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Conférence Stratégique de L’Economiste
Plus de guerres civiles, moins de conflits entre Etats

Par L'Economiste | Edition N°:2236 Le 17/03/2006 | Partager

. La défaillance des Etats exacerbe les conflits internes. La lutte contre le terrorisme n’est pas une vraie guerre . L’intelligence économique est une réalité du commerce international Après la Deuxième Guerre mondiale, le visage de la guerre en tant que mode d’expression des rapports entre Etats a changé. A partir de 1945, on parle beaucoup plus de guerre civile que de guerre interétatique. La chute du mur de Berlin avec pour corollaire la fin du clivage idéologique a placé la guerre au centre de nouveaux enjeux tels que la rivalité économique et la lutte contre le terrorisme. C’est pour mieux comprendre les changements qui ont affecté la nature de la guerre que L’Economiste a interviewé le spécialiste des conflits armés, le colonel Jean-Louis Dufour, en marge de la rencontre qu’il a animée, le jeudi 16 mars, sur le thème: «Les nouvelles formes de la guerre», dans le cadre du cycle de conférences sur la géostratégie organisé par L’Economiste. - L’Economiste: La nature de la guerre actuelle a-t-elle changé par rapport au passé?- J-L Dufour: La guerre au sens classique du terme qui se déclare et se conclut et qui obéit au cadre juridique qui réglemente les conflits au niveau international n’existe plus. Les deux dernières guerres en date qui répondent à cette description sont celles de Corée en 1950 et du Golf de 1990. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la guerre entre Etats est en perte de vitesse au profit de la guerre civile. Les statistiques sont éloquentes à cet égard. Avant 1939, quatre conflits sur cinq étaient des conflits interétatiques. Depuis 1945, l’écrasante majorité des conflits sont des guerres civiles. - Pourquoi les Etats ne se font plus la guerre?- D’abord la guerre est interdite par le droit international et les Nations unies peuvent se donner les moyens de réprimer la guerre via le Conseil de sécurité. Cette prohibition juridique dissuade les petits Etats de faire la guerre car les grandes puissances ont une plus grande marge de manoeuvre. La disparition du clivage idéologique Est-Ouest a également joué en faveur de la raréfaction des conflits entre Etats. Ces derniers ne peuvent plus compter sur une grande puissance pour couvrir leurs actions militaires. Ce changement géostratégique n’a pas été bien compris par Saddam Hussein qui a compté sur l’appui de l’Union soviétique lors de son invasion du Koweït. Le changement du contexte économique mondial induit par la libéralisation des échanges est également un facteur d’explication, mais il faut le prendre avec des pincettes. Il est certain que le commerce pousse les Etats à collaborer plus qu’à se faire la guerre et l’exemple de l’intégration de la Chine dans le concert des nations en est la parfaite illustration. Le rapide développement technologique fait aussi qu’il n’y a pas une seule armée performante dans le monde. La mise à disposition des Etats d’un armement de plus en plus sophistiqué et nettement plus destructeur les pousse à éviter toute éventualité de confrontation militaire. Les Etats-Unis, première puissance militaire mondiale, gardent tout de même un avantage tactique et opérationnel. Cela constitue à la fois un facteur de suprématie mais aussi de faiblesse. En Irak par exemple, l’armée régulière a vite cédé le terrain à des groupuscules qui tentent de répondre à la puissance militaire des Etats-Unis par des méthodes de guérilla. - Dans quel cadre situez-vous la guerre contre le terrorisme?- Personnellement, je n’aime pas l’expression «guerre contre le terrorisme». Pour la simple raison que la guerre s’adresse à des collectivités alors que la lutte antiterroriste implique la poursuite d’individus. C’est pourquoi, le combat contre la terreur est essentiellement du ressort de la police qui devrait poursuivre les coupables et les appréhender. La contribution des forces armées vient en appoint pour faciliter l’atteinte des objectifs. Aujourd’hui, les forces spéciales des Etats-Unis peuvent intervenir n’importe où et atteindre leur cible grâce à leur capacité de frappe précise et à grande distance. C’était le cas en 1983 lors de leur intervention à Grenade. C’est le cas, actuellement, des opérations menées sur la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan visant à localiser et à neutraliser les membres d’Al Qaida. - Qu’en est-il de la guerre économique?- Le terme de guerre dans le contexte économique n’est pas totalement inadapté. Car, la rude compétition induite par la globalisation conduit certains Etats à recourir à l’espionnage pour gagner davantage en compétitivité. Ceci accroît les responsabilités d’une institution comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour assainir le commerce mondial. - Comment les armées se sont-elles adaptées aux nouvelles formes de guerre?- Les armées modernes sont confrontées à un dilemme qui est de frapper loin et dans un délai très court et de maintenir la paix. Ce dernier point est très important car la guerre est un fléau qui est contagieux d’où la nécessité de le maîtriser avant qu’il ne s’étende à d’autres pays comme ce qui se passe actuellement en Afrique. Souvent la capacité d’intervention n’est pas suivie par la stabilisation. C’est le cas des Etats-Unis en Irak. Ces derniers ont prouvé qu’ils avaient les moyens militaires pour vaincre rapidement l’ennemi, mais ils n’arrivent toujours pas à pérenniser cet avantage sur le terrain. La faute en incombe à un déficit en moyens humains. Il faut savoir que l’armée américaine s’est réduite de moitié en l’espace de dix ans. Pour les besoins de leur guerre en Irak, l’administration américaine a puisé dans ses réservistes ce qui constitue un drame stratégique. Pour pallier ce manque, le recours à des volontaires en leur promettant la nationalité américaine est une option de plus en plus adoptée. Les sociétés privées de sécurité ont également été très sollicitées lors de la guerre en Irak. Environ 25.000 mercenaires participent à côté des forces régulières à la stabilisation du pays. Le dérapage du système provient de la délégation aux forces privées des missions d’Etat comme l’interrogatoire de prisonniers. De plus, il ouvre la voie à la confusion entre objectif politique et prédation.- Quel est l’avenir de la guerre?- La fin de la guerre froide a conduit les deux grandes puissances à lâcher leurs satellites. Aujourd’hui, on assiste à une panne de certains Etats qui n’arrivent plus à subvenir aux besoins d’une partie de leur population. Ceci laisse à penser qu’il y aura une multiplication des guerres civiles dans l’avenir. Les Nations unies auront la lourde responsabilité de faire face à ce défi majeur. Aujourd’hui, l’organisation mondiale n’a pas les moyens de ses ambitions. Ses forces de maintien de la paix sont une juxtaposition d’Etats ce qui limite leur efficacité. L’Onu a besoin d’une armée internationale complètement détachée des Etats, mais cela reste pour l’instant un vœu pieux. Propos recueillis par Morad El KHEZZARI

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