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Confrontation avec l’Iran: Le pétrole et le nucléaire
Par Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:2263 Le 26/04/2006 | Partager

Francis Ghilès est membre de l’Institut européen de la Méditerranée (Iemed). Situé en Espagne, l’Iemed est une sorte de think thank qui agit en tant qu’observatoire des politiques méditerranéennes.Ghilès a été durant de longues années le spécialiste du Maghreb pour le quotidien britannique Financial Times. Il a donné et donne de nombreuses conférences et analyses sur le monde arabe et la MéditerranéeLes Etats-Unis tentent, avec l’appui des grandes puissances européennes, d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire. Ce pays, avec qui les Etats-Unis ont rompu les relations diplomatiques en 1978 lorsque des diplomates américains à Téhéran furent pris en otage par ce qui était alors la toute jeune République islamique, n’en finit pas de causer des sueurs froides à l’équipe de George Bush et à quelques autres dirigeants occidentaux. . Le prix du pétrole handicape le MarocCertains évoquent même l’éventualité de raids aériens israéliens qui auraient la bénédiction tacite des dirigeants américains. Pour beaucoup de néoconservateurs américains, la République islamique iranienne fait bien partie de cet axe du mal qu’évoquait le chef de l’Etat américain, il y a quelques années: l’attaquer militairement, fusse par Israéliens interposés, soulève néanmoins sur le plan de la realpolitik, du droit international et de la morale quelques problèmes.Le prix du baril de pétrole a atteint 75 dollars/baril la semaine dernière, ce qui pose en soi de nombreux problèmes. Ce prix pénalise gravement les économies comme celles du Maroc qui n’a pas de ressources hydrocarbures domestiques. Il freine le redémarrage d’économies telles que l’allemande et l’italienne dont les croissances ont été faibles ces dernières années. Ce prix élevé risque, à terme, de plonger l’économie mondiale dans une sévère dépression.Augmenter la production n’est guère envisageable aujourd’hui, sauf un peu en Arabie saoudite. L’énorme accroissement de la demande des pays d’Asie, dont la Chine, le rythme soutenu de la croissance économique dans de nombreux pays européens dont le Royaume-Uni, l’Espagne, les pays scandinaves, en Amérique du Nord et en Australie pousse les prix vers le haut. Les grands producteurs d’hydrocarbures comme la Russie et l’Iran sont handicapés par la faiblesse des investissements qu’ils ont effectués dans leurs structures d’exploration, d’extraction et d’exportation depuis deux décennies qui fait qu’ils ne sont guère capables d’exporter beaucoup plus de gaz et de pétrole, même s’ils souhaitaient le faire. La production du Nigeria est handicapée par des troubles politiques dans la région d’où est extrait le pétrole, la production de la mer du Nord décroît et celle de l’Irak ne se relève pas, pour cause de guerre civile.. Conflit aggravantUn conflit éventuel avec l’Iran ne priverait pas seulement les consommateurs de 10% des exportations mondiales, il mettrait en péril jusqu’à 40% des exportations mondiales parce que l’huile en provenance des Emirats arabes, du Koweït et de l’Arabie saoudite transite par le détroit d’Ormuz que peut bloquer l’Iran s’il le souhaite. L’offre est très serrée et il n’y a aucune alternative en vue, même à terme puisque le nucléaire reste une option que les opinions publiques en Occident, dans leur ensemble, continuent de récuser.La realpolitik oblige aussi les Etats-Unis et ceux de leurs alliés qui seraient tentés par les sirènes offensives des néoconservatrices, de tenir compte de l’extrême réticence exprimée par les dirigeants russes et chinois face à toute action militaire contre la République islamique. Rien en droit international n’interdit à l’Iran de se doter d’une technologie nucléaire. Elle peut arguer que son voisin Pakistanais s’en est dotée, tout comme l’Inde, pour ne pas parler d’Israël même si ce dernier rechigne à admettre ce qui est un secret de Polichinelle depuis des décennies. Au vu des fausses excuses, manipulations multiples de la vérité, mensonges et analyses grossièrement incorrectes qui, tant à Londres qu’à Washington ont servi d’arguments aux dirigeants pour justifier l’invasion de l’Irak, il sera difficile de présenter un dossier convaincant cette fois-ci. Ni George Bush ni Tony Blair ne peuvent jouir aujourd’hui du bénéfice du doute. Il faudra des années avant qu’un président américain ou un Premier ministre britannique puisse convaincre leurs opinions publiques d’aller en guerre, sauf s’il s’agit de répondre à une attaque ou à un danger que tous s’accordent à reconnaître comme imminent pour la sécurité des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Si les Etats-Unis voulaient vraiment être pris au sérieux par leurs pairs, ils pourraient renouer les fils, rompus il y a près de 20 ans, avec l’Iran: en échange d’un dialogue très large et d’une normalisation éventuelle des rapports entre les deux pays, ils pourraient tenter de convaincre la République islamique, sinon de renoncer, du moins de retarder son voyage vers l’arme nucléaire. Un tel dialogue leur permettrait de compter sur l’appui de nombreux pays si la mauvaise foi des dirigeants iraniens était démontrée. En l’absence d’une telle vision stratégique des choses, il est fort à parier que les bruits de botte se feront plus insistants. L’invasion de l’Irak a donné aux chiites irakiens (qui forment la majorité de la population) une voix essentielle dans les affaires de ce pays pour la première fois depuis des siècles et a renforcé l’Iran. Les Etats-Unis feignent de s’en étonner mais combien d’experts britanniques, civils et militaires avaient mis en garde Tony Blair sur le résultat inévitable de son obsession irakienne, de sa volonté de faire un amalgame entre Oussama Ben Laden et Saddam Hussein. Autant George Bush pouvait convaincre en attaquant le régime des Talibans, autant sa politique irakienne et la désastreuse guerre civile qui en est la conséquence le décrédibilise totalement, sur le plan moral, aux yeux des opinions publiques occidentales et mondiales, pour ne pas parler de son propre peuple. Il peut néanmoins être tenté de commettre l’irréparable.Ce qui est très dangereux aujourd’hui est l’absence totale de dialogue entre la première puissance mondiale et l’un des grands producteurs de pétrole et de gaz du Moyen-Orient, pays de très vieille culture et de très grande sophistication. Ce qui l’est tout autant est un président affaibli dont trop de conseillers semblent dénués de vision claire de la place de leur pays dans le monde. Le président est plus impopulaire à ce stade de son deuxième mandat que tous ses prédécesseurs au même stade de leur carrière présidentielle. Le plus grand service que Tony Blair, avant de quitter le pouvoir, pourrait rendre à celui dont il a appuyé la politique irakienne sans faille et sur la politique palestinienne duquel il n’a eu aucune influence tangible serait de le mettre en garde contre une aventure iranienne. Au lieu d’invoquer le Seigneur comme il a pris l’habitude de le faire avant de grandes décisions, Tony Blair devrait consulter les nombreux spécialistes britanniques de la région et penser en termes stratégiques, pas moraux. Après tout les Britanniques ont «inventé» l’Irak moderne et connaissent bien l’Iran pour y avoir exercé une influence prépondérante pendant un siècle et demi. Une bonne dose de realpolitik, le respect des normes de droit international offrent sans doute des solutions qui, pour être imparfaites n’en rendraient la planète un peu plus sûre. Invoquer la moralité, à ce stade est moins important que de faire preuve de bon sens. Autant ne pas jeter du feu sur un foyer qui rougeoit déjà dangereusement.


