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    Politique Internationale

    Gnaoua, Gharnati, chant judéo-arabe : La Méditerranée en harmonie par la musique

    Par L'Economiste | Edition N°:253 Le 07/11/1996 | Partager


    Un concert, organisé en marge du congrès sur le partenariat Euro-méditerranéen (voir pages 19 et 20), a rassemblé des artistes de cultures allant de l'Andalousie au Moyen-Orient.


    Si Mohamed Chawki, maître gnaoui, ouvre le bal. Silencieux, il entre en scène, fait la révérence et s'asseoit. Les notes de son hajhouj montent lentement jusqu'à emplir l'auditorium de l'Institut Français de Marrakech. Après son chant, il s'en va, comme il est entré sur scène, sans faire de bruit.
    Vient ensuite la prêtresse de la musique arabo-andalouse: Amina Alaoui. De sa présence se dégage de la grâce et de la douceur. Elle chante quelques morceaux et s'oublie, portée par la salle qui perçoit en elle le point de confluence des mémoires de la Méditerranée. Dans sa voix, la poésie chantée retrouve les traces et les racines d'une musique ancrée dans les cours médiévales. Amina Alaoui chante le gharnati, chant andalou, et réveille une époque chargée d'émotions et de mythes. Elle parvient à emporter les spectateurs hors du temps. Pourtant, elle chante en arabe et l'assistance, majoritairement étrangère et cosmopolite du pourtour méditerranéen, se sent envoûtée. Sa voix suave et profonde a délicieusement voilé quelques longueurs. Emportée par le feed-back de la salle, elle s'est laissée aller en dépassant le temps imparti.

    Visionnaire


    Un risque pris face à ce parterre initialement non acquis, puisque le concert était organisé dans le sillage du partenariat Euro-méditerranéen. Il s'agissait donc de célébrer les cultures et les musiques qui ont bercé les rivages de cette mer tout au long de son histoire. Ce «débordement» est vite effacé lorsque la dame, en complicité avec son mari, le musicien Henri Agnel, entame un chant judéo-arabe. «Un très bel hymne à la paix», chuchote une réalisatrice italienne dans l'oreille d'un Belge. Les spectateurs étaient également sensibles à la présence sur scène d'un violoniste turc et d'un percussionniste grec en dépit du conflit qui les oppose. Ils ont ensemble défié les politiques d'exclusion en improvisant des airs partagés par tous. «Seuls les artistes ont cette capacité de mobiliser les jeunes. Les musiciens ont un désir profond d'apprendre et de partager des choses», indique Jean Dupré, journaliste de formation et président de Passerelles Pour le Dialogue, Association qui a organisé ce concert. A ses yeux, la musique est le seul art qui touche l'ensemble des couches sociales. Les autres arts nécessitent une éducation préalable. C'est pour cette raison qu'il a plaqué «la lettre diplomatique française» où il était responsable de la rédaction pour s'investir corps et âme dans la culture, capable de dépasser les différences pour vivre ensemble.
    L'émotion atteint son comble quant la dame Sarah Alexander pénètre sur scène. Elle n'a rien perdu, ni de ses origines tsiganes et juives, ni de son engagement pour la paix au Moyen-Orient. Depuis 20 ans, elle chante en effet pour le dialogue israélo-palestinien et la coexistence pacifique. Sur ce registre, elle fut pionnière et visionnaire car, à l'époque, d'un côté comme de l'autre, le dialogue était mal vu. En Israël, on considérait le dialogue avec les Palestiniens comme une haute trahison. Avec son accordéon, elle déambule lentement vers le micro. Avec un «Sarajevo» grave et profond comme les blessures mal pansées de ce conflit, elle réveille la salle en sursaut. Elle enchaîne et personne ne peut arrêter la force qui se dégage d'elle. Moment fort lorsqu'elle chante un refrain en arabe. Elle fait un triomphe. Dommage que le mot est si galvaudé.
    Juste avant elle, Ahmed Dari est passé. Ce Palestinien du groupe de musique «Aaras» a chanté trois chansons. Dans la dernière, il a intelligemment glissé les «enfants de la pierre».
    Une partie de la salle dansait sur cet air. Le bouquet offert par Sarah Alexander fut la finale lorsqu'elle rappelle tous les artistes pour jouer ensemble. Cette improvisation émeut les spectateurs. Une puissance se dégageait de ces différents univers lorsqu'ils venaient de se fondre. Seules les mémoires conserveront quelques fragments de ce concert atypique. La télévision était ailleurs ce soir-là.

    Mohamed CHAOUI

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