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La politique américaine en Irak ne peut conduire qu'à l'impasse
Par Francis Ghilès

Par L'Economiste | Edition N°:1608 Le 24/09/2003 | Partager

La Ligue arabe a implicitement reconnu le nouveau gouvernement irakien lors d'une réunion des chefs de la diplomatie arabe au Caire le 8 septembre. Le pésident George W. Bush obtiendra sans nul doute du Congrès la rallonge de 71 milliards de dollars nécessaires à la “reconstruction” de l'Irak. Une majorité de ses concitoyens, 70% selon un récent sondage, demeurent convaincus que Saddam Hussein et les dirigeants d'Al Qaida travaillaient la main dans la main. Wall Street et les Bourses des autres grands centres financiers ont repris des couleurs et le Parti Démocrate aligne une pléthore de candidats et candidates pour les primaires présidentielles dont le coup d'envoi sera donné à la fin de l'hiver.Pourtant, tout n'est pas rose pour le chef de l'exécutif américain. La reprise économique américaine est hésitante et accompagnée, une fois n'est pas coutume, de pertes d'emplois: toute détérioration grave de la situation au Moyen-Orient, qu'elle advienne en Irak, en Palestine ou ailleurs, aura pour résultat une perte de confiance des investisseurs occidentaux. . Impact pervers sur les financesMais, c'est au niveau de son impact sur les finances du gouvernement américain que la politique menée actuellement en Irak fera sentir ses effets les plus pervers dans les mois à venir. En effet, au-delà de la rallonge qu'il vient de demander au Congrès, George W. Bush invite d'autres pays à contribuer, tant en troupes qu'en argent liquide, aux difficultés encourues par les Etats-Unis et le Royaume-Uni en Irak.Or, l'engagement américain dans ce pays est considérable et va croissant. Il éclipse, et de loin, les initiatives que la Maison-Blanche a lancées dans des domaines aussi divers que l'éducation, la réduction de la pauvreté de par le monde et la lutte contre le sida pour ne pas parler de l'environnement ou même de la sécurité intérieure américaine. La rallonge représente 1% du PNB américain et vient s'ajouter de 0,6% du PNB qu'a déjà coûtée la politique du président en Irak depuis un an.Tant que l´électorat américain accepte la thèse de la Maison-Blanche qui prétend que Saddam Hussein et Al Qaida travaillaient de concert -et sont donc tous deux responsables des attentats perpétrés à New York le 11 septembre 2001-, le président et ses conseillers seront à l'aise pour justifier leur stratégie -stratégie qui persiste à prétendre que la chute de l'ancien chef d'Etat irakien constitue un élément essentiel dans leur volonté d'assurer une sécurité plus grande pour les Etats-Unis. Le prix politique que le président devra payer pour les dérives budgétaires actuelles sera sans doute supportable. Le jour où ce même électorat américain comprendra que les services secrets américains et anglais ont toujours dits à leurs leaders respectifs qu'ils ne possédaient aucune preuve que l'ancien leader irakien travaillait de concert avec Oussama Ben Laden, le réveil pourrait être brutal.. Pertes de popularitéCe qui se passe à Londres depuis quelques semaines est, à cet égard, instructif: la perte de popularité du Premier ministre est le résultat direct du retournement d'une opinion qui accepte difficilement d'avoir été trompée sur la marchandise. Mentir au peuple est pratique courante en démocratie. Cependant, à la différence d'une dictature, le retournement de l'opinion publique est souvent rapide une fois que ce même peuple prend conscience que ses dirigeants l'ont induit en erreur. Or, les patrons des trois services de sécurité britanniques -le Joint Intelligence Comité-, ont averti Tony Blair le 10 février dernier que toute guerre contre l'Irak ou l'effondrement du régime de Saddam Hussein accroitrait le risque que des armes de destruction massive tombent entre les mains des réseaux liés à Al Qaida. Tant Tony Blair que George W. Bush ont toujours prétendu le contraire. La politique d'occupation américaine de l'Irak est dans une impasse. La présence de 140.000 soldats américains n'a pu empêcher la destruction gratuite de l'infrastructure, notamment pétrolière, réduisant ainsi de moitié, c'est-à-dire de 10 milliards de dollars par an aux prix actuels du baril, les revenus de l'exportation du pétrole. Cette même présence joue un rôle de paratonnerre pour des groupes violents -ex-membres du parti Baath, nationalistes chiites, nouveaux arrivant étrangers liés à Al Qaida qui s'attaquent au réseau de distribution d´eau, d´électricité, aux forces d'occupation et aux Nations unies.. Sus aux amis des AméricainsCeux qui collaborent avec les Etats-Unis risquent de subir le même sort que le leader chiite ou le représentant de Kofi Annan, récemment assassiné. Même si une majorité d'Irakiens soutiennent le gouvernement provisoire de l'Irak, une minorité importante pourra semer la terreur dans un pays profondément divisé depuis des décennies entre groupes ethniques et religieux qui se détestent. Quant à la volonté affichée des Etats-Unis de promouvoir la démocratie, personne n'y croit -on voit mal Washington s'accommoder du résultat d'un vote démocratique si tant est que celui-ci résulte en une majorité d'islamistes! La chronique de la présence anglaise et américaine au Moyen-Orient depuis un siècle n'est pas non plus faite pour convaincre les observateurs, notamment en Occident, qu'une volonté sincère d'instaurer la démocratie dans la région est l'idée-phare qui sous-tend la politique actuelle de Londres et de Washington. Par une ironie de l´histoire, les deux grandes puissances anglo-saxonnes qui ont tant combattu les chiites et appuyés les sunnites, même quand ceux-ci représentaient une minorité de la population comme