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Politique

Elections: Rencontre avec un «gourou» canadien

Par L'Economiste | Edition N°:2332 Le 02/08/2006 | Partager

. «Le PJD est très bien organisé». Les hommes politiques parlent beaucoup entre eux, mais rarement avec leurs électeurs!. Il faut éviter de diviser les votes «La communication a toujours un meilleur impact lorsqu’elle est en contact avec la réalité quotidienne des électeurs». C’est la conviction de Jason Kenney. Ce député canadien, secrétaire parlementaire du Premier ministre, est considéré comme un «gourou» des élections: il a réussi la fusion de deux partis qui n’avaient guère de chances… et il les a fait gagner. En visite au Maroc, il a présenté son expertise devant des dirigeants et militants de partis politiques marocains, et accepté de la partager avec les lecteurs de L’Economiste. . L’Economiste: Vous êtes venu présenter une expertise devant un parterre de responsables politiques. Existe-t-il un modèle de la démocratie que l’on pourrait importer clés en main?- Jason Kenney: Non pas du tout. Il n’y a d’ailleurs pas un seul modèle. La démocratie est un système qui respecte avant tout le droit de la personne et qui permet aux gens de se gouverner d’une certaine façon. Le souci d’avoir un gouvernement représentatif est aujourd’hui partagé dans le monde. C’est la même chose pour les campagnes électorales. Il n’y a pas un modèle unique, mais il existe des techniques qui sont plutôt universelles pour faire campagne de façon transparente et efficace. Il s’agit de s’assurer que les gens disposent des moyens pour choisir les représentants capables de refléter leurs propres valeurs. Il est vrai que des pays, comme le Maroc, qui aspire au développement démocratique, ont des contraintes particulières comme l’analphabétisme et le faible taux de participation électorale. J’ai souligné dans mes interventions devant les responsables de partis marocains que nous faisons face pratiquement aux mêmes défis. Par exemple au Canada, nous avons un taux de participation de près de 60%. Ce qui n’est pas énorme. J’ai par ailleurs précisé que dans les pays dits développés les citoyens ne suivent pas tous de près les partis politiques. Certains sont même «analphabètes» politiquement. Ils ne reçoivent pas l’information écrite, mais à travers les symboles, les images et la télévision. Dans ce sens, je crois que les campagnes électorales dans les pays comme le Canada peuvent leur apporter des leçons utiles.. Quel genre de leçons? - C’est toute une démarche qui s’inscrit dans la durée qu’il faut adopter. Il faut souligner un constat: le défi de relever le taux de participation des électeurs se pose pour tous aujourd’hui. Même les Etats-Unis, qui se considèrent comme modèle démocratique, ont un taux de participation fédéral d’à peu près 50%. Dans la plupart des démocraties, il y a malheureusement des gens qui prennent pour acquis le système démocratique. De fait, ils ne s’intéressent pas de près aux questions politiques. C’est donc une réalité aujourd’hui universelle. Néanmoins, j’ai expliqué à mes interlocuteurs marocains qu’ils peuvent acquérir certaines techniques pour communiquer leurs valeurs d’une façon plus efficace. Entre autres, je leur ai proposé un système de communication plus tourné vers la recherche de l’opinion publique. C’est toujours facile pour les hommes politiques de communiquer entre eux, mais ils ne sont pas souvent connectés avec la réalité de l’opinion publique. Je crois que la gestion des campagnes et la communication des partis politiques doivent être bien ancrées dans l’opinion publique, dans toute sa diversité. Il y a des techniques de recherche qualitative (les «focus groups», les tables rondes) et de recherche quantitative (sondage). Une campagne électorale moderne s’apparente à une campagne publicitaire, ce sont pratiquement les mêmes procédés qui sont utilisés. La différence est que les partis politiques ne vendent pas des produits et des services, mais des idées et des candidats. . Vous parlez de transmission de valeurs, or les mêmes valeurs ont tendance à se généraliser et à se standardiser. Comment alors préserver sa particularité? - C’est un élément très important en matière de communication, en particulier dans les campagnes modernes. Faire la distinction entre les partis est l’effet recherché. C’est très efficace au niveau des campagnes de souligner les différences. Il s’agit d’une compétition. Le choix pour les électeurs doit être plus clair. C’est pour cette raison que, personnellement, j’appuie l’idée de débat public entre les porte-parole des partis politiques. C’est bon, par ailleurs, pour la démocratie que les différentes idées et valeurs se confrontent. Particulièrement dans les démocraties qui ont vécu des moments d’instabilité, on enregistre une peur du débat public et de la confrontation chez les politiques. . Vous avez eu des rencontres avec des représentants de partis politiques au Maroc. Quelles ont été leurs interpellations? -Nous n’avons pas parlé d’enjeux politiques, mais plutôt des aspects techniques de la campagne électorale. Plusieurs partis ont souligné les défis qui handicapent le développement démocratique au Maroc. Parmi les contraintes, il y a le manque de ressources pour faire des campagnes électorales efficaces, l’analphabétisme et le taux faible de participation. Ils ont également parlé de problèmes de gestion d’un électorat qui vote souvent de façon irrationnelle.. Une bonne campagne électorale est-elle une question de ressources financières ou d’un contenu de messages à véhiculer? - Les deux sont nécessaires. On peut avoir le meilleur message du monde qui reflète la volonté publique majoritaire, mais, sans ressources, on ne peut pas le faire communiquer. . Parmi les partis politiques que vous avez rencontrés est-ce qu’il y en a qui vous ont semblé plus outillés que d’autres pour communiquer avec les électeurs?- Oui. J’ai vu une grande diversité. Mais il est clair, d’après mes entretiens, que certains partis sont mieux organisés que les autres et sont plus ouverts aux techniques modernes de communication électorale. Les partis qui prennent l’avance des techniques modernes de communication pour cibler, centraliser leurs informations, et les communiquer de façon régulière auront un grand avantage.. On peut dire que le PJD rentre dans cette catégorie? - Il me semble qu’ils sont très bien organisés au sein de ce parti.. Comment gérer les différences et les ambitions des uns et des autres? - Il y aura toujours des différences. Celles-ci existent au sein d’un même parti politique. Des différences au niveau des valeurs, des priorités, des personnes…Mais il est préférable, à mon avis, dans une démocratie animée, de régler ces différences à l’intérieur d’un parti important que d’avoir des dizaines de partis. . Avec le background des rencontres que vous avez eues avec les partis politiques, quel regard portez-vous sur le processus démocratique au Maroc? - J’ai l’impression que le pays vit un moment très important, très animé à plusieurs niveaux: économique, social et démocratique. C’est un pays qui bouge et qui est, selon moi, de plus en plus un modèle démocratique au sein d’un système stable pour le monde arabo-musulman et africain. Les pays développés vont suivre de près ce développement démocratique et politique au Maroc. C’est une très bonne démarche. J’ai constaté un esprit démocratique chez les militants des partis politiques que j’ai rencontrés. Les dirigeants de ces partis ont compris qu’il faut faire des compromis, se moderniser et s’adapter à l’opinion publique. C’est quelque chose de très positif.

