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    Politique Internationale

    Emigration: Les coûts et les risques de la traversée clandestine du Détroit

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager

    Entre Tanger et Algésiras, chaque mois, des barques transportent des centaines de personnes, Marocaines ou Africaines, candidates à l'émigration. Beaucoup y laissent leur vie.


    EN pleine nuit, on peut éviter les garde-côtes espagnols". C'est la première réponse des propriétaires de barques lorsqu'on leur demande quel est le meilleur moment de la traversée. Les passeurs, dont le métier autrefois consistait à pratiquer la contrebande de marchandises, se sont reconvertis dans un travail largement plus lucratif: le transport de candidats à l'émigration vers l'Espagne, ou vers toute autre destination du vieux continent. Les barques à moteur partent le plus souvent la nuit, avec à leur bord une vingtaine de personnes prêtes à prendre des risques, pour arriver à bon port. Pour les premières traversées, il y a environ trois ans, une cinquantaine de personnes y embarquaient. Les accidents étaient beaucoup plus nombreux. Puis, ce nombre a diminué de moitié. Il varie entre 15 et 20 voyageurs par banque et ce, pour deux raisons. D'une part, les passeurs se trouvent eux-mêmes en danger quand le nombre de passagers est trop important. D'autre part, les personnes elles-mêmes refusent de faire la traversée dans des conditions trop risquées.
    Cependant il semble que l'on retourne, de plus en plus, à la situation antérieure (barque pleine) pour une raison bien simple: le coût. Si la barque est pleine, le prix moyen du voyage diminue et inversement.

    Sans lumière

    Concernant le voyage lui-même, les passeurs déclarent que si les conditions climatiques sont bonnes, "la traversée" est, somme toute, "assez facile". "Il suffit d'une heure pour arriver à Algesiras", ou tout au moins, sur les côtes avoisinantes...
    Le danger réside surtout dans le risque de collision avec les nombreux bateaux. Les catastrophes, lorsqu'elles ont lieu, proviennent de là. Les paquebots qui traversent le Détroit ne se soucient guère de la présence des petites embarcations. Elles sont, au demeurant, invisibles la nuit: Pour ne pas se faire repérer de la police espagnole de la mer les barques naviguent sans lumière.
    Il existe un autre type de risque lié à la traversée, celui des vents.
    La Mer Méditerranée, dans le Détroit de Gibraltar, est dangereuse, constamment agitée par des vents qui forment des vagues puissantes, et que les pêcheurs connaissent bien, d'ailleurs. Les barques, chargées pour augmenter le gain (le voyage coûte entre 4.000 et 6.000DH par personne), deviennent beaucoup moins maniables lorsqu'il s'agit de lutter contre les vents.
    La nouvelle particularité de ces traversées, c'est la diversité des nationalités qui font le voyage. Le Maroc est le pays le plus proche de l'Europe, il est la tête de pont. Des candidats-émigrés de plusieurs nationalités tentent la traversée par le Détroit: Mauritaniens, Maliens, Kenyans, Sénégalais, Algériens, Tunisiens. Cette diversification ne va pas sans poser des problèmes épineux de droit. Il y a quelques semaines, à la frontière entre Nador et Mélilia, une trentaine de Somaliens ont été interceptés et renvoyés par les autorités marocaines et espagnoles, plusieurs fois entre les deux villes. Les deux polices invoquaient le fait qu'il n'y avait aucune raison de garder ces migrants sur leur territoire respectif car, personne dans ce groupe n'avait de papiers d'identité.

    La diversité des nationalités des candidats à l'émigration n'est pas la seule. Une autre diversité voit le jour: celle des ports de destination. De plus en plus, au lieu d'atteindre Algesiras directement, les barques prolongent jusque vers Cadix, le plus souvent aux environs de Tarifa. A l'Est, elles vont du côté d'Almeria. Un groupe de Marocains et de Tunisiens vient d'être pris sur les côtes siciliennes.
    "Arrivés à peu près à deux kilomètres des côtes", poursuivent les passeurs, "il faut éteindre les moteurs, pour éviter d'être repérés par la police espagnole". Les vedettes des garde-côtes espagnols sillonnent régulièrement leurs eaux territoriales pour surprendre les arrivants. Les Espagnols utilisent également des hélicoptères. "Pour le reste du chemin à parcourir, on rame. On peut ramer longtemps. Parfois nous sommes obligés de faire un grand détour pour arriver jusqu'à la côte où nous ne risquons pas d'être vus". Pour ceux qui auront réussi "le passage au Nord", l'aventure vient à peine de commencer: sans papiers, chercher de petits travaux, essayer de subsister...

    Hounaîne HAMIANI.

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