×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Enquête

L’Amazighité se prépare au nouveau concept de la régionalisation

Par L'Economiste | Edition N°:3495 Le 28/03/2011 | Partager
Le lobby amazigh se réorganise
Constitution et découpage régional dans la ligne de mire
Un bras de fer qui ne fait que commencer…

Un jeune écolier dans le monde rural pendant le cours de tamazigh. Sur son ardoise, le mot: «Démocratie». L’enseignement de la langue amazighe était l’un des chantiers prioritaires en 2002. Il n’a pas décollé selon les associations

Les associations amazighes sont en ébullition. Depuis le discours du Roi, elles soufflent le chaud et le froid. Les 46 associations nationales réunies en urgence, les 12 et 13 mars derniers à Agadir, se lâchent: Rejet de la Commission consultative de la régionalisation (CCR) et de ses membres jugés impartiaux, rejet de la mouture de la nouvelle Constitution si elle ne prévoit pas leurs revendications, récusation du futur découpage régional car n’incluant pas, ensemble, certaines régions. Et maintien du tambour des requêtes: représentativité amazighe dans les institutions, langue amazighe officielle pour le Maroc, culture amazighe comme fondation de la société marocaine… De retour d’Agadir, Youssef Laalaj, président du réseau Azetta, commente: «Face à la régression qu’a connu le dossier amazigh au Maroc, et ce malgré le fait que l’Etat ait développé une démarche d’institutionnalisation à travers essentiellement la mise en place de l’Institut royal de la culture amazighe (Ircam), cette démarche n’a concrètement pas abouti au développement des droits des amazighs».

 

 

Pour Abdallah Hitous, secrétaire exécutif de l’Observatoire amazigh pour les droits et les Libertés: «d’une part le processus national en faveur de l’amazighité, déclenché par le discours royal d’Ajdir le 17 octobre 2001, est en crise. D’autre part, l’échiquier et le paysage politique au Maroc est en cours de reconstitution, ce qui impose de nouveaux positionnements et de nouveaux défis devant l’amazighité et les revendications y afférentes». Car le bilan des chantiers ouverts depuis 2002 est mitigé: L’enseignement du tamazight dans les régions demandeuses est quasi un échec. Les enfants étant mal encadrés par l’apprentissage d’une panoplie de langues durant leur scolarisation. Les associations amazighes avaient mené, on s’en souvient, une campagne en février 2010 contre le Conseil national de l’Enseignement, accusant celui-ci de vouloir retirer le tamazight du système éducatif national. L’autre barème de l’émergence culturelle amazighe est la chaîne de télévision Tamazight lancée le 1er mars 2010, et dont aujourd’hui l’audience est un flop. Les responsables des associations crient au manque de moyens, délibéré, et au complot orchestré: «L’amazighité ne figure plus que comme un fardeau dont on veut se débarrasser le plus intelligemment possible (…). L’audio-visuel est aussi visé» dit Abdallah Hitous.

