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    Politique Internationale

    Hémophiles: Le Maroc a importé des fractions anti-hémophiliques de France

    Par L'Economiste | Edition N°:55 Le 26/11/1992 | Partager

    Contrairement à la Tunisie, le Maroc n'a pas été touché par l'affaire dite "du sang contaminé" qui vient de secouer la France. En effet, selon une enquête menée par L'Economiste auprès des centres de transfusion sanguine de Rabat et de Casablanca et de l'ALCS (Association de Lutte Contre le Sida), aucun cas de contamination d'hémophiles marocains par des fractions anti-hémophiliques n'a été enregistré.
    Si les hémophiles marocains ont été épargnés, ils le doivent essentiellement à leur situation économique. En effet, le coût très élevé des fractions anti-hémophiliques réduit le recours à ce type de traitement aux cas les plus urgents. D'après les éléments que nous avons recueillis, le nombre de fractions importées au cours des années "suspectes" (1984-85) à partir de la France a été très faible.

    Une affection rare

    L'hémophilie est une affection rare (1 cas pour 5.000 naissances de sexe masculin), héréditaire, qui se manifeste uniquement chez les sujets de sexe masculin. Il s'agit de l'impossibilité pour le sang de coaguler: le moindre hématome, la moindre chute peuvent entraîner une hémorragie grave.
    Chez le sujet normal, tout saignement s'arrête après 8 minutes grâce à un processus complexe: la coagulation.
    Ce processus est impossible chez les hémophiles en raison de l'absence du facteur VIII ou du facteur IX qui sont des protéines indispensables aux réactions de coagulation.
    L'hémophile vit donc constamment sous la menace d'une hémorragie. Devant une hémorragie, il était d'ailleurs de coutume de recourir à des transfusions massives, qui apportent dans de gros volumes, des quantités très diluées de Facteurs de coagulation. Ce qui n'était pas totalement sans inconvénients. Jusqu'à ce que le progrès eût permis d'isoler et de produire du facteur VIII et du facteur IX sous forme pure et concentrée. Ce produit, qui se présente en poudre est appelé fractions anti-hémophiliques.
    L'injection de fractions anti-hémophiliques restaure donc les capacités de coagulation chez un sujet hémophile. Cela peut se faire à titre de traitement, en cas de blessure; cela peut se faire également à titre préventif, dans le cas d'une opération chirurgicale ou dans la perspective d'exercices physiques violents (ski, football).
    A titre d'exemple, une simple circoncision nécessite une semaine de couverture soit 100.000 DH environ de fractions anti-hémophiliques.

    Transfusion sanguine et dépistage

    Mais ces fractions anti-hémophiliques sont fabriquées à partir du plasma et il faut donc s'assurer de leur innocuité, car le sang prélevé sur un porteur sain peut transmettre des maladies.
    C'est pour cela que les centres de transfusion sanguine de par le monde soumettent le sang prélevé sur les donneurs à des tests de dépistage de certaines maladies. Classiquement, on dépiste la syphilis et l'hépatite B. A la fin des années 80, la plupart des centres ont introduit le dépistage systématique des virus du SIDA.
    A titre d'exemple, le Centre régional de transfusion sanguine de Casablanca a introduit le dépistage systématique des virus du SIDA en Janvier 1988. Depuis cette date, 195.259 donneurs ont été testés. 21 séropositifs ont été identifiés et confirmés, soit une prévalence moyenne de 1 pour 10.000 environ.
    Tout échantillon de sang infecté (syphilis, hépatite B ou SIDA) est détruit par incinération à l'Institut Pasteur de Casablanca. Le reste est stocké, avec une durée de vie qui ne dépasse pas les 35 jours. Si au bout de cette période, il n'a pas été utilisé, il finit dans l'incinérateur.
    Les prélèvements de sang qui ont passé le barrage des différents tests de dépistage sont-ils pour autant sains de tout virus? Pas forcément.
    En effet, il existe encore une possibilité de contamination du receveur de sang par le virus du SIDA: c'est le cas où la personne qui a donné ce sang est porteuse du virus sans avoir développé d'anticorps; les tests de dépistage usuels sont alors négatifs.

