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    Courrier des Lecteurs

    Chronique des changes: Période du 5 au 16 Octobre 1992 : La glissade du Dirham continue

    Par L'Economiste | Edition N°:50 Le 22/10/1992 | Partager

    CAISSE du Dirham vis-à-vis des devises des deux premières puissances économiques mondiales (respectivement -1,13% vs Dollar et -0,65% vs Yen); en revanche, hausse du Dirham par rapport au reste des monnaies composant l'échantillon d'observation retenu pour cette chronique: les gains de la monnaie marocaine se sont échelonnés de +1,22% vis-à-vis de la Lire italienne à +2,78% par rapport à la Pésète espagnole, en passant par +1,58% contre l'Ecu.
    A moins d'une dizaine de semaines de 1993, si l'on compare les cotations notées Vendredi 16 Octobre à celles du 31 Décembre dernier, le Dirham aura perdu environ 5% de sa valeur vis-à-vis du Franc français, plus de 4,5% par rapport aux devises allemande et nippone, plus de 3% contre l'Escudo portugais, 1% vis-à-vis du Dollar et un demi pour cent contre l'Ecu européen. Quant aux devises dont les cours en Dirhams ont baissé (sensiblement d'ailleurs), ce sont celles ayant subi les plus fortes secousses de la récente tempête monétaire, à savoir, la Livre Sterling (qui perd plus de 10%), la Lire italienne (près de 9% de baisse) enfin la Pésète espagnole (-6,77% contre Dirham).

    Deux Dirhams pour un Franc

    Si l'on remonte plus loin encore, c'est-à-dire si nous tentons de mesurer le chemin parcouru par le Dirham depuis la fin de l'année 1990, les 5% de hausse de la devise japonaise impressionnent, de même que les gains (+4,8% environ) enregistrés par la monnaie que les Marocains surveillent le plus, le Franc français. "On s'achemine vers deux Dirhams pour un Franc", entend-on souvent dans les milieux d'Affaires, voire dans les discussions de salon. A dire vrai, il est tout aussi remarquable d'observer la modeste variation des deux devises (dont l'une est composite) qui comptent en définitive le plus dans la détermination de la valeur externe du Dirham: à savoir le Dollar américain (+1% seulement en 22 mois environ) et l'Ecu (un maigre +0,44% de hausse contre le Dirham). Cela témoigne, si besoin est, que l'objectif premier du régime de change pratiqué par les Autorités Monétaires marocaines est bien de stabiliser la valeur moyenne du Dirham, ce fameux taux de change effectif dont elles gardent si jalousement le secret de sa composition.

    Différentiel d'inflation

    Aussi, et c'est cela notre conviction, la prédiction d'un taux de change de "Deux pour un" n'a de chances de se réaliser à court terme que si Bank-Al-Maghrib, comme en Mai 1990, décide de "changer les règles du jeu" de ses cotations, soit en procédant à une dévaluation du Dirham par rapport au cours de référence du panier, soit (et le résultat serait sensiblement le même), si elle majore la pondération des devises dont elle anticiperait, avec raison, la dépréciation future sur les marchés des changes internationaux; ces devises entraîneraient alors dans leur chute le Dirham.
    Si toutes choses demeuraient égales par ailleurs dans le système de cotation de Bank-Al-Maghrib, il faudrait une chute considérable du Dollar contre l'ensemble des monnaies européennes et ce, vers des niveaux inédits (en-dessous du pair contre Deutschemark, hypothèse hautement improbable) pour que le scénario "Deux pour un" puisse se réaliser. En revanche, nous serions plus enclins à penser qu'à la faveur primo de nouvelles secousses monétaires en Europe (ruée vers le Mark et dans une moindre mesure, vers le Franc au nom de la "sainte alliance" entre la Banque de France et la Bundesbank), secundo d'une glissade "endogène" du Billet Vert (par exemple, en-deçà de ses récents records de baisse) on verrait des cotations de 1,75DH pour un Franc se réaliser assez rapidement. Celles-ci ne seraient pas "choquantes" dans le contexte actuel d'élargissement du différentiel d'inflation maroco-français (la France, principal partenaire commercial de notre pays, est, sur le front des prix, extrêmement vertueuse); ces niveaux de cotation seraient également un stimulant assez efficace pour les envois de fonds des émigrés marocains, et plus généralement, pour les entrées de devises au Maroc. Les organismes financiers internationaux -pour lesquels l'appréciation de l'indice des taux de change effectifs réels du Dirham, c'est-à-dire la moyenne pondérée des variations de la monnaie, déflatées d'un indice d'inflation, est le premier indicateur de surévaluation d'une monnaie- ne s'inscriraient sans doute pas en faux contre de telles assertions.

    Clintonomics

    Le prochain rendez-vous majeur pour les marchés est fixé au Mardi 3 Novembre 1992, date des élections américaines: les sondages restent impardonnables pour le Président sortant (de 10 à 15 points de retard accusé sur le Démocrate Clinton); les 3 débats télévisés avec ses deux challengers n'auront été pour Bush d'aucun secours. L'ère républicaine s'achèvera sans doute avec la fin de l'année; en tout cas Wall Street et l'ensemble des places financières internationales se résolvent de plus en plus à envisager l'installation à la Maison-Blanche du Gouverneur de l'Arkansas. Cerner les contours précis de la "doctrine" économique du candidat démocrate, le "Clintonomics", est, à ce stade, difficile, car le Démocrate est resté assez prudent dans ses déclarations. Ce qu'on peut en dire, schématiquement, est que Clinton croit à un redémarrage de l'économie américaine par des stimuli fiscaux (allègement de l'imposition des classes moyennes et alourdissement de celles des catégories les plus aisées), par l'augmentation des investissements dans le domaine de l'infrastructure, du Social et de l'Education... Quel intérêt cela représente-t-il pour les marchés des changes, et pour l'évolution du Dirham en particulier?

    Volatilité des changes

    Comme tous premiers éléments de réflexion, on peut imaginer que la victoire démocrate sera saluée instantanément par une défiance des marchés -républicains en majorité dans leur sentiment - vis-à-vis du Dollar; ce dont pâtira le Dirham, d'autant que perdurerait, du côté allemand, le statu quo sur le front des taux. En fait, ce sera la volatilité des changes qui prévaudra au cours de la période précédant l'autre rendez-vous majeur, Vendredi 6 Novembre, celui de la publication des chiffres de l'emploi non agricole:
    - si ces statistiques sont défavorables (destructions nettes d'emplois ou très faibles créations) la Réserve Fédérale (que ce soit Bush ou Clinton qui l'emporte) appuierait pour la énième fois sur la détente monétaire, aggravant le différentiel d'intérêt germano-américain, et la tenue du Dollar par la même occasion,
    - si les chiffres sont en revanche favorables, les marchés financiers commenceront alors à mieux "pondérer" le "New Deal" de cette fin d'année 92- début 1993. En d'autres termes, ils considéreront que le frémissement conjoncturel, dont témoigneraient des chiffres favorables de l'emploi, sonne le glas du processus de décrue des taux courts aux Etats-Unis; qu'en outre les taux longs sur le Dollar vont également se tendre du fait de la politique "clintonienne" d'endettement de l'Etat pour financer les investissements publics et les dépenses sociales; que la fin d'année sera, comme de coutume, favorable aux acheteurs de Dollars (car on observe en fin d'année une augmentation d'achats de marchandises, et de matières premières libellées en Dollars, ainsi que le phénomène de rapatriement des bénéfices par les grandes multinationales...); on anticipera alors que les Allemands, compte tenu de la multiplication des signes de ralentissement conjoncturel dans leur pays, céderont enfin aux pressions internes et surtout européennes de baisse des taux; enfin, on escompte qu'un réalignement au sein du SME (réévaluation du Mark, du Franc et des monnaies de la zone Mark, dévaluation supplémentaire de la Pésète, ainsi que celle de l'Escudo et du Punt irlandais) aura été opéré... Bref, les marchés ne seraient disposés à retenir de l'actualité, voire du champ des possibles, que ce qui les conforte dans leur politique d'achat de la devise de l'Oncle Sam.

    Brahim BENJELLOUN-TOUIMI

    Le Dirhams à 2 Francs Français. C'est la crainte dans les milieux d'affaires. Les secousses monétaires internationales le pousse à 1,75FF. Dans l'attente des élections américaines, la volatilité des changes domine.

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