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L’onde de choc chinoise risque de submerger le Maroc
Par Pierre HASKI

Par L'Economiste | Edition N°:1659 Le 10/12/2003 | Partager

La petite ville chinoise de Fumian, dans la province du Guangxi, frontalière du Vietnam, a une caractéristique: tous ses habitants fabriquent des pantalons. Dans la rue principale, une maison sur deux est en fait un atelier dans lequel travaillent une dizaine d’ouvriers, et les pantalons prêts à être livrés pendent sur le trottoir. De gros camions déversent des ballots de tissus, que des portefaix transportent ensuite sur des charrettes jusqu’aux boutiques.. 17 DH le jean brodé et en plus content!Mais quand on s’enfonce dans les ruelles de la ville, on se rend compte que cette activité ne s’arrête pas là. Dans chaque maison, on trouve une machine à coudre mécanique à l’ancienne. Cette femme âgée, surprise en train d’éplucher ses légumes avant le déjeuner, coud à longueur de journée les poches des pantalons que lui livre un des fabricants de la ville. Sa voisine en fait de même, ainsi que chaque habitant de cette ancienne commune rurale qui s’est lancée dans la mono-industrie il y a une dizaine d’années, quittant ainsi la misère d’une agriculture primitive.Le système est bien rodé. Un petit entrepreneur explique qu’il reçoit les commandes et les modèles de sociétés établies à Canton, à 500 kilomètres plus à l’est. Les coûts sont comprimés au minimum: un jean à la mode, avec un papillon brodé sur la poche arrière, sera vendu 15 yuans (1,6 euro, environ 16 DH!) au commanditaire. Sur cette somme, le fabricant estime son profit à un yuan (0,12 euro soit entre 1,20 et 1,30 DH suivant les moments): il se rattrape sur la quantité. La part des salaires des ouvriers est, elle aussi, d’environ 1 yuan, le reste partant en matière première, transport...Le marché de ces pantalons de qualité très moyenne? Les magasins populaires chinois, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et le Moyen-Orient. Les jeans que nous avons vus partiront en Afrique du Sud. «Nous ne voulons pas attaquer l’Europe ou les Etats-Unis, ils sont trop exigeants, notre main d’oeuvre n’est pas assez qualifiée pour le moment», explique cet entrepreneur, téléphone portable à la ceinture, tandis que ses ouvriers, dont certains sont très jeunes, travaillent dur derrière lui.. La fin des quotas, le début des ennuisLa Chine est devenue un géant de la production textile, dont le poids se fait désormais sentir dans le monde entier, et l’exemple de Fumian peut être multiplié à l’infini. Si à Fumian, on s’est concentré sur le bas de gamme, cassant au maximum les prix pour inonder les pays en développement de ces pantalons «made in China», d’autres sont au contraire dans le haut de gamme, avec la même volonté de produire au meilleur coût, grâce à une main-d’oeuvre extrêmement flexible, et une organisation du travail aussi souple que celle de ce village du Guangxi.Marjorie Yang est l’antithèse de l’entrepreneur de Fumian. Cette Hongkongaise de 51 ans, PDG du groupe Esquel, est à la tête d’un véritable empire de 47.000 ouvriers répartis dans une demi-douzaine de pays. La Chine, bien sûr, où elle dispose de ses propres champs de coton dans la province occidentale du Xinjiang, et de plusieurs usines, mais aussi au Vietnam, à l’île Maurice, en Malaisie... Elle fabrique des chemises en fil de coton de grande qualité, pour des marques très connues comme Hugo Boss, Brooks Brothers...La raison de la dispersion de ses centres de production? Le système de quotas textiles qui plafonne les exportations des pays producteurs comme la Chine. Un système qui expire fin 2004, et risque d’avoir des conséquences redoutables aux quatre coins du monde. Qu’on en juge: Marjorie Yang estime qu’en 2005, quelque 20.000 emplois sur les 47.000 dont a besoin sa société changeront de pays. En clair, ils iront en Chine rejoindre le gros de ses «troupes» à des coûts actuellement inégalés dans le monde.Si Marjorie Yang hésite aujourd’hui, c’est simplement à cause des sanctions décrétées par les Etats-Unis contre certaines importations textiles chinoises, l’administration Bush cédant à la pression du lobby textile américain en cette année