×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie Internationale

    Comment l'Irlande a fait sa mise à niveau

    Par L'Economiste | Edition N°:307 Le 04/12/1997 | Partager

    L'Irlande et les Irlandais sont attachants, par eux-mêmes bien sûr, mais aussi parce que dans leur économie l'oeil marocain voit ce que pourrait être ou ne pas être une mise à niveau rapide.


    L'Irlande est une île, coupée en deux par une frontière politique, mais qui n'en est pas une, ni pour les hommes ni pour les marchandises.
    Les routes de la République d'Irlande (l'Eire indépendante) comportent des panneaux pour indiquer les directions à prendre pour les villes de l'Ulster (l'Irlande du Nord, propriété anglaise, où la plus étrange des guerres dure depuis 30 ans). «Si vous avez un peu de temps, je vous emmène à Belfast, c'est juste à 1 heure 30 minutes si l'on se dépêche, 2 heures si vous voulez voir le paysage», explique le chauffeur de taxi à la sortie de l'aéroport de Dublin, la capitale de l'Eire.
    Les chaussées sont impeccables, meilleures qu'en Angleterre ou en Europe continentale. Elles sont soit nouvelles, soit refaites depuis peu. C'est l'effet des aides massives de l'Union Européenne. L'Irlande comme l'Andalousie d'ailleurs sont les exemples-phares des effets des aides communautaires pour élever le niveau des infrastructures. A leur tour, les infrastructures tissent le terrain d'accueil des investis-sements industriels, locaux, européens, mais aussi américains, asiatiques. L'Irlande pratique depuis quinze ans la captation des investissements étrangers. Zones, free-taxe, démarchages, stratégie des locomotives ou privatisations... tout a été orienté dans ce sens. Rien, ni la guerre du Nord, ni les changements de majorité politique ne la distraient de cet objectif.
    A Dublin pas besoin d'aligner les chiffres: le résultat se voit parfaitement de l'avion. La ville est entourée d'usines, visiblement neuves, très actives. L'architecture industrielle donne immédiatement l'âge des entreprises. Les plus vieilles ont moins de vingt ans, les plus nombreuses ont dix ans.
    Mais les usines neuves ne sont pas les seuls signes d'une transformation rapide.

    Dans les faubourgs de la ville, quelques boutiques ou petits entrepôts affichent au-dessus de leur porte une raison sociale bien au-dessus de leur taille. Ce sont les restes d'un temps pas très lointain, une vingtaine d'années au plus, où le garage du coin s'appelait «Compagnie Irlandaise des Pièces Détachées» comme s'il était destiné à devenir une multinationale de la mécanique. Quinze ans après, le boum de l'économie irlandaise a fait son propre tri, parmi ses «Irish Co»... dont la raison sociale est encore peinte sur les devantures de banlieue.
    Avec une toute petite population (aujourd'hui un peu plus de 3 millions, soit un peu moins que Casablanca), l'Eire était rurale. Elle demeure, au moins dans ses messages publicitaires, surtout à destination des touristes ou pour dire aux investisseurs qu'ils trouveront une qualité de vie exceptionnelle en plus des avantages industriels.

    L'aide européenne, que le ministre des Finances actuel juge «trop faible eu égard aux besoins», est venue explicitement pour «mettre le pays au niveau de la Communauté». Elle y a réussi au-delà des espérances, quoi qu'en dise le gouvernement. La République d'Irlande n'a pas vraiment eu à avaler une crise industrielle pour transformer l'existant: l'existant n'existait que très peu face à ce qui s'est créé, grâce à la libéralisation des échanges avec l'Europe.
    Pourtant, les Irlandais en avaient très peur. Ils pensaient même perdre, à cause de la libéralisation européenne, un de leurs premiers atouts: leur diaspora. En réalité, cette diaspora s'en est trouvée valorisée. Economie pauvre au-delà du descriptible jusque dans les premières décennies de ce siècle, l'Irlande a alimenté les grands courants migratoires mondiaux. Cela se voit aussi dans l'architecture.

    Le gag de la politique économique


    Les seules institutions, qui sont logées dans des bâtiments qui peuvent revendiquer plus de 80 ans d'âge, sont les banques et la Poste. La raison en est évidente: les courants d'aides financières venant de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, d'Australie... Pour être juste, il faut aussi compter dans le lot des vieux bâtiments les grandes brasseries de bière ou alcool fort et, pour lutter contre les ravages de celles-ci, les écoles tenues par des religieux.
    Or avec la libéralisation, les relations avec la diaspora se sont transformées. L'aide aux familles est devenue investissement industriel ou agricole, tandis que la famille aidée a trouvé de quoi s'employer.

    Pratiques et économes, les Irlandais du terroir ont même développé une nouvelle application de «l'effet diaspora». T-shirts et casquettes, en vente partout, posent la question directement au visiteur: «Trouvez vos racines irlandaises». Un Marocain qui taquinerait en affirmant qu'il a aussi des racines irlandaises ne surprendrait pas grand monde à Dublin: les Irlandais trouveraient que c'est dans l'ordre des choses. Evidemment, l'argument des racines irlandaises, constamment martelé depuis dix ans, soutient à la fois le tourisme, le commerce et les finances. Deux chiffres donnent l'ampleur du phénomène. The Irish Times, le plus vieux des quotidiens(1) de l'île a 200.000 lecteurs chaque jour et sur son site Internet, ouvert en 1992, il en a plus d'un million par jour.
    Ils ne sont pas tous Irlandais de sang, mais ils ont maintenant quelque chose en commun avec l'économie irlandaise. C'est pourquoi ce million de lecteurs se sont tenus de suivre au jour le jour les évolutions et accessoirement de passer commande, par le même biais, de divers produits irlandais typiques ou moins typiques.

    Nadia SALAH

    (1) The Irish Times recevait du 12 au 14 novembre 1997 les membres du réseau international de journaux World Media, dont fait partie L'Economiste. The Irish Times a été le premier journal au monde à développer un site Internet.

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc