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Journée mondiale de la femme
Ces voilées qui dérangent…

Par L'Economiste | Edition N°:1471 Le 07/03/2003 | Partager

. Les recruteurs acceptent de moins en moins des femmes voilées . Alors qu'aucune loi n'interdit le port du voile dans le lieu du travail«En entrant au bureau, mes collègues me lançaient des regards qui en disaient long. Mon patron m'a carrément harcelé pour enlever mon voile». Nadia S., employée dans un organisme financier, assure avoir rencontré “beaucoup de difficultés” lorsqu'elle a décidé de mettre “le foulard islamique”, il y a près d'un an. Maintenant, Nadia se dit épanouie dans son travail. “Mon patron a beaucoup rouspété. Mais il a fini par s'habituer à ma nouvelle tenue. Il croyait que la qualité de mon travail allait être affectée par mon nouveau look. Mais je lui ai démontré que l'habit ne fait pas le moine”. “Ce n'est pas mon travail qui porte le voile c'est moi”, tranche-t-elle. Actuellement, le port du voile dans l'entreprise reste une question très controversée. Il s'apparente même à un tabou, entretenu par la crainte d'en parler. Certaines voilées contactées parlent “d'une endurance quotidienne” avec leurs chefs ou leur entourage professionnel. Et évoquent même des menaces de perte de travail. “Un vrai harcèlement moral”, déplorent-elles.Mais les juristes sont clairs. D'après Abdelouhab M'rini, professeur-chercheur en droit privé à la Faculté Agdal de Rabat, le port du voile n'est pas un motif de licenciement. Si cela arrive, l'employeur risque des poursuites pour licenciement abusif. “Il n'existe aucune clause qui interdit le port du «hijab« au travail. Toute mesure de rétorsion est abusive et constituerait une atteinte aux libertés fondamentales”, affirme M'rini. D'autant que le Maroc est un pays dont la religion officielle est l'islam. Chose clairement stipulée dans le préambule de la Constitution. Mais le droit ne parle pas explicitement de cette question. Ce qui pourrait donner lieu à différentes interprétations selon les cas. Ce vide juridique peut donc aboutir à des abus. Il y a en tout cas un grand décalage entre le principe de liberté personnelle et les exigences du marché du travail. C'est ce qui ressort des déclarations des différents cabinets de recrutement contactés. Pour Jamal Belahrach, directeur général de Manpower (travail temporaire), le port du hijab dans une entreprise est gênant. C'est surtout vrai dans le secteur des services où la relation client/employé se base sur le contact direct. Car cela crée d'emblée “une barrière entre le client et l'employée”. Les consultants en ressources humaines ne cachent donc pas la réalité. Les propos de Wassila Kara Ibrahimi, directrice associée de Bil Consulting, corroborent ce qui précède. Pour elle, le port du voile en entreprise ne pose pas de problème dans l'absolu. “C'est lorsque ce choix personnel est trop mis en avant qu'il entrave la rentabilité du travail”, dit-elle. “L'entreprise est censée être un lieu d'échange professionnel et de productivité où chacun respecte l'autre. Toutes les démonstrations religieuses doivent de ce fait rester personnelles”, poursuit la consultante. Mais, dit-elle, «il est fréquent qu'une femme voilée refuse de se réunir avec des hommes ou de partir en déplacement. Ce sont là des entraves à la bonne marche de l'entreprise«. C'est l'une des causes avouées qui entravent le recrutement. «80% de nos clients n'acceptent pas de recruter des femmes voilées. Certains nous le disent franchement mais d'autres non. Parler de ce sujet reste gênant«. D'après Wassila, les employeurs sont inquiétés par la montée de l'islamisme. Le voile est de plus en plus associé à l'intégrisme. «Ce qui effraie donc, ce n'est pas le foulard en lui-même, mais tout ce qui est derrière et tous les messages qu'il véhicule«. La position de certains employeurs est claire. Dans le secteur du tourisme, le refus est catégorique, sauf pour quelques rares postes. Abdelghani Hadri, directeur du personnel de l'hôtel Royal Mansour Méridian à Casablanca, déclare qu'il est interdit de porter le voile à l'intérieur de l'établissement. «Celles qui sont en contact direct avec les clients n'ont pas le droit de mettre le «hijab« pendant leur service«, soutient-il. Hadri affirme qu'“il serait inconcevable pour une employée de servir de l'alcool tout en gardant le voile«. De plus, “l'hôtel reçoit des étrangers qui pourraient se sentir mal à l'aise en présence d'une femme voilée”. Mais le responsable va plus loin en estimant que le voile risque même “d'altérer l'hygiène des plats préparés pour celles qui travaillent en cuisine à cause de la sueur”.


…des exceptions quand même

En fait, l'acceptation du voile varie en partie selon les secteurs. Le groupe pharmaceutique Pfizer (qui produit et commercialise le viagra) ne se sent pas du tout gêné par cette question. “Nous avons beaucoup de femmes voilées dans différents départements, y compris dans le commercial. Ce sont des exemples en matière de performance et de rigueur”, affirme Tarik Sidi Saïd, directeur Marketing du groupe. Pour lui, l'aspect religieux ne constitue pas un critère de sélection des nouvelles recrues. En fait, le refus du voile n'est pas généralisé. “Mon voile n'a suscité aucun problème dans mon travail, bien que je sois en contact permanent avec les clients et les fournisseurs. C'est plutôt la question d'inégalité des chances entre les hommes et les femmes qui est problématique”, estime Leïla, employée dans une entreprise privée.Houda BENBOUYA

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