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Culture

La Chine joue-t-elle au Tchad?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2263 Le 26/04/2006 | Partager

Le colonel Dufour, qui a donné, le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de trois livres de référence sur le sujet: La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexes 2004; La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, 2005En voulant s’emparer de N’Djamena le 13 avril dernier, les opposants au régime tchadien espéraient renouveler l’opération menée en 1991 par l’actuel président contre son prédécesseur, Hissène Habré. Après de durs combats et la mort de plusieurs centaines de rebelles, le président Idriss Déby est toujours à son poste.Au Tchad, ce genre d’aventure est coutumier. Il suffit de trouver un financement! En 1991, la Libye avait payé l’équipée victorieuse de Déby; cette fois, la Chine aurait financé la cavalcade. Pour trois motifs: la facilité supposée de l’opération, l’absence de risques, le pétrole... Or les Tchadiens doivent voter le 3 mai, la semaine prochaine, pour élire le nouveau président. Déby est candidat à un troisième mandat, au lieu des deux prévus par la Constitution qu’il a fait modifier. L’opinion publique proteste mais les Tchadiens les plus concernés sont les membres de son ethnie, les Zaghawas. Ces 50.000 personnes dont des centaines de guerriers, et qui résident de part et d’autre de la frontière entre le Darfour et le Tchad, comptent bien conserver un gâteau que Déby serait en train de gâcher par sa maladresse. Les Zaghawas gouvernent à leur seul profit ; à eux les postes ministériels, les fonctions de directeur, les commandements dans l’armée. Dans ce pays sans entreprise, le seul moyen de bien gagner sa vie est le pouvoir. A condition de le conquérir et de le conserver. Il y faut de l’argent. Sans financement, un candidat au pouvoir n’a aucune chance. Déby n’en reçoit plus au contraire des Zaghawas rebelles à leur cousin! La Chine leur aurait fourni 40 Toyota et des mitrailleuses de 14,5. Pourquoi ces largesses? La Chine exploite le brut soudanais en compagnie des Malais de Petronas. La production, 500.000 barils/jour, devrait doubler d’ici 2010. D’où l’intérêt de Pékin pour le Tchad et son oléoduc. D’autant plus qu’au contraire de Khartoum, N’Djamena en 2004 a choisi des pétroliers taïwanais pour prospecter le pays. . Un siège bien fragileRenverser Déby ne serait donc pas sans intérêt pour Pékin. Ce pourrait être aisé. Le régime est aux abois. En février, deux généraux, oncles du président, ont déserté, entraînant avec eux nombre de leurs hommes. Deux neveux, chargés de mission à la présidence, ont fait défection en mars. Des Etats-Unis, un autre neveu appelle à la déposition du président tchadien taxé d’incompétence. Tant pis si quelques guerriers zaghawas sont Soudanais! Khartoum, où Déby n’est guère aimé, laisse faire.Déby, toutefois, est un soldat. Ce nomade breveté de l’Ecole de guerre sait manœuvrer! A condition d’être renseigné. Dans ce pays, des colonnes de véhicules armés peuvent parcourir des centaines de km vers la capitale sans que les autorités en soient informées. Mais les Mirage français d’Epervier ont localisé les rebelles. Prévenu, Déby les a calmement attendus pour mieux les massacrer aux portes de sa capitale. Voilà le coup d’Etat manqué, comme est manqué ce premier essai chinois de prédation en Afrique, s’il est avéré que Pékin a financé la rébellion. Un échec peut-être provisoire! Si la Banque mondiale persiste à ne pas payer les 127 millions de dollars qu’elle doit à Déby, celui-ci, bientôt, ne pourra plus régler les siens. Ses jours alors seront comptés.


Les militaires français au Tchad

La France entretient au Tchad depuis 1986 le dispositif «Epervier», destiné à l’origine à défendre le pays contre la Libye.Aujourd’hui, Epervier concourt à la sécurité extérieure du Tchad, co-opère avec les forces armées tchadiennes dont il assure la logistique, mène des actions civilo-militaires au profit des populations et participe depuis l’été 2004 au soutien des camps de réfugiés à la frontière soudanaise. L’ensemble compte 1.200 h, deux unités terrestres, 3 hélicoptères PUMA, 6 Mirage F1, 3 C160 Transall de transport, un ravitailleur KC135 FR.


Un drôle d’Etat… pétrolier

Le Tchad n’a jamais constitué un Etat-nation. Vaste, peu peuplé, très pauvre, cette création fragile regroupe 9 millions d’habitants(1) que tout oppose, mode de vie, langue, religion. On y recense 200 groupes ethniques qui peinent souvent à se comprendre entre eux. Le nord du Tchad est un désert avec ses nomades blancs musulmans, le sud, mieux arrosé, est plus fertile ; ses populations sont noires, sédentaires, animistes ou chrétiennes. L’agriculture est misérable à l’exception du coton qui a longtemps constitué la seule ressource monétaire propre à l’Etat. Celui-ci a donc accueilli la manne pétrolière comme un don du ciel. En 2003, un consortium américano-malais(2) aidé par la Banque mondiale a consacré 3,7 milliards de dollars à la construction d’un oléoduc chargé d’évacuer jusqu’à Douala 225.000 barils/jour(3). Mais la Banque a exigé une bonne gouvernance: 10% des revenus doivent alimenter un fonds destiné «aux générations futures», le reste allant à l’éducation, la santé, le développement rural, les infrastructures et la gestion de l’eau. Aucune dépense d’armement ne devait être tolérée. Idriss Déby étant passé outre, les royalties ne sont plus réglées. «Idriss Déby est actuellement président du Tchad mais l’exploitation pétrolière venait de lui couper les vivres. Il avait lui aussi pris le pouvoir à la faveur d’une «cavalcade» qu’il avait organisée contre son prédécesseur, Hissène Habré, il y a quinze ans. Le Tchad n’est pas vraiment un Etat-nation: 200 groupes ethniques, presque autant de langues, pour 9 millions de personnes… mais il y a un peu de pétrole, peut-être beaucoup…«------------------------------------------------(1) Estimation 2005.(2) Trois entreprises dans ce consortium, deux américaines, Exxon-Mobil et Chevron, et la malaisienne Petronas, également active au Soudan en compagnie de sociétés chinoises.(3) La production quotidienne n’a en fait jamais encore dépassé 180 000 barils.

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