Le débat revient à la charge

C’est pourquoi la Régionalisation avancée est aujourd’hui perçue comme une opportunité pour se réorganiser autour de deux grandes revendications. «Maintenant, dit Ahmed Laalaj du réseau Azetta, la principale revendication sur laquelle s’accordent toutes les tendances amazighes, c’est la reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle dans une Constitution démocratique. Sur cette base des formes de coalitions se réorganisent et se mettent à jour pour donner plus de poids à cette attente nationale exprimée par l’ensemble des acteurs amazighs». Le principal objectif de ces coalitions, ajoute-t-il, «reste celui de créer une force de pression qui pourra assurer l’équilibre des positions avec celle que nous pressentons au sein de la Commission mise en place pour rédiger la nouvelle Constitution». La seconde revendication concerne l’adoption de la dimension amazighe de l’identité marocaine dans la Constitution. Dans son discours, le Souverain confirme «la consécration constitutionnelle de la pluralité de l’identité marocaine (…) au cœur de laquelle figure l’amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains». Les associations voient la brèche et s’y infiltrent. Les débats, parfois houleux, se sont concentrés sur la manière de peser sur la Commission consultative de la régionalisation et sur les stratégies du plaidoyer à mener. Pour Ahmed Barchil, Secrétaire exécutif de l’association internationale Tamaynut, «rien n’est acquis car le Maroc a montré son manque de volonté et nous avons une crainte: celle que l’histoire du printemps berbère algérien se reproduise chez nous». En Algérie, une guerre linguistique s’était déclarée à propos du terme à choisir. Comment définir la langue amazighe dans la Constitution? Langue nationale ou langue officielle? Le premier cas coule de source, toutes les langues parlées dans un pays sont nationales. Dans l’autre cas, la langue amazighe «officielle» implique son utilisation dans les administrations. La langue pourra représenter le Maroc dans des rencontres internationales ou prendre un caractère obligatoire dans certaines régions. C’est le cheval de bataille constitutionnel des associations d’Agadir. La constitutionnalisation de «l’identité amazighe comme fondement de la société et de la culture marocaines permettra, ajoute Ahmad Barchil, de penser autrement le découpage des régions que nous contestons beaucoup car il coupe des tribus et des régions qui vivaient depuis des siècles en bonne entente économique et sociale. C’est l’exemple pour les amazighs d’Agadir et ceux de Marrakech qui sont séparés politiquement dans le projet du CCR».
Désormais, la hache est déterrée. Selon Abdallah Hitous de l’OADL, «de nouvelles voies s’élèvent au sein du mouvement pour une relecture de la situation, et la prise des décisions organisationnelles et autres qui s’imposent». Même son de cloche auprès des autres responsables. «Il faut assurer l’adhésion d’un maximum possible d’acteurs à notre vision, dit Ahmad Laalej d’Azetta. Nous nous penchons aujourd’hui sur une actualisation et un développement de notre mémorandum sur le changement de la Constitution dans lequel une partie importante est aussi consacrée à la question de la régionalisation».
Les organismes marocains des droits de l’homme seront appelés à la rescousse, ainsi que des plaidoyers sur la scène internationale. «Nous avions eu gain de cause, poursuit-il, suite aux dernières recommandations émises par le comité de Cerd des Nations unies à Genève, fin août 2010, qui a insisté sur l’urgence de reconnaître l’identité amazighe et la langue amazighe comme langue officielle dans la Constitution marocaine». Azetta a déjà initié des rencontres avec des associations travaillant sur le développement démocratique. L’intérêt de ces rencontres, selon son président, est de maintenir des coalitions qui peuvent avoir un rôle déterminant de plaidoyer en faveur d’une conception démocratique de la régionalisation. «La question de la régionalisation va être traitée au sein du débat sur le changement de la Constitution, d’où l’importance des initiatives que nous sommes en train de mener avec d’autres associations en vue de démocratiser et territorialiser le débat sur ces questions». Pour sa part, l’Institut royal de la culture amazighe appuie le mouvement associatif dans la réflexion et l’action en matière de régionalisation et de révision de la Constitution, mais son recteur Ahmed Boukous ne se reconnaît pas dans le débat sur la légitimité des membres de la CCR. (Lire entretien). Le 16 mars dernier, trois jours après la réunion d’Agadir, le recteur a rencontré Abdelwahed Radi, président de la Chambre des Représentants. Au menu, l’Ircam a présenté ses récentes activités et les conventions de partenariats signés avec des institutions nationales et internationales. A la fin de l’entretien, le président de la Chambre des Représentants a proposé aux membres de la délégation de l’Ircam la tenue de rencontres et entretiens avec les présidents de commissions de la Chambre, et les présidents de groupes parlementaires. Officiellement, aucune allusion n’a été faite aux soubresauts des mouvements amazighs. Mais la machine politique devant intégrer dans la Constitution l’amazighité est enclenchée à Rabat.
Entretemps, la cinquantaine d’associations nationales et internationales planchent sur leurs copies. Une proposition conjointe émanera des assemblées visant une redéfinition du découpage territorial sur la base de données ethniques et anthropologiques.

Karim Serraj

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc