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La récidive d'un scandale type Enron est possible!René Ricol, président de la Fédération internationale des experts-comptables

Par L'Economiste | Edition N°:1540 Le 16/06/2003 | Partager

Invité par le SNEX (syndicat national des experts-comptables), le patron de l'IFAC, la Fédération internationale des experts-comptables et commissaires aux comptes, anime une conférence ce soir à la Chambre française du Commerce et de l'Industrie au Maroc. Après la succession de scandales qui ont ébranlé la profession d'audit dans le monde, l'IFAC a ouvert un contre-feu. La Fédération travaille sur un dispositif de contrôle qualité qui s'imposera à tous ses membres. Son président demande en revanche que les autres intervenants dans la chaîne de l'information financière -avocats, analystes financiers- fassent aussi le ménage. . L'Economiste: Avec le recul, comment expliquez-vous «l'affaire» Enron? Où situez-vous les failles dans la chaîne de sécurité?- René Ricol: Les marchés financiers ont été sévèrement ébranlés par les scandales Enron et WorldCom. Mais je pense que leurs difficultés remontent à une période antérieure à ces scandales. J'en situerais le point de départ à l'époque où la nouvelle économie s'est développée puis effondrée, où des sociétés étaient estimées bien au-delà de leur valeur réelle, et où finalement les pertes subies par les investisseurs ont été colossales. Les leçons n'ont pas été tirées de ces événements et le scandale Enron est arrivé avec toute l'ampleur qu'on lui connaît.Un sinistre comme Enron a de multiples origines. Il ne faut pas croire que ce scandale découle uniquement de l'attitude des auditeurs, qui certes doivent porter leur part de responsabilité et entendent le faire pleinement. Ce sont tous les éléments de la chaîne sécuritaire entourant l'entreprise qui ont failli à leurs obligations vis-à-vis de l'entreprise et des investisseurs. La première raison est le dysfonctionnement notoire du management de la société. Et ce risque existera toujours tant que les formules de rémunération des dirigeants n'auront pas été assainies pour ne plus prendre en compte, d'une manière aussi importante qu'aujourd'hui, la profitabilité à court terme de l'entreprise. La deuxième raison est la défaillance grave dans la répartition des pouvoirs, ce que l'on appelle le gouvernement d'entreprise. Ce gouvernement repose sur l'existence de comités d'audit et d'arrêtés des comptes vraiment indépendants de la direction de la société. Dans le cas d'Enron, cela n'a visiblement pas fonctionné. La troisième raison est le gonflement de la valeur de l'entreprise. Le corollaire en est que les erreurs, y compris dans l'audit, ont un impact démesuré. Enfin, les juristes, les banquiers, les analystes financiers ont échoué dans leurs fonctions de conseils. Ils ne peuvent se laver les mains des recommandations qu'ils font.. Audit: L'intégrité doit l'emporter sur l'indépendance . Vous avez pris la présidence de l'IFAC à un moment critique. Quel est votre programme pour reconquérir la confiance ébranlée par l'affaire Enron? Celle-ci a montré qu'il y avait un problème d'indépendance des auditeurs. - La période actuelle est cruciale pour l'avenir de notre profession. C'est pourquoi l'IFAC a décidé de réagir vite et efficacement. Il y a d'abord comme vous le dites très justement, un réel problème d'indépendance des auditeurs. Dans ce domaine, j'ai la conviction que le concept d'intégrité doit prendre le pas sur celui d'indépendance, car ce dernier est trop formel. L'indépendance est un objectif que l'on ne peut jamais parfaitement atteindre même si l'on doit s'y efforcer. On peut remplir toutes les conditions posées par la loi et pour autant être quand même dépendant. L'intégrité en revanche est une qualité que l'on peut mesurer objectivement et que l'on peut exiger.Il nous faut également nous demander comment restaurer la confiance et quelle approche adopter. Il y a d'abord une approche macroéconomique. Nous sommes prêts à faire évoluer de manière fondamentale le contrôle sur la profession. Il me paraît nécessaire que ce contrôle ne réside plus comme par le passé, entre les seules mains de la profession. Il faut que le contrôle soit partagé avec des autorités extérieures, bien évidemment les régulateurs mais également toute partie intéressée de manière significative au fonctionnement de la profession pour le bien général. L'IFAC est actuellement engagée dans d'importantes négociations avec ces intervenants et une solution à l'échelle mondiale devrait être arrêtée avant la fin de l'année.Il y a ensuite une approche microéconomique. Pour une complète efficacité, il est nécessaire que ce contrôle externe soit complété par un contrôle interne renforcé au niveau des cabinets. Aucun rapport d'audit ne devrait être émis sans avoir suivi une procédure stricte et uniforme dans tous les pays . De nouvelles normes de procédure sont actuellement élaborées au sein de l'IFAC par l'IASB et devraient également être émises avant la fin de l'année.. Pensez-vous que la profession d'audit ait tiré la leçon de ce scandale?- Comme je viens de vous le dire, non seulement, la profession a compris les raisons de la crise de confiance, mais elle a décidé de réagir fortement et est prête pour ce faire, à réformer profondément son mode de fonctionnement et en particulier son mode de contrôle. Cependant, vous avez parlé très justement d'une chaîne sécuritaire entourant l'entreprise. Si tous les maillons de la chaîne ne se remettent pas en question et ne se réforment pas en même temps, la chaîne ne bougera pas ou son mouvement sera inefficace. Les auditeurs agissent, il serait bon que les autres professions concernées en fassent autant.. Existe-t-il un risque de «récidive» d'un scandale de type Enron?- Oui, parce que, malgré les systèmes de sécurité qui peuvent être mis en place, les mauvais penchants de la nature humaine, dont la cupidité, existeront toujours. Cependant, les contrôles que nous mettons en place rendront cette éventualité beaucoup plus difficile à réaliser. C'est en tout cas le but que nous recherchons.. Vous êtes partisan d'une étanchéité totale entre l'audit et le conseil. Beaucoup de vos confrères soutiennent que cette évolution est «impossible». Quel est votre sentiment?- Vous savez que le code d'éthique de l'IFAC est basé sur une approche-cadre, c'est-à-dire mettant en lumière les situations à risque et expliquant comment éviter ou limiter dans une mesure acceptable ce risque. Ce système est en opposition avec l'approche fondée sur l'énoncé d'une liste de règles d'interdits. Pour un bon fonctionnement uniforme de la profession, il est souhaitable que les deux systèmes concordent sur les points principaux, écartant clairement les activités incompatibles avec l'audit.La frontière est en théorie difficile à tracer, entre les activités compatibles et celles qui ne le sont pas. Mais dans la pratique, la limite est assez claire. L'audit d'une société dépasse aujourd'hui de loin la seule compétence comptable, par conséquent, on sera toujours à la limite du conseil. Il faut en parler, réfléchir et fixer des règles. Prenons un exemple concret: si une société adresse à ses auditeurs son projet de liasse fiscale et que ces derniers imposent des modifications, ils sont pleinement dans leur rôle. Si, en revanche, ils proposent des montages d'optimisation fiscale, ils deviennent des conseils. Il est vrai qu'actuellement, la profession subit dans le monde entier une pression très forte pour se recentrer sur son métier d'origine, l'audit. Se pose également la question de savoir si l'auditeur peut ou non délivrer des conseils à son client, dans les limites du raisonnable. Et là, il s'agit d'une problématique qui relève de chaque culture nationale. C'est pourquoi je pense que l'on ne peut pas prétendre actuellement définir un standard unique pour tous les pays, il faut privilégier la convergence.


Qui est René Ricol?

Ancien président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes et de l'Ordre supérieur des experts-comptables (France), René Ricol, 52 ans, a été élu le 18 novembre 2002 à la présidence de l'IFAC, la Fédération mondiale des experts-comptables. Il a pris la tête de cette organisation alors que la profession d'audit était en pleine crise morale, secouée par des scandales Enron et WorldCom. Ce climat n'a pas effrayé ce praticien chevronné qui en a vu d'autres. Durant son mandat, le président de l'IFAC entend finaliser les codes d'éthique et les dispositifs de contrôle qualité du travail des auditeurs. L'homme n'hésite pas à affronter l'opposition d'une partie de la base en prônant la mise en place d'une superautorité de supervision de la profession.Expert-comptable, René Ricol préside Ricol, Lasteyrie et Associés, cabinet d'expertise comptable de commissariat aux comptes, d'audit et de conseil financier. Il est aussi président d'honneur et fondateur du groupement France Défi, premier réseau français d'experts-comptables indépendants. René Ricol est expert judiciaire inscrit auprès de la Cour de cassation en France.

2 millions de membres à l'IFAC

L'IFAC a été créée officiellement au Congrès international de comptabilité de Munich en 1977. Elle avait été précédée par l'International Coordination Committee for the Accountancy créé à la suite du Congrès international de Sydney en 1972.L'IFAC est une organisation non gouvernementale qui a pour objectif premier de développer et de promouvoir à l'échelle mondiale une profession comptable agissant de concert et se conformant à des normes harmonisées. Ses membres à part entière sont des organisations comptables professionnelles reconnues par la loi; ils sont automatiquement admis à l'IASB, l'organisme de normalisation comptable internationale. Il y a aussi des membres associés et des membres affiliés. L'IFAC regroupe actuellement 165 organisations dans 114 pays et compte plus de 2 millions d'adhérents.


Il soutient la loi Sarbanes-Oxley

Sur un plan général, confie le patron de l'IFAC, «je suis tout à fait favorable à la loi Sarbanes-Oxley». Une telle loi était nécessaire aux Etats-Unis et certaines de ses dispositions me semblent particulièrement bienvenues, renchérit-il. Ainsi, la disposition demandant aux principaux dirigeants de la société (dont le directeur financier) de certifier l'exactitude de l'information financière émise par la société lui paraît une «exigence très positive». Quant aux dispositions extraterritoriales, elles posent effectivement un problème, dont la SEC est maintenant consciente. Je souhaite qu'à terme, des modifications ou exemptions soient apportées à cette loi afin d'éviter tout conflit de loi entre les pays concernés. L'IFAC est en faveur de l'harmonisation et de la coopération en ce domaine.Interview réalisée par Abashi SHAMAMBA

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