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Economie

Environnement
Dégradation: 3,7% du PIB!

Par L'Economiste | Edition N°:1766 Le 12/05/2004 | Partager

. De très gros progrès en douze ans. Mais la situation reste très préoccupante. Tous les secteurs sont touchés, parfois gravementRespecter Dame Nature, c’est difficile. Le préjudice qui lui est porté est quantifié en pièces sonnantes et trébuchantes: près de 13,1 milliards de DH en 2002 en moyenne (dernière année pour laquelle les données ont pu être rassemblées de manière cohérente), mais rien ne pourra estimer le danger à terme pour la planète Terre. Si elle supporte les caprices humains liés aux progrès technique, industriel, scientifique… elle commence à fatiguer et elle le fait savoir. A moyen termes les ressources naturelles sont menacées. Si le Maroc n’est pas aussi pollué que le Mexique ou d’autres pays, l’état des lieux est alarmant. Et rien ne l’empêche de «prendre un raccourci», sinon l’inconscience collective. La dégradation globale de l’environnement coûte 3,7% du PIB, ce qui est beaucoup, compte tenu du faible niveau de développement agricole et industriel, mais ce qui est nettement mieux qu’il y a douze ans , où le coût était estimé à 8% du PIB. EnviroMaroc 2004, le troisième salon maroco-allemand pour la gestion et la protection de l’environnement arrive à point nommé pour rappeler que ces dégâts, s’ils sont énormes, il existe des moyens pour les réduire.



Sols et forêts: Dégradations partout

19% des terres subissent une «dégradation sévère à très sévère», soit 8,7 millions d’hectares. Les principales causes sont la déforestation, le surpâturage, les activités agricoles, la surexploitation de la biomasse et les activités industrielles. Selon la Banque mondiale, la totalité des terres sévèrement dégradées le sont à cause d’activités agricoles. Un degré de dégradation léger correspond à une baisse de rendement, modéré à 20% du rendement, fort à 75%. La ridicule évolution du rendement moyen céréalier entre 1980 et 2000 de 0,52% conforte la dégradation des sols. Son coût est estimé à près de 1,3 milliard de DH (environ 0,36% du PIB).Les terres de parcours (65 millions d’hectares), première source d’alimentation animale ne sont pas épargnées par la pollution. Près de 46% des terres de parcours à dominante steppique, et près de 19% à dominante forestière sont dégradées.Chaque année, près de 30.000 hectares de forêts sont dégradés, dont 4.500 ha en défrichement, 22.000 ha pour l’énergie (bois de feu) et 4.500 incendiés. Le bois de feu est la deuxième source d’énergie après le pétrole, soit 30% du bilan énergétique. La surexploitation de la forêt est estimée entre 3 et 4 millions de m3 par an suite aux prélèvements de bois non contrôlé. Le coût annuel pour rétablir la situation (lutte contre l’érosion, pollution agricole, reboisement…) est estimé à 542 millions de dirhams.


Air: Les voitures causent la moitié des dégâts!

Le parc automobile est responsable à plus de 50% de la pollution de l’air. En 2000, 74% des véhicules étaient vieux de 10 ans. Le manque d’entretien des moteurs réhausse de 10 à 15 fois les particules et les hydrocarbures qu’un moteur correctement entretenu. Les teneurs des combustibles et carburants en soufre et plomb dépassent les normes internationales. Le fuel et gasoil sont respectivement riches en soufre de 4% et 1% alors qu’en Europe, les taux tournent autour de 1,5% et 0,035%. L’essence contient près de 0,5% de plomb contre 0,15% dans certains pays développés. L’industrie est l’autre grand pollueur de l’air. Le tissu industriel national est composé de plus de 6.500 unités, dont 43% sont localisées à Casablanca, et 231 sont de grande taille. Les émissions gazeuses du secteur industriel génèrent la pollution atmosphérique émanant principalement du processus de fabrication et d’utilisation de combustibles fossiles (charbon et produits pétroliers par exemple). Parmi les secteurs les plus polluants:- les installations énergétiques (centrales thermiques et raffineries de pétrole);- les industries chimiques et parachimiques;- les industries du textile et du cuir;- les industries agroalimentaires;- les industries électriques et électroniques;- les industries métalliques et métallurgiques.


Déchets: Ils contaminent les eaux

Moins de 2% des déchets sont recyclés. Les déchets domestiques constituent une véritable menace pour l’environnement. Les déchets solides risquent d’atteindre entre 32.000 et 34.000 tonnes par jour. Mais le document note un manque flagrant d’information sur ce plan-là. Il met en exergue la défaillance des incinérateurs, responsable du rejet d’une grande partie des déchets médicaux dans les décharges publiques. Au Maroc, aucune décharge ne dispose de systèmes d’étanchéité ou de collecteurs bio destinés à la protection des eaux et sols.Les décharges sauvages sont celles qui accueillent les voyageurs à l’entrée de pratiquement toutes les villes. Elles contaminent les eaux souterraines et polluent le milieu marin. La perte est estimée à 1,7 milliard de DH, soit près de 0,5% du PIB.


