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Chronique Une globalisation réussie: Un plaidoyer pour la libertéPar Francis GHILES

Par L'Economiste | Edition N°:1825 Le 04/08/2004 | Partager

A lire les journaux, à regarder les chaînes de télévision, à écouter de nombreux dirigeants politiques, à suivre les raisonnements d'organisations non gouvernementales, on pourrait penser que l'économie du monde va mal. On pourrait imaginer que les perspectives de croissance sont maussades, que les défis auxquels nous sommes tous confrontés -environnement, écologie, plus grande égalité des femmes face au marché du travail, divisions nord-sud- ou, pour reprendre une expression qui fit fureur à gauche pendant une génération, la division entre le “Centre” et la “Périphérie”, augure mal du futur.. Le paradoxe de la FranceIl est frappant de voir que c'est dans un pays qui profite autant de la mondialisation, grâce à l'énorme flux de richesses et donc d'emplois qu'engendrent ses exportations et son secteur touristique, qui accueille plus de 70 millions de visiteurs étrangers chaque année, la France, qu'un mouvement comme Attac rencontre tant de succès. C'est en France que le libéralisme économique est le plus décrié (l'expression néolibéralisme est un néomarxisme délicieux!), que les vertus du marché sont en proie à des attaques constantes. C'est dans le même pays, faut-il le noter, que l'engouement de toute une classe d'intellectuels pour des “expériences” dans le tiers-monde qui se sont avérées, à l'usage, désastreuses, reste le plus marqué: l'Union soviétique des années 1930-60, le Cuba de Fidel Castro, la Chine du Grand Bond en avant -qui fit, rappelons-le, 30 millions de victimes. C'est dans cette même classe que la condescendance pour l'Espagne des années 75-85 s'affichait le plus ouvertement, que l'antiaméricanisme permanent reste une donnée de base, que l'ignorance de l'extraordinaire percée des “tigres asiatiques” hier, de la Chine aujourd'hui, de l'Inde demain, persiste.. Les Anglais de l'Empire chérifienLa globalisation de l'économie ne date pas des deux dernières décennies, elle ne remonte pas à 1945: elle trouve ses sources dans les rapports entre le monde musulman à son apogée au IXe siècle et les villes italiennes comme Venise et Gênes; dans les échanges entre la Chine et l'Occident par le biais de l'empire mongol. Ces rapports furent accélérés par la découverte de l'Amérique et l'avènement de l'empire colonial britannique. Par les Mongols vinrent la soie chinoise, la poudre, l'imprimerie mais aussi la peste noire. D'Amérique vinrent le maïs, la pomme de terre et la tomate et le caoutchouc -elle reçut en échange le café, les chevaux et… la syphilis. Qui sait qu'il y avait plus d'Anglais dans le Royaume chérifien et la Régence d'Alger en 1650 que dans les colonies anglaises du Nouveau Monde? Qui sait que le sultan du Maroc proposa à la reine Elizabeth I d'Angleterre d'unir leurs forces pour bouter les Espagnols hors d'Amérique en 1598? Les Fassis qui partirent s'installer à Manchester au XIXe siècle étaient acteurs déjà dans une économie globale tout comme ces marchands anglais qui, à la même époque, introduisirent le thé au Maroc où il était parfaitement inconnu.Ce mouvement de libéralisation des échanges s'effondra en 1915 et jusqu'en 1945, avec les conséquences désastreuses que l'on sait. Il a été rebâti avec peine depuis, l'effondrement de l'URSS en 1989-91 apportant la démonstration qu'un système autoritaire et économiquement fermé n'avait aucun avenir.Trois facteurs d'optimisme existent aujourd'hui qui permettent de croire que l'économie du monde continuera de croître dans les années à venir: - la productivité croissante des vieilles économies (Amérique du Nord, Europe, Japon); - le rattrapage rapide dont font preuve les économies asiatiques, plus particulièrement celle de la Chine; - l'intégration croissante des économies. La croissance de la productivité varie bien sûr d'un pays développé à un autre: par heure travaillée, l'écart n'est peut-être pas très grand entre les Etats-Unis et la France ou avec l'Allemagne, mais comme on travaille moins longtemps dans ces deux derniers pays qu'outre-Atlantique, la production s'en ressent. Aux Etats-Unis, qui restent le moteur de l'économie mondiale, la productivité s'accroît de 1% en moyenne par an depuis le milieu de la décennie dernière.Le deuxième facteur est peut-être plus spectaculaire: le retour de l'Asie dans l'économie mondiale depuis une génération. On oublie souvent que la Chine en particulier était un acteur