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    Formation Duale : Les chefs d'entreprise pas encore convaincus

    Par L'Economiste | Edition N°:55 Le 26/11/1992 | Partager

    Le système de Formation Duale en Allemagne concerne chaque année près de 1,6 million d'apprentis. Il est souvent cité comme une raison de la qualité des produits allemands. Le Maroc a déjà lancé une première expérience d'intégration de ce système. Les chefs d'entreprise restent réticents à la prise en charge de la Formation Professionnelle. C'est ce qui ressort du déjeuner-débat organisé par le Rotary Club.

    Au Maroc, "l'absence de revendications syndicales pour les problèmes de Formation Professionnelle pose problème", de l'avis de M. Kerdoudi, Past Président du Club Rotary."A côté des revendications salariales, il faudrait qu'il y ait une concertation entre le syndicat ouvrier et le syndicat patronal pour traiter des problèmes de la formation".
    Le thème du déjeuner-débat organisé par le Club de Rotary de Casablanca Nord Mohammédia, le 19 Novembre, "Pour une politique d'apprentissage à l'allemande" met en relief l'importance que commence à susciter la prise en charge de la formation par l'entreprise. Cependant, les organisateurs ont déploré l'absence de plusieurs chefs d'entreprises invités.
    Au cours de son exposé, M. Kerdoudi a retracé les principaux traits du système éducatif allemand. C'est ainsi que le système dual ou formation professionnelle allemande alternée se déroule dans l'entreprise et à l'école. M. Moutakki, Directeur du Centre Inter-Entreprises, précise que l'appellation de système dual est précise parce qu'elle rappelle un système d'équations où chaque intervenant a une importance dans l'existence du système. En Allemagne, la formation duale suppose trois intervenants, les syndicats ouvriers, les entreprises et l'Etat. Le système éducatif en Allemagne est caractérisé par une scolarité obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans. A cet âge, deux choix sont possibles, continuer les études jusqu'au Bac ou entrer en apprentissage dans une entreprise. Selon les statistiques allemandes, deux tiers des jeunes choisissent l'apprentissage en entreprise et un tier seulement continue jusqu'au Bac.
    Les jeunes apprentis bénéficient alors d'un contrat de trois ans. La formation dans l'entreprise est alternée avec des cours pris dans une école publique ou privée. Pendant la période d'apprentissage, le salaire mensuel est de 1.000 à 1.600 Deutchmarks.

    1,8 million d'apprentis

    Après les trois années, l'apprenti passe un examen sanctionné par un Diplôme de Qualification Professionnelle reconnue par l'Etat. Il a alors le choix entre trois possibilités, l'embauche dans l'entreprise qui l'a formé, ou dans une autre entreprise, ou bien continuer ses études pour obtenir le Bac. D'après les mêmes données, 90% des apprentis choisissent d'être embauchés dans l'entreprise qui les a formés. L'apprentissage concerne l'ensemble des métiers, qu'ils soient manuels, administratifs, commerciaux ou bancaires.
    L'Allemagne forme 1,8 million d'apprentis chaque années. La formation d'un apprenti dans le système dual coûte à l'entreprise 20.000 Deutshmark. "Ce système est une des raisons de la qualité des produits allemands, reconnue dans le monde entier", précise M. Kerdoudi.
    Il ajoute que les chefs d'entreprises allemands considèrent la formation des jeunes comme un devoir. L'apprentissage fait partie intégrante de la stratégie de développement à long terme des entreprises. C'est ainsi qu'ils planifient leurs besoins en main-d'oeuvre avec trois ans d'avance et calculent en conséquence le recrutement en apprentis.
    De plus, les employeurs considèrent qu'ils sont les seuls à connaître parfaitement les besoins de leur entreprise et préparent pour cette dernière une main-d'oeuvre parfaitement adaptée et immédiatement opérationnelle. En effet, cette main d'oeuvre a été sensibilisée dès l'âge de 16 ans à la culture d'entreprise et à l'obsession de la qualité.

    Opération pilote

    Lors du déjeuner débat, l'expérience du Centre Inter-Entreprises(1) (CIE) a été exposée par M. Moutakki. Son ouverture est prévue pour le mois de Janvier. "C'est une opération pilote qui devra faire tâche d'huile en cas de réussite", précise M. Mounir, Directeur Général de Maghreb Elastoplast.
    Le CIE découle d'une convention entre la Fédération des Industries Métallurgiques, Mécaniques et Electroniques du Maroc (FIMME) et l'Office de Formation Professionnelle et de la Promotion du Travail (OFPPT). Le projet est assisté par la GTZ, société d'Etat chargée par le gouvernement allemand de la planification technique et de l'exécution de programmes et de projets de coopération technique avec les pays en voie de développement. Une enveloppe de 10 millions de Dirhams, appelée à être révisée à la hausse, est octroyée par la GTZ au CIE pour l'obtention du matériel pour la première filière retenue. Cette première filière concerne les domaines de la mécanique générale et automobile, de la métallurgie, de l'électricité-électronique et de la maintenance. M. Moutakki souligne que "c'est une filière hybride, mais nous étions obligés d'accepter pour éviter l'échec de la première expérience". Dans les débats francs qui ont caractérisé le déjeuner-débat, M. Mounir répond que "la FIMME ne considère pas cette formation comme hybride. Elle l'a choisie parce qu'elle en ressentait un besoin d'une part et d'autre part, son choix ne pouvait être porté sur des filières déjà existantes".
    La formation sur deux ans se déroule à 40% en entreprise et le reste dans le centre de formation. L'OFPPT déboursera 600.000 Dirhams pour les frais de fonctionnement. Du 3 au 11 Octobre, les tuteurs se sont rendus en Allemagne afin de se familiariser avec le système dual. Les tuteurs devront consacrer près de 20% de leur temps de travail à la formation des "apprentis".
    Des réflexions dans la salle se sont élevées contre la taxe de 1,6% de la masse salariale payable à l'OFPPT. "Il ne faut pas considérer cette taxe comme un effort suffisant fourni à la formation professionnelle" , déclare M. Mounir. Il ajoute: "il n'y pas de qualité sans une bonne formation".
    La plupart des intervenants ont, par ailleurs, admis que la Formation Professionnelle ne doit plus être considérée comme un choix secondaire. Pour M. Kerdoudi, "les mentalités devront changer, le travail manuel ne doit plus être considéré comme dévalorisant. La réussite sociale devrait s'y acquérir autant que par les études classiques".

    Laïla TRIKI

    (1) Cf L'Economiste du 24 Septembre et L'Economiste du 5 Novembre

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