Eau: Tous les oueds et fleuves sont touchés

Un tiers des ressources en eau mobilisées provient des eaux souterraines. Presque la totalité des cours d’eau sont affectés par les rejets urbains et industriels. Comme c’est le cas du cours moyen et aval de l’oued Sebou, du cours moyen de l’Oum Errabie et du cours aval des oueds Tangerois et Martil. Les eaux usées domestiques représentent la principale source de pollution organique. La pollution par les nitrates et phosphates est d’origine domestique et agricole. Selon le document de la Banque mondiale*, si l’on ne prend aucune mesure de réduction de la pollution dès à présent, les rejets vont doubler ou tripler en volume selon leur nature d’ici 2020. «On peut donc s’attendre à des situations catastrophiques dans certaines zones. Pour plusieurs nappes phréatiques, on prévoit des teneurs en nitrates de 54 à 60 mg/l, supérieures au seuil fixé par l’OMS et le Maroc qui est de 50mg/l», précise la Banque mondiale. L’insuffisance de l’assainissement est l’une des principales causes de la dégradation des eaux souterraines et de surface. Elle est également à l’origine de la pollution marine. Les régions économiques du centre (Grand Casablanca) et du Nord-Ouest rejettent à elles seules les deux tiers du volume national des rejets domestiques. Côté pollution industrielle, trois types de pollution sont associés aux rejets liquides et solides: toxique, biodégradable et eutrophisante. Seuls 5% des rejets solides sont évacués vers les décharges publiques.Ainsi, le sort réservé aux rejets domestiques et industriels est à l’origine de la mort de près de 6.000 enfants de moins de cinq ans en 2000 à cause de maladies diarrhéiques. Bien qu’inestimable, la perte de ces vies humaines due à la pollution des eaux est évaluée entre 1,2 et 2,4 milliards de DH, soit entre 0,3 et 0,7% du PIB. Les maladies diarrhéiques non fatales sont également très importantes au Maroc. Elles sont estimées à 0,2% du PIB. Le Maroc a besoin de près de 1,5 milliard de DH par an pour réduire les impacts sanitaires et environnementaux sur la qualité de l’eau.


Littoral: 2 milliards de dommages

Le Maroc est doté de 3.500 km de littoral et 174 plages considérées comme des zones de baignades. En 2002, près de 28% de ces plages sont déclarées impropres à la baignade. Les eaux de la mer atlantique et méditerranéenne à proximité des rejets d’eaux usées des principales villes côtières (Rabat-Salé, Mohammédia, Safi, Agadir, Tanger, El Hoceïma…) sont fortement polluées. Les ressources en sardines le long du littoral de Safi ont chuté de 6% de 1995 à 2000. 30% de cette baisse est due à la pollution des eaux. L’estimation du coût annuel moyen des dommages est de l’ordre de 2 milliards de DH, soit l’équivalent de près de 0,52%. Dans l’ensemble, l’impact sur l’environnement global est essentiellement dû aux émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’origine du réchauffement de la planète. Au Maroc, en 1999, les émissions nettes de GES avoisinaient les 54 millions de tonnes . Conséquences probables selon les experts: «fréquence et intensité des sécheresses, inondations dévastatrices inhabituelles, réduction de la durée d’enneigement des sommets du Rif et de l’Atlas, modification spatio-temporelle des pluies...».


Le gros ratage de la sensibilisation

Les Marocains se plaignent beaucoup de la saleté et de la pollution autour d’eux. Ils auront du mal à croire que près de 30 millions de dollars d’aides internationales (soit 300 millions de DH!) sont engagés chaque année depuis 10 ans pour l’environnement. Une question de sensibilisation sans doute. Comme l’a relevé le directeur du Partenariat, de la Communication et de la Coopération au sein du secrétariat d’Etat chargé de l’Environnement, Taha Balafrej: «Tous les moyens sont là, mais il manque un élément crucial: l’implication humaine». Il vrai que bon nombre de projets d’ordre public réalisés ont fini par péricliter à cause d’un désintérêt collectif notoire pour la question. C’est pourtant loin d’être du luxe. (cf. article supra).«Le Maroc est doté de 60 stations de traitement des eaux usées. Seules 3 ou 4 fonctionnent», avance Taha Balafrej. La commune d’Agdal-Ryad de Rabat a tenté de mettre en place un système de recyclage des déchets ménagers, Ecopoint. Cela a été un flop. A Fès, en coopération avec les Etats-Unis, les autorités ont mis en place une station de déchromatation à l’attention des tanneurs: elle fonctionne très mal. A Agadir, près de 30 millions de DH ont été investis pour une décharge moderne dotée de tous les outils pour trier et recycler. Elle ne fonctionne pas, et la traditionnelle «zebala» située près du stade en construction dans le cadre du projet Maroc 2010 a toujours la cote. Greenpeace a répondu par la négative à une demande d’implanter une antenne locale au Maroc. La cause invoquée: «il n’y aura pas assez de personnes mobilisées pour adhérer à Greenpeace au Maroc». L’association tient en effet sa force de son indépendance financière, nourrie exclusivement par les adhésions de ses membres. Ce problème de sensibilisation doit passer par les élus locaux, insiste Taha Balafrej qui estime que ces responsables jouent un rôle-clé pour la protection de l’environnement.Mais pour sensibiliser, encore faut-il pouvoir construire un message cohérent que les gens pourront identifier clairement. Aujourd’hui, plusieurs interlocuteurs dénoncent un cafouillage au sein des différents organismes publics. «Trop d’établissements se disent responsables de l’environnement. Cela se ressent dans la gestion des projets environnementaux et lèse l’efficacité des actions», témoigne un expert sous couvert d’anonymat.Mouna KADIRI-----------------------------------------------------------------------* Royaume du Maroc: Evaluation du coût de la dégradation de l’environnement, Bureau régional Moyen-Orient et Afrique du Nord. Rapport N° 25992-MOR, Banque mondiale, 30 juin 2003.

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