    Contamination par transfusion: un seul cas à Casablanca

    La période au cours de laquelle un sujet porteur du virus du SIDA reste séronégatif (sans anticorps) est très courte: deux à trois mois. Ce qui fait qu'au Maroc, où la prévalence de la maladie au sein de la population demeure très faible, la probabilité d'un tel incident est quasiment nulle. Selon notre enquête, depuis la mise en place du dépistage systématique, il y a eu un seul cas de transmission du SIDA par transfusion sanguine à Casablanca: le donneur était alors séronégatif mais porteur du virus.
    L'existence de ce cas, toutefois, montre que le dépistage systématique chez les donneurs de sang est une condition nécessaire mais pas suffisante. C'est d'ailleurs à la suite d'un raisonnement similaire que les laboratoires américains ont entrepris, dès 1984, de chauffer les dérivés du sang pour détruire tout virus éventuel de SIDA, puis de les traiter par solvants détergents qui détruisent tous les virus (de l'hépatite et du SIDA).
    En France, cette technique simple et efficace n'a été adoptée qu'au milieu de l'année 1985 par le CNTS (Centre national de transfusion sanguine) et par l'Institut Mérieux, les deux producteurs français de dérivés de sang.
    Contrairement au cas marocain, le recours aux fractions anti-hémophiliques en France relève quasiment de la routine et ce d'autant que le produit est remboursé par la Sécurité sociale. C'est ce qui explique que jusqu'en 1989, 46% d'entre eux (sur une population globale de plusieurs milliers d'individus) aient été contaminés par le virus du SIDA, d'où le récent scandale.
    Au Maroc, la population d'hémophiles régulièrement suivis est beaucoup moins importante. Le Sevice d'hématologie du CHU Ibnou Rochd de Casablanca assure le suivi de 109 hémophiles; celui de Rabat, une soixantaine.
    Il est rare que les hémophiles marocains aient recours aux fractions anti-hémophiliques. Au niveau des circuits officiels, aucun cas d'importation de fractions produites par l'Institut Mérieux n'a été enregistré. Trois ou cinq fractions (selon les sources) produites par ce laboratoire auraient été importées par des particuliers, après avoir subi le chauffage préalable.
    Les importations de fractions produites par le CNTS français ont été plus nombreuses: à Casablanca, on en dénombre 82 jusqu'en 1989, pour les besoins de 25 malades. Sur ce nombre, 11 fractions ont été importées avant 1985, c'est-à-dire avant l'utilisation de la technique du chauffage.
    Un dépistage systématique a été fait en 1990 sur les hémophiles suivis au service d'hématologie du CHU Ibnou Rochd; aucun d'entre eux n'a été contaminé par le virus du SIDA. D'autres sources médicales nous ont affirmé qu'il en était ainsi dans les autres régions du Maroc, sans cependant avancer d'indications précises.

    Les problèmes de la transfusion sanguine

    Par delà les contraintes et les spécificités des hémophiles, l'épisode dit du "sang contaminé" attire l'attention sur la Transfusion sanguine.
    Voici en effet une industrie très particulière, qui fabrique un produit éphémère, en plusieurs versions (les groupes sanguins), à des séries limitées et qui les stocke sans jamais pouvoir être sûre de les écouler.
    Le stock détenu en permanence au niveau du Centre régional de transfusion sanguine de Casablanca se situe entre 1.200 et 1.400 "poches" de sang.
    Depuis 1989, le Centre de Casablanca qui assure les besoins de la population de Casablanca-Mohammédia, soit 47 cliniques, 5 polycliniques et un CHU, est financièrement autonome. En 1992, il a reçu 3,5 millions de DH de subvention publique, pour un budget global qui s'élève à 13,1 millions de DH. Pour équilibrer son budget, le Centre doit donc mobiliser près de 10 millions de DH de recettes... essentiellement en produisant des produits éphémères (les prélèvements sanguins) qu'il n'est pas assuré de vendre.
    La première difficulté se situe donc au niveau de l'approvisionnement en matières premières: il faut trouver des donneurs. Chaque personne qui donne son sang bénéficie de différents tests de dépistage et reçoit une carte de donneur. Cette carte confère à son titulaire un traitement prioritaire le jour où il aura lui-même besoin de sang.
    Chaque prélèvement de sang subit un long traitement comportant notamment le dépistage des vecteurs de trois maladies (SIDA, hépatite B et syphilis) ainsi que la détermination du groupe sanguin (réalisée trois fois, par précaution). Le produit lui-même est stocké dans des poches faites d'un plastique spécial (souple, stérile, imperméable aux germes mais laissant passer l'oxygène et le gaz carbonique, à usage unique, fabriqué aux USA et au Japon...). Le prix de revient d'une seule poche vide est de 100 DH. Pleine, elle est cédée 180 DH!
    La grande ambition du Centre de transfusion de Casablanca pour 1993 est d'ajouter un quatrième test de dépistage systématique: celui de l'hépatite C. Sa fréquence estimée sur 1.000 donneurs est de 1% à Casablanca. Il s'agit d'une affection grave qui, dans un cas sur deux, évolue vers un cancer ou une cirrhose. Pour instituer un tel dépistage sur les 50.000 prélèvements annuels de Casablanca, une enveloppe budgétaire de 3,5 millions de DH serait nécessaire.

    N. E.

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