Comment se servir des sondages

Les sondages ne sont pas parfaits, mais ils servent simplement d’indicateurs. Ils nous renseignent sur l’interactivité générale de l’opinion publique». C’est la réponse du spécialiste à la question sur l’utilité des sondages. Un procédé aujourd’hui controversé. Jason Kenney reste convaincu qu’avec ce procédé, les politiques auront plus de visibilité quant à leur action de terrain. «Il est utile et préférable que les partis politiques soient informés de la tendance de l’opinion publique en se basant sur un procédé scientifique», souligne-t-il. Il estime ainsi que si les partis politiques ont une bonne connaissance de la volonté publique, ils peuvent communiquer de façon plus efficace. «Cette communication a toujours un meilleur impact lorsqu’elle est en contact avec la réalité quotidienne des électeurs», conclut-il.. La clef de la réussiteJason Kenney trouve une vertu aux regroupements des partis politiques. La question est à l’ordre du jour au Maroc où les alliances se font de plus en plus entre petites formations. «Le fait d’avoir plus d’une trentaine de partis politiques ne sert pas ce principe de clarté devant favoriser le choix des électeurs. C’est pourquoi il faut favoriser les coalitions lorsqu’on n’a pas de formations suffisamment fortes», assure-t-il. Partant de sa propre expérience au Canada, qui a été de «favoriser une coalition pour partager les ressources», Kenney estime qu’il est «important de ne pas diviser le vote naturel». Or, avec «les petits groupuscules, il y aura sans aucun doute une grande division du vote qui profitera aux grands partis». Sa conclusion est que «si les Marocains veulent avoir un système démocratique plus compétitif et plus efficace, en ce sens qu’il reflète les opinions publiques, il faudrait qu’ils favorisent la fusion de ces petites formations». Et de souligner que le phénomène est de plus en plus courant dans le monde. En Angleterre, il y a eu dernièrement une fusion entre un parti socio-démocrate et un parti libéral. En Australie et en Allemagne, il y a des partis qui travaillent en coalition et qui ont formé un gouvernement. «Au Canada, nous n’avons gagné les dernières élections que grâce à la fusion entre deux partis de droite. Sinon, cela aurait été impossible de former un gouvernement. C’est le parfait bon sens que de travailler en partenariat avec des gens, évidemment, qui partagent vos valeurs», affirme Kenney.Propos recueillis par Khadija RIDOUANE

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