significatif jusqu'au milieu du XIXe siècle. La stagnation économique de l'Asie fut brisée par le Japon dès la fin du XIXe siècle, mais malgré les progrès accomplis par celui-ci, la production asiatique représentait, en 1950, moins du cinquième de la production mondiale. En 2001, ce pourcentage avait grimpé à 38%. Et les PNB chinois et indien par tête représentaient 15 et 7% respectivement de leur équivalent américain. Mais en 1978, le pourcentage chinois était de 5%. Le bond en avant chinois (que l'Inde semble vouloir suivre et qui suit la montée en puissance japonaise, puis sud-coréenne et taïwanaise) va donner à l'Asie un rôle essentiel dans le monde du XXIe siècle. L'Amérique latine suit mais avec certaines difficultés. L'Afrique, elle, reste marginalisée et le monde arabe n'arrive pas, à quelques exceptions près, à se réformer en profondeur. Ici en particulier, l'or noir fait des ravages car son existence permet à de nombreux pays de mener des politiques économiques qui ignorent les critères du marché faisant la richesse des grandes nations modernes tout comme celle du monde musulman d'il y a mille ans et des grandes cités marchandes italiennes ou flamandes d'il y a cinq siècles.Un troisième facteur accentue le sentiment que la globalisation économique va croissant: le nombre d'hommes qui y participent, qui y aspirent: ils sont 3 milliards en Asie! Le développement rapide des technologies, la croissance soutenue des investissements directs étrangers (leur stock a doublé entre 1990 et 2002) et le fait que la Chine est déjà (de par son commerce extérieur) au troisième rang dans le monde après les Etats-Unis et l'Allemagne. Ces facteurs se combinent avec les autres évoqués plus haut. Ils expliquent que l'intégration de l'Asie dans l'économie du monde aura des effets profonds. . Le monde arabe pèse par ses crises!Face à de telles masses, le monde moyen-oriental ne pèse que par son pétrole et les crises qui le secouent sans discontinuer. C'est un monde que ses meilleurs fils fuient et qui exporte massivement ses capitaux -200 milliards de dollars pour les pays méditerranéens partenaires de l'Europe à eux seuls, alors que la Chine importe du capital étranger, dont les deux tiers proviennent de Chinois vivant de par le monde. Dans le monde arabe, hormis quelques pays comme le Maroc, l'Egypte et le Yémen, peu de fils émigrés renvoient de l'argent au pays.Peu de commentateurs ont argué de manière aussi consistante et convaincante en faveur de la libéralisation de l'économie mondiale et des bénéfices que tous les pays pourraient en tirer, que l'a fait Martin Wolf dans l'ouvrage qu'il vient de publier: “Why globalisation works” (The Case for the Global Market Economy, Martin Wolf, Yale University Press 2004; $30). Bien évidemment, la tribune qu'offre le Financial Times fait que sa voix porte bien au-delà du Royaume-Uni, et de l'Europe même. Ancien fonctionnaire de la Banque Mondiale, Martin Wolf ne se prive pas de critiquer la banque, le Fonds monétaire international et bien d'autres détenteurs du pouvoir occidental. Néanmoins, il est tout aussi vrai que ses flèches les plus acérées, il les décoche aux gouvernements qui de par le monde gaspillent ou volent les ressources de ceux qu'ils sont censés gouverner. Il plaide en faveur de la mobilité du capital, mais aussi de la main-d'œuvre, une tradition anglo-saxonne qui fait peur aux “continentaux” européens.“Why globalisation works” n'est pas un livre qui explique comment une nation se développe. Ce n'est pas davantage un guide pratique. Mais il s'agit d'un plaidoyer de l'auteur en faveur du libéralisme économique (et politique car, en bout de piste, ces deux-là sont inséparables comme le démontre bien l'histoire moderne de la Corée du Sud et de Taïwan, et comme le démontre déjà la Chine), souligne bien un fait incontournable de l'histoire du monde depuis trois siècles. C'est dans la liberté des échanges commerciaux et financiers, dans les garanties que les Etats et la communauté internationale apportent aux transactions économiques et aux titres de propriété, c'est dans l'existence d'un cadre juridique équitable et transparent que réside la richesse. Quels que soient les avatars du capitalisme et ses mutations constantes, c'est une pratique, une façon de vivre et de penser qui a contribué et contribuera beaucoup plus à l'humanité que tous les systèmes de contrôle sociaux, religieux et politiques. Ce livre est un plaidoyer éloquent, qui cite souvent l'histoire - et pour cause!

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