Que peut faire Blair?

Il n’est pas sûr non plus que Tony Blair puisse suivre Bush cette fois-ci. En effet, le Premier ministre britannique doit quitter son poste dans l’année ou les deux années à venir et sa décision d’engager le Royaume-Uni aux côtés des Etats-Unis en Irak l’a largement discrédité tant auprès de l’opinion publique britannique que des députés de sa majorité travailliste à la Chambre des communes. De plus en plus d’officiers -ayant atteint l’âge de la retraite, n’hésitent pas à dire qu’ils considèrent la guerre en Irak comme une action criminelle, l’un d’entre eux ayant été jusqu’à suggérer qu’il conviendrait de traduire Tony Blair devant la Haute Cour de Justice pour trahison. Les mêmes voix, fort respectées, d’officiers supérieurs américains ayant atteint l’âge de la retraite se font entendre outre-atlantique. Il est certain que de nombreux hauts responsables européens et américains, tous pays confondus, sont très inquiets à l’idée que l’Iran puisse acquérir l’arme nucléaire mais de là à appuyer une attaque militaire contre les installations nucléaires iraniennes il y a un pas que peu accepteront de franchir.


Peut-on vivre avec l’Iran nucléaire?

Peut-on vivre avec un Iran nucléaire? Sans doute oui. Les raisons sont multiples: tout d’abord, il est improbable que ses voisins, la Turquie, l’Arabie saoudite ou l’Egypte puissent mobiliser des ressources suffisantes pour une course au nucléaire régional. La première est membre de l’Otan et dépend du parapluie nucléaire américain face à la Russie, l’Arabie saoudite n’en a pas les capacités techniques même si elle en a les moyens monétaires, l’Egypte est trop endettée et dépendante de l’aide américaine pour se lancer dans pareille aventure. Si l’Iran permettait à un groupe terroriste d’utiliser son arme nucléaire, la vengeance serait terrible – elle détruirait le pays; de même on imagine difficilement l’Iran exercer un chantage sur des alliés américains comme le Koweït ou l’Arabie saoudite sans réaction américaine. Enfin, tout signe que l’Iran était sérieusement décidé à utiliser son éventuel arsenal nucléaire provoquerait une attaque préventive massive tant d’Israël que des Etats-Unis. Vivre avec un Iran nucléarisé ne serait pas commode mais quant à savoir si cela reviendrait à enterrer le monde tel que nous le connaissons, c’est une autre affaire. En tout état de cause, la notion même d’attaque limitée a peu de sens. Les sites iraniens sont très dispersés et une frappe limitée mènerait vite à une escalade militaire. Il n’est pas sûr dans ces circonstances que l’opinion arabe, même si elle n’aime guère les chiites iraniens, ne s’emballe pas contre les Etats-Unis. En cas de frappe même limitée, le cours du baril s’envolera.

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