c'est le cas en Irak, ont réussi en décapitant le régime des Talibans et celui de Saddam Hussein à donner plus d'influence politique aux chiites que ces derniers n'en ont eu depuis longtemps. Ce qui conforte bien évidemment l'Iran. La confusion sur les buts affichés de la politique américaine va croissant? Et ce d'autant plus que les rapports entre Washington et Riyad ne sont guère au beau fixe et qu'il faut bien revenir à cette réalité incontournable: les Saoudiens et des fonds privés provenant d'Arabie saoudite ont joué un rôle-clé dans l'attentat contre les tours du World Trade Center il y a deux ans. Est-il surprenant que, dans un contexte où tant la stratégie des Anglo-Saxons que leur tactique est si peu lisible, beaucoup de musulmans se demandent si l'Occident n'est pas entré dans une nouvelle ère de croisades? . La reconstruction ne légitimerait rienLutter contre les actions terroristes et améliorer les services publics ne suffiraient pas à légitimer la présence étrangère et à gagner le coeur des Irakiens. L'illusion qu'entretiennent les dirigeants américains ressemble étrangement aux illusions d'Israël dans les territoires occupés, de la Russie en Tchétchénie, de la France, autrefois en Algérie et des mêmes Etats-Unis au Vietnam. L'occupation américaine vise avant tout à sécuriser un flux régulier et stable de pétrole: aucun peuple arabe n'est dupe même si ses dirigeants doivent faire acte d'allégeance à la puissance dominante comme ils l'ont fait récemment au Caire. L'opinion publique européenne n'est pas dupe et, dans les rangs des dirigeants démocrates américains, certains osent le dire. Personne n'a oublié que Saddam Hussein a été soutenu et armé par les quatre grandes puissances avant d´être traité de “Hitler”. Les peuples ont la mémoire plus longue que ceux qui prétendent les diriger.Cela apparaît certain aujourd'hui: plus longtemps les Américains resteront en Irak, plus longue sera l'agonie de l'Irak. Y assurer la stabilité (ne parlons pas de la démocratie en Irak!) est une entreprise extrêmement hasardeuse et ardue. Plus longtemps les Américains resteront en Irak, plus longtemps des solutions réalistes pour le futur du pays tarderont à être prises. Il est loin d'être certain que les Nations unies y parviennent, même si les Etats-Unis lui permettent de jouer un tel rôle. Si les Américains décidaient de quitter l'Irak demain, leurs ennemis se réjouiraient sans doute d'une politique qui se serait avérée singulièrement inepte et lâche.La solution sage serait certainement de confier la tâche de la transition aux Nations unies. En effet, si la responsabilité politique de ces derniers n'est pas clairement acceptée par les vainqueurs militaires, on voit mal d'où viendront les fonds importants nécessaires à la reconstruction du pays et les hommes compétents et dévoués qui pourront redonner espoir à une société épuisée par une génération de dictature très dure. Le consensus international essentiel à une oeuvre d'aussi longue haleine dans une région qui reste une poudrière est à ce prix. Peut-être trouvera-t-on alors les troupes et les fonds nécessaires pour administrer l'Irak d'une manière acceptable pour la vaste majorité du peuple irakien.Il est tout de même triste et tristement paradoxal qu'un pays qui dispose des deuxièmes réserves de pétrole au monde, qui pourrait engranger facilement 10 milliards de dollars par an si ses oléoducs étaient en état de fonctionner, doive survivre à coup de fonds américains qui ne font que creuser un déficit budgétaire qui devient inquiétant. Un retrait américain rapide permettrait d'économiser 40 milliards de dollars au bas mot dont une partie pourrait être dépensée à reconstruire les infrastructures du pays plutôt qu'à assurer la sécurité des troupes américaines. Au rythme où va le déficit budgétaire américain, le président vogue vers un chiffre de déficit de 530 milliards de dollars en 2004.. Moral des troupes en baisseUne autre conséquence, très grave pour la sécurité américaine de la situation actuelle, est que les Etats-Unis ne disposent plus d'assez de troupes au cas où une crise grave éclaterait ailleurs dans le monde. Vingt et une des trente-trois brigades de combat que compte l´armée américaine sont déployées outre-mer, dont seize en Irak. La pression que cette situation fait subir aux troupes en Irak et leur extrême fatigue préoccupent beaucoup d'officiers dont l'ancien chef d'état-major américain, Eric Shinseki, qui a quitté ses fonctions il y a peu. Tout ceci plaide en faveur de la présence de troupes autres qu'américaines en Irak. On voit mal la France ou l'Allemagne pour ne pas parler d'Etats arabes consentir à envoyer des troupes en Irak en l'absence d'un mandat clair du Conseil de sécurité et de l'acceptation par Washington que l'ONU doit assumer un rôle politique majeur.Est-ce que toutes ces réalités rattraperont George W. Bush avant l'élection présidentielle de 2004? Il est trop tôt pour le savoir: pour l'heure, tant à la Maison-Blanche qu'à Downing Street, on continue d'entendre des discours aux accents faussement churchilliens. Plus longtemps le peuple américain tardera à comprendre que ses dirigeants l'ont induit en erreur, plus brutale risque d'être sa réaction et plus les dirigeants actuels peuvent être tentés par une politique -tant à l'étranger que sur le plan domestique, de fuite en avant. Certains responsables militaires américains doivent être plus sages qu'il n'y paraît, qui firent projeter il y a quelques semaines, en séance privée au Pentagone, le film “La Bataille d'Alger”-bataille que les troupes françaises gagnèrent militairement mais au prix d'une défaite politique lourde de conséquences, qui a fini par chasser les Français d'Algérie.

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