politique, mais elle ne doit pas avoir pour objet de la justifier. Il peut arriver en effet que l’Amérique constitue une coalition non pas tellement pour gagner la guerre, mais pour convaincre l’électeur de son bien-fondé. Lors de la guerre du Viêt-nam, par exemple, Washington avait demandé, au nom de l’OTASE(1), une contribution à la Nouvelle Zélande, à l’Australie, à la Thaïlande. Il fallait persuader le peuple américain que la cause défendue l’était aussi par ses alliés. C’est la même chose lors de la guerre contre l’Irak. L’Amérique rassemble à grand-peine une coalition de clients qui n’ont pas voulu la mécontenter. Dernier avatar d’une politique multilatérale aux résultats inégaux, l’Amérique cherche à punir la Corée du Nord au moyen d’une association d’Etats aux intérêts trop divergents pour appliquer une politique qui leur serait commune. Le Second conflit mondial n’aurait vraisemblablement pas éclaté si la France, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique avaient présenté d’emblée un front uni face aux prétentions nazies. Pour gagner cette guerre mal engagée, les Etats-Unis, assistés de la Grande-Bretagne, ont regroupé sous la bannière des «Nations unies» les pays disposés à subordonner leurs intérêts nationaux à la lutte contre les impérialismes allemand et japonais. Le succès final a largement dépendu de la capacité des dirigeants alliés à maintenir la cohésion et la pérennité de l’alliance. Même chose lors de la Guerre froide. Pour contenir les Soviétiques soupçonnés de vouloir imposer leur système au reste du monde, les Etats-Unis ont créé l’Alliance atlantique. L’Amérique avait besoin d’alliés situés au contact de l’URSS. Seule, elle aurait eu beaucoup de mal à faire le même travail. L’administration Truman fondait ainsi une politique étrangère brillante et qui a finalement réussi. Facteur favorable, il existait dans l’un et l’autre cas un ennemi commun, une menace grave, des buts simples, comme détruire les armées de Hitler ou contrer l’impérialisme soviétique. . Une action multilatérale ratéeDepuis 1990, l’Alliance atlantique, devenue globale, n’a plus d’ennemi et n’est pas menacée. Or le système dirigé par Washington continue d’exister, non plus pour affronter les Soviétiques mais pour maintenir une sorte d’équilibre mondial. La coalition devient une fin en soi. Le résultat n’est pas forcément mauvais. Deux fauteurs de troubles, l’Irak en 1990, la Serbie en 1999, ont été pris en compte par une communauté internationale à peu près unanime, incluant peu ou prou la Russie(2) et la Chine, et dont tous les membres sont censés partager le même désir de stabilité. Toutefois, pareille politique, fondée sur l’hypothèse improbable d’une stabilité universelle souhaitée par l’ensemble de la communauté internationale, présente des défauts; elle tient pour acquis que le monde actuel est satisfaisant, que les positions des uns et des autres ne doivent pas changer, que les Grands le resteront au détriment des petits Etats invités à le demeurer. Au contraire de la guerre contre l’Irak décidée de manière unilatérale, les Etats-Unis ont adopté vis-à-vis de Pyongyang un comportement opposé. L’administration Bush ne veut pas d’une Corée du Nord nucléaire de crainte d’une déstabilisation du système, elle souhaite la chute du régime mais sans envisager une quelconque action de force. La manœuvre multilatérale de Washington est fondée sur l’hypothèse suivante : Russie, Corée du Sud, Chine, Japon, les quatre Etats concernés de la région(3), souhaitent sa stabilité, ils sont prêts à agir pour maintenir l’équilibre régional. Erreur! Ces puissances ont très peu en commun, leurs ambitions divergent, elles répugnent à prendre des risques. La Corée du sud ne veut pas d’un voisin nucléaire mais souhaite éviter tout affrontement armé dont les retombées menaceraient son cœur industriel très proche de la frontière; elle ne veut pas non plus la fin du régime de Pyongyang pour éviter d’avoir à prendre ce pays en charge. Le Japon persiste dans sa phobie du nucléaire mais n’entend ni ne peut, pour des raisons historiques et de politique intérieure, faire la guerre à la Corée du nord. De plus, Tokyo n’a aucun intérêt à voir son ancien ennemi coréen se réunifier pour devenir un géant industriel forcément concurrent.La Russie ne craint pas une frappe nucléaire coréenne. Elle est plus préoccupée par l’extension de l’OTAN au cœur de sa zone d’influence. Moscou n’est donc pas fâché de voir Washington piégé en Irak et incapable de contraindre l’Iran. Gifle assénée au locataire de la Maison blanche, l’essai nucléaire coréen satisfait plutôt Moscou. A Pékin, les questions économiques et politiques prédominent mais on ne veut pas déplaire aux Etats-Unis. Dans l’affaire coréenne, la Chine paraît jouer double jeu; elle semble être irritée par l’essai coréen tout en profitant de la possibilité qui se présente d’ «aider» Washington, sans avoir aucun intérêt à la mise en œuvre de sanctions véritables. En dépit d’une politique multilatérale apparemment de bon aloi, l’Amérique atteint en Corée les limites de son influence. Elle peine à gouverner cette partie du monde, y compris par le biais d’une coalition de circonstance. Celle-ci, en effet, ne saurait entreprendre une action commune pour punir la Corée du nord de son outrecuidance parce que cette coalition est une illusion. Toutefois, la visite jeudi à Pyongyang du vice-ministre chinois des Affaires étrangères Wu Dawei, lequel représente son pays aux conversations à 6, a peut-être eu pour objet de conseiller à la Corée du nord de ne pas procéder à un nouvel essai nucléaire. La Chine, après tout, a horreur du désordre, surtout à ses frontières…---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Organisation du Traité de l’Asie du Sud Est, équivalent de l’OTAN pour l’Asie, créée par le Pacte de Manille le 6 septembre 1954 et qui groupait huit pays, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Australie, Nouvelle Zélande, Pakistan, Thaïlande, Philippines. La France s’en est retirée en 1965. L’OTASE a été dissoute en 1977, après la guerre du Viêt-nam et le réchauffement Est-Ouest.(2) La Russie ne souhaitait pas participer à des frappes aériennes contre la Serbie orthodoxe et alliée historique de Moscou.(3) Et qui participent avec Washington et Pyongyang aux négociations à 6 à propos de la Corée du nord.

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