préélectorale. Elle hésite à mettre tous ses oeufs dans le même panier chinois. Mais que ces nuages se dissipent, et le PDG d’Esquel rationalisera sa production au bénéfice exclusif de ses unités chinoises.La menace pour les pays en développement est considérable. Alors que l’on entend surtout les cris d’effroi des industriels américains et, dans une moindre mesure européens, ce sont les pays en développement qui vont bientôt commencer à sentir l’impact de la montée en puissance du géant chinois. Et le textile, jusqu’ici soigneusement régulé, risque de devenir le prochain champ de bataille, dans à peine un an.. La Méditerranée, la première cible… inconsciente Lors d’un récent séminaire sur l’économie chinoise, organisé par la Chambre de commerce française à Hongkong, l’ambassadeur de France à Pékin tentait de faire comprendre à ses interlocuteurs, dont une délégation de patrons venue avec le ministre français du Commerce extérieur François Loos, l’impact de ce qu’il appelle «l’onde de choc chinoise». Il expliquait comment des pays comme le Maroc et les autres riverains de la Méditerranée risquaient de perdre des milliers d’emplois dans le textile sous l’effet de la concurrence chinoise, et les conséquences que cela pouvait avoir pour la France, ne serait-ce qu’en augmentant la pression de l’immigration.François Loos, lui aussi, relevait cette menace et soulignait que l’Union européenne tentait de trouver des moyens de conserver son traitement préférentiel pour les pays méditerranéens dans le textile, après le 1er janvier 2005. Ce qui n’est pas évident dans le maquis des règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Pour le ministre français, il est important, parallèlement à la ruée des industriels vers le marché chinois- qui a aujourd’hui tous les attraits-, de ne pas oublier les partenaires traditionnels de l’Europe, qui pourraient êtres durement touchés par cet effet de siphon de la Chine sur les investissements.Il n’est pas sûr qu’à l’autre bout du monde, dans les usines textiles d’Inde, de l’île Maurice ou du Maroc, on ait réellement pris conscience de «l’onde de choc», pour reprendre la formule du diplomate français, qui prend naissance en Chine. Le décollage économique de ce pays, dont la croissance sera cette année de quelque 8%, est certes une bonne nouvelle pour la planète: elle sort de la misère des dizaines de millions de personnes qui deviennent, à leur tour, avides de biens de consommation et se transforment actuellement en l’un des rares moteurs de croissance d’une planète économique qui en a cruellement besoin.Mais, à l’opposé, le poids démographique et la rapidité du changement chinois lancent un véritable défi au reste du monde, qui devra s’adapter à grande vitesse ou payer le prix de son impréparation. Pascal Lamy, le commissaire européen au Commerce, nous confiait, il y a quelques mois, lors d’un passage à Pékin, qu’il ne serait pas surpris de voir surgir en Inde, ou dans d’autres pays en développement, la revendication de normes sociales au sein de l’OMC, afin de contenir la poussée chinoise.. Salaires à 500 DH par mois!Des pays qui, il y a quelques années, s’étaient opposés à la demande européenne de fixer des normes sociales minimales, se trouvent aujourd’hui confrontés à une Chine qui attire les investissements grâce à son système autoritaire qui ne connaît aucune règle vérifiée, aucune négociation salariale, aucun syndicat indépendant, aucun contrôle des conditions de travail. Un ouvrier d’une usine de claviers d’ordinateurs de la zone industrielle de Shenzhen peut travailler, comme nous l’avons constaté, douze heures par jour, sept jours sur sept, pour un salaire mensuel de 500 à 600 yuans (500 à 650 DH!), sans que personne n’y trouve à redire.A Fumian, les pantalons les moins chers du monde sortent quotidiennement d’une chaîne de production qui mêle l’artisanat villageois et la petite industrie. Un système qui, à l’échelle de la Chine et mêlé à d’autres sites industriels qui figurent parmi les plus modernes et les plus performants du monde, fait de l’économie chinoise un redoutable concurrent pour le monde. A commencer par les autres pays en développement.

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