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    Tribune

    Enseignement privé: les parents d'élèves devraient être consultés pour des programmes complémentaires à ceux du MEN

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager

    Par Nacer CHRAÏBI , Professeur de l'enseignement supérieur

    La dernière loi sur l'enseignement privé impose aux lycées privés de se conformer aux programmes du MEN. Elle met en cause les "plus" qu'ils offraient en matière d'enseignement du français. Des parents d'élèves continuent à défendre le droit à des programmes particuliers, approuvés par leurs associations et le Ministère de l'Education Nationale.


    LA loi formant statut de l'enseignement privé, adoptée le 24 Juin 1984 et promulguée le 16 Novembre 1991, a pour objectif d'améliorer l'enseignement des écoles privées dont le niveau est jugé insuffisant, en les obligeant à se conformer au programme officiel du Ministère de l'Education Nationale (MEN). Cette loi prévoit des dispositions particulières pour les écoles qui désirent adjoindre à l'enseignement du MEN un type d'enseignement inexistant dans l'enseignement public. Cet enseignement est soumis à autorisation préalable par le MEN, seul habilité à approuver les modifications de programmes.
    Au Maroc existent trois types d'enseignement:
    - l'enseignement officiel de l'Etat, tel qu'il est fixé par le MEN et qui constitue le type d'enseignement suivi par la quasi-totalité des écoles du pays. Cet enseignement est actuellement totalement arabisé jusqu'au baccalauréat, avec un enseignement d'une langue étrangère, habituellement le français, à raison de quelques heures par semaine. Cet enseignement est sanctionné par un baccalauréat marocain,
    - l'enseignement de type mission française préparant au baccalauréat français, avec adjonction de quelques heures de cours en langue arabe et d'enseignement religieux musulman pour les élèves marocains,
    - l'enseignement dispensé par les écoles privées: le cycle primaire ne pose pas de problème, car tout le monde pratique un enseignement bilingue arabe-français, dont le niveau est habituellement satisfaisant.

    Elèves surchargés

    C'est dans le cycle secondaire que l'on trouve des variations et des divergences:
    * certaines écoles pratiquent un enseignement renforcé de la langue française, mais ne présentent leurs élèves qu'au baccalauréat marocain,
    * d'autres pratiquent un enseignement bilingue en dédoublant les cours: les mêmes cours sont enseignés en arabe puis en français. Ceci a pour résultat de surcharger l'emploi du temps des élèves. Ces enfants se présenteront au baccalauréat marocain et éventuellement français (en candidats libres),
    * un troisième type d'écoles privées marocaines, le moins fréquent, pratique un enseignement totalement calqué sur les programmes de la mission française. Les enfants ne peuvent se présenter qu'au baccalauréat français.
    L'enseignement a pour objectif d'apprendre aux enfants, futurs citoyens du pays:
    1- une langue nationale, dont la maîtrise est indispensable à toute leur vie ultérieure,
    2- une transmission de connaissances (savoir et savoir-faire) de sorte que ce citoyen soit apte à se prendre en charge,
    3- une culture de base englobant le patrimoine du pays: au Maroc il s'agit du triple patrimoine islamique, arabe et proprement marocain, de sorte que ce citoyen soit apte à vivre dans sa société d'origine et à contribuer à son épanouissement,
    4- une ouverture sur la culture internationale pour que le citoyen ne soit pas un "illettré culturel" dès qu'il sort des frontières nationales, et ignore tout des réalités du monde dans lequel il vit. Le retard que le monde arabe a pris dans la plupart des domaines scientifiques fait obligation aux jeunes Marocains de connaître plusieurs langues.

    Déviations négatives

    Le bien-fondé de cette loi sur l'enseignement privé est indiscutable. En effet, l'Etat a de nombreuses obligations envers les citoyens, parmi lesquelles celle de veiller à la défense des caractéristiques de l'Identité Nationale. Le Maroc étant un pays islamique et arabe, il appartient au MEN de veiller à ce que tous les enfants marocains reçoivent une éducation respectant ce patrimoine de base. Ce dahir protège donc les enfants d'abus éventuels dans l'enseignement privé, en instituant des normes nationales, en veillant à ce qu'elles soient respectées et en vérifiant que tout apport supplémentaire constitue bien un enrichissement dans l'éducation des enfants marocains, et non une source potentielle de conflits ou de problèmes. En l'absence d'un contrôle national, rien n'empêcherait des déviations négatives ou potentiellement dangereuses. Si l'enseignement du MEN répond aux trois premiers objectifs définis (enseignement de la langue arabe, transmission d'un savoir et d'un savoir-faire, transmission d'un patrimoine culturel arabo-musulman), il laisse à désirer en ce qui concerne l'apprentissage des langues vivantes, et encore plus en ce qui concerne les cultures étrangères.
    C'est pourquoi certaines familles préfèrent d'autres voies éducatives, même si elles sont relativement coûteuses.
    Quelle que soit la mission étrangère considérée (les deux principales étant la MUCF et l'école américaine) l'enseignement qu'elles délivrent est performant en ce qui concerne le dernier point, à savoir l'apprentissage d'une langue étrangère et l'ouverture sur une culture étrangère. En contre-partie, cet enseignement laisse nettement à désirer en ce qui concerne la maîtrise de la langue arabe, de la culture arabe ou de l'histoire et de la géographie nationales.
    La divergence d'interprétation entre le MEN et les directeurs d'écoles privées concernant les articles 10 et 37 du Dahir régissant l'enseignement privé au Maroc empêche cet enseignement de répondre aux voeux des parents.
    Le MEN souhaite que les écoles privées se contentent de suivre son programme et que l'enseignement de type français soit laissé à la mission française.
    Les écoles privées pensent que le Dahir laisse ouverte la possibilité de pratiquer un enseignement de type français, tout en veillant au respect du programme marocain.
    En étant plus ambitieux, nous aimerions que nos enfants maîtrisent plus d'une langue étrangère: ainsi, l'arabe serait la langue de base du primaire à laquelle pourrait s'adjoindre une autre langue: français, anglais, allemand ou espagnol. Au début du cycle secondaire commencerait l'étude de la deuxième langue étrangère.
    Toutes les matières scientifiques dont l'enseignement ne peut être assuré dans le cycle supérieur en arabe (mathématiques, physique, chimie, sciences naturelles, etc) devraient être enseignées en français.

    Double parrainage

    Les directeurs des écoles privées du Maroc pourraient définir en commun un programme d'enseignement unique à ajouter au programme officiel du MEN, en précisant les matières, les horaires et les manuels à utiliser, pour répondre de manière précise aux termes de la loi.
    Ce programme pourrait ensuite être proposé aux associations de parents d'élèves. Il serait soumis avec ce double parrainage à l'approbation du MEN, qui ne peut faire opposition au souhait unanime des parents et des professionnels de l'enseignement privé. Ainsi, ce litige pourrait être tranché pour toutes les écoles privées, en créant une troisième voie entre l'enseignement publique et les missions étrangères, pour que le jeune Marocain puisse s'insérer sans difficulté aussi bien dans sa société que dans une quelconque société étrangère.
    Les parents seraient rassurés sur l'avenir de leurs enfants, toutes les écoles privées pratiquant un enseignement identique, approuvé par les instances nationales, tenant compte des intérêts des enfants et de ceux du pays et ne différant plus que par la qualité intrinsèque des enseignants de chaque école.
    Il s'agit d'une approche longue, qui demandera des efforts à chaque partie concernée, mais qui aurait pour résultat de faire progresser la cause de l'enseignement dans notre pays.

    N. C.

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