×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Kabbaj et Abouyoub devant les convives de Iligh : Dialogue à la Dupond et Dupont

Par L'Economiste | Edition N°:202 Le 02/11/1995 | Partager

Salle pleine, mais déçue à la sortie, pour l'Association Iligh, qui recevait mardi 31 octobre 1995, MM. Kabbaj et Abouyoub pour parler de relance. Un cas d'école sur le décalage entre la vie de tous les jours et la perception qu'en a le monde politique.


Le public de Iligh, l'association régionale qui a organisé le plus de rencontres publiques cette année, n'est pas le public d'hommes d'affaires flamboyants que l'on trouve d'ordinaire dans ce genre de manifestations. Il s'agit, avec une proportion plus élevée qu'ailleurs de femmes, d'entrepreneurs, commerçants, cadres discrets, peu familiers des effets de manche, mais très exigeants sur l'efficacité.

"Je dirais même plus..."


Les deux ministres, chacun sur son registre, parlent des impératifs de la croissance, des enjeux vitaux, des handicaps... Autant d'éléments qui font largement consensus, depuis longtemps. Preuve en est que, parmi la trentaine de questions-commentaires de la salle, aucune ne réclame de protectionnisme commercial, de baisse des impôts, la fermeture des frontières, des aides à l'exportation, une pause dans les réformes... Au contraire, toutes considèrent la croissance comme une évidence, l'important est donc de savoir comment et quand, étant entendu qu'il faut se dépêcher.
"S'il y avait plus de Soussis, certainement bien des choses iraient mieux", taquine M. Kabbaj, qui pourtant reste très général en parlant des réformes. Son collègue de l'Agriculture, M. Hassan Abouyoub, aura quelques formules choc bien tournées, mais il n'est pas plus précis sur le fond.
C'est un curieux phénomène que ce dialogue à la Dupond et Dupont: "je dirais même plus..." à la tribune comme dans la salle.
L'humour de la situation va un peu plus loin.
Ainsi, M. Abouyoub annonce-t-il comme un projet la participation du privé à la gestion de l'eau: en réalité, ce n'est pas une réforme à venir mais qui est incluse dans le Code de l'eau voté cet été au Parlement. Le dernier colloque sur "l'eau gestion de la rareté" y a d'ailleurs consacré tout un chapitre tandis que dans les bassins hydriques les comités-tests pour la gestion sont en train de se former.
Ainsi, M. Kabbaj évoque-t-il la réforme de la tarification électrique, toujours pas faite, alors que les investigations dans ce sens sont dans les cartons de l'ONE depuis le début des années 60 et que l'on sait depuis ce moment que le tarif prime les ménages urbains, exclut les ruraux, handicape l'industrie et interdit les investissements. Au bout de trente ans, les effets cumulés ont été aussi ravageurs que connus de tous.

Le dialogue Dupont et Dupond est d'autant plus curieux que les deux ministres sont dans le gouvernement ceux sur qui le plus d'espoirs ont été placés: ils ont la légitimité des techniciens et partant la confiance des milieux d'affaires, mais ils ont aussi, certes en pièces rapportées, la légitimité des partis politiques. Ils représentent les mutants qui doivent normalement assurer la transition entre la technocratie des années 70-80 et la politisation rendue nécessaire par la démocratisation. Dit de manière brutale: ils sont payés pour avoir un programme stratégique et en plus ils ont été élus pour la même chose.
Les erreurs d'appréciations sur le niveau réel d'information du public sont assez mal reçues par les auditeurs. La bonne éducation n'est pas toujours suffisante pour contenir les réactions devant l'absence de réponse précise concernant la transformation des régimes d'importations des céréales, sucre et oléagineux (appelée d'ordinaire "libéralisation") ou sur le calendrier de la réforme financière.

Lisibilité impossible


Il s'agit, pour ces intervenants qui ont payé leur place pour poser ces questions, d'obtenir un peu de lisibilité. Les entreprises en ont un besoin vital, c'est l'évidence même, sauf si l'on souhaite continuer à gérer les affaires publiques entre copains, à l'intérieur de réseaux fermés d'initiés. Ni M. Kabbaj, ni M. Abouyoub n'ont cette réputation sulfureuse. Pourtant, l'un comme l'autre prêtent le flanc à la critique, à cause de leur manière de répondre.
Sur le premier point, M. Abouyoub s'est échappé en expliquant, dans une belle leçon scolaire, que la transformation des modalités d'importation n'est pas une libéralisation. Ce genre de leçon à côté de la plaque, alors que les entreprises ont des décisions stratégiques à prendre sur la base de ce que décidera le gouvernement, est de plus en plus mal accepté par le privé. Mais en plus, ce même privé se voit reprocher à plusieurs reprises au cours de la soirée, par M. Abouyoub, de manquer de visions stratégiques, d'avoir un discours revendicatif sur le passé au lieu de penser à l'avenir; la beauté de ses formules n'arrive pas à faire passer le décalage de ses réponses.
Sur le deuxième point, le calendrier de la réforme financière, M. Kabbaj ne cherche pas à donner des leçons mais il se contente de donner la fin 1996 (au lieu du début 96, date initiale) et le prêt de la Banque Mondiale pour achever la réforme. Les financiers présents en tirent deux conclusions, tout aussi néfastes pour la lisibilité: ou bien le Ministère des Finances n'a pas d'autres solutions que d'attendre de se caler sur la Banque Mondiale pour pouvoir faire céder les résistances à la réforme (quid du pouvoir du gouvernement?), ou bien il n'a pas très envie que cette réforme se fasse et il cherche juste à gagner le maximum de temps possible. Dans un cas comme dans l'autre, la seule attitude possible pour le privé c'est d'attendre, lui aussi, et d'essuyer stoïquement les reproches sur son manque de dynamisme et ses effets sur la création d'emplois, la croissance...

Nadia SALAH.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc