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Culture

Chine-Maroc: Les yeux dans les yeux
Par Marie-France Jamal Alaoui

Par L'Economiste | Edition N°:2261 Le 24/04/2006 | Partager

Pédagogue et enseignante de formation, Marie-France Jamal Alaoui a longtemps résidé en Chine. Nos lecteurs connaissent ses écrits, notamment sur les minorités musulmanes, sur la pratique du Ramadan et sur les traits culturels chinoisJamais, depuis la reconnaissance par le Maroc de la Chine, il y a plus de 40 ans, les rencontres à très haut niveau, les visites de chefs d’Etat dans l’un ou l’autre pays n’ont atteint la fréquence de ces dernières années: en moins de 5 ans, que de visites réciproques! La Chine est devenue un leader (que commence à concurrencer l’Inde, et ses 8% de croissance en 2005, avec l’appui de l’Europe et des USA voulant équilibrer en Asie la puissance chinoise!)Le risque du terrorisme islamiste fait du Maroc, avec ses avancées démocratiques, incontestables et reconnues, un interlocuteur sérieux. De plus les industriels chinois non seulement envahissent la planète de produits made in China, produits de plus en plus high-tech, TIC, mais aussi s’implantent dans tous les pays, y prennent des marchés, et une diaspora chinoise, de plus en plus visible, s’installe et vite au Maroc. Il n’est donc pas étonnant que le président Hu Jintao, de retour de Washington où il aura rencontré le président G. W. Bush, fasse étape lundi 24 avril à Rabat. Mais il sera aussi en Arabie saoudite, au Nigeria et au Kenya. L’annonce a été faite par la Chine avec pour commentaire de promouvoir les relations entre la Chine et les pays arabes et africains. Le président chinois compte expliquer de manière détaillée, dit-on, la politique de la Chine envers les pays du Moyen-Orient et d’Afrique. Outre les questions politiques (souvent territoriales) dont vont débattre à coup sûr les chefs d’Etat, qui ont toujours fait paraître des communiqués assurant leur interlocuteur du respect de l’intégrité territoriale de l’autre Etat, en l’occurrence, le Sahara pour le Maroc et le Xinjiang pour la Chine. Curieux paradoxe: le Xinjiang est peuplé par les Ouïgours, des musulmans jadis cessessionistes, au point d’avoir tenté à quelques reprises d’établir une république dans la première moitié du XXe siècle. Ce territoire est agité et pro-Ben Laden. Mais le Xinjiang n’est ni connu ni soutenu par aucun des pays musulmans, contrairement au Tibet qui bénéficie d’une surmédiatisation internationale.Le développement économique de la Chine se manifeste, il est vrai, sous des formes nouvelles. Les sociétés étrangères s’intéressent à de nouveaux secteurs, ou modifient la structure de leurs montages juridiques, au fur et à mesure de l’évolution de la réglementation. Or toutes les grandes banques françaises implantées au Maroc sont aussi en Chine. A titre d’exemple, les Caisses d’Epargne investissent en Chine dans les services financiers, en prenant le contrôle de 35% de la société de conseil et de courtage Tx Investment Consulting.Le développement de la Chine se caractérise également par celui des investissements chinois à l’étranger. Lenovo, qui a bureau à Casablanca, après le rachat de la division PC d’IBM, est devenu le numéro 3 mondial du secteur. La Chine forme dorénavant plus d’ingénieurs que les Etats-Unis, l’Europe et le Japon réunis, ce qui permet aux grandes sociétés internationales d’y ouvrir, dans certains domaines, des centres de recherche et développement (R&D), à l’instar du groupe pharmaceutique suisse Roche à Shanghai. . Les écueils du rattrapageEnfin les leaders internationaux du luxe investissent un marché déjà fort de soixante millions de consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat équivalent à celui d’un cadre supérieur français. Le rattrapage économique chinois est toutefois confronté à différents écueils: la Chine n’a jusqu’à présent guère pris le temps de s’intéresser à l’environnement, à la santé publique et à la sécurité industrielle: on est bien loin du «bol de fer» égalitaire qui garantissait à tous un minimum : la Chine est désormais classée parmi les quatre pays les plus inégalitaires de la planète pour l’accès à la santé.C’est pourquoi il ne suffit pas que les Chambres de commerce marocaines ou installées au Maroc drainent une cohorte d’hommes d’affaires en Chine pour voir les opportunités d’importation (rarement de joint-venture ou d’exportation!!!!) Il ne suffit pas non plus que certains prennent quelques leçons de langue chinoise. Il ne suffit pas de dire «ni hao», ou «wo she mologo gen» pour prétendre à une compréhension de la mentalité chinoise. Une approche interculturelle, qui permettra de mieux cerner la mentalité chinoise dans sa stratégie, mais aussi dans sa complexité est, faut-il le redire à chaque fois, indispensable. Il faudra aussi réactiver l’association moribonde Chine-Maroc, la confier à ceux des Marocains qui, méprisant le titre ou le «m’as-tu-vu», connaissent réellement la Chine, sa mentalité, et ont le désir d’un véritable échange entre les deux pays, ce dont bénéficiera, grâce à une cohérence d’actions, le pays tout entier.


Chine-Etats-Unis, l’important et l’accessoire

Le rendez-vous USA paraît sans surprise tant la préparation a été intensive. Comme tout le monde, les USA dénoncent une invasion commerciale, une monnaie sous-évaluée, dit-on, de 35 à 40%, la contrefaçon et un protectionnisme pointilleux. Pékin a préparé ses concessions, à la chinoise: céder sur l’accessoire pour tenir bon sur l’essentiel, et la Chine, bonne joueuse, a déjà signé avec les USA pour 16,2 milliards de dollars de contrats, 80 Boeing 737, du logiciel et des puces Qualcomm pour Huawei et ZTE (0,6 MM$), 0,3 MM$ de coton, des voitures, du soja… Elle annonce la levée proche de l’embargo sur le bœuf américain (bloqué depuis 2003, pour cause de vache folle). Quant au piratage, la Chine compte désormais 300.000 policiers antipirates, qui ont arrêté en moyenne 6 faussaires par jour depuis 2000. Sous 3 ans, 50 bureaux de plaintes vont être ouverts. Et depuis le 1er avril, tout ordinateur importé ou exporté, doit être chargé de logiciel licite (Windows, Linux). Mais sur l’essentiel, sur le Yuan, rien n’a été dit ni ne le sera, sans doute! C’est une chose trop importante.


Commerce déséquilibré

Rappelons cruellement qu’en 2005, la Chine a principalement exporté vers le Maroc des produits alimentaires, énergétiques et des biens d’équipement pour un montant global de 1 milliard de dollars et que le Maroc a, pour sa part, exporté vers la Chine des produits halieutiques et des phosphates pour environ 68 millions de dollars. Le volume des marchandises chinoises, qui représente 5% des importations du Maroc, s’est accru de 42% en 2005 par rapport à l’année précédente.


Le détour arabe

AUTRE question: pourquoi ce détour par les pays arabes et africains au retour? Ces pays, outre qu’ils ont, pour la plupart, d’énormes ressources naturelles, qu’un bon nombre d’entre eux soient musulmans, souvent soumis de gré ou de force aux influences européennes et/ou américaines, sont stratégiques pour l’aire d’influence mondiale chinoise. La Chine d’ailleurs n’a pas pour autant renoncé à cultiver un partenariat stratégique privilégié avec Islamabad (musulman) qui permettrait de ralentir l’émergence de l’Inde en tant que nouveau pôle de puissance en Asie. Les accords conclus en 2005 prévoient la poursuite de la coopération dans le domaine du nucléaire civil, le développement des installations portuaires du Pakistan, qui offrent un accès privilégié à la Chine sur l’océan Indien et les voies de communication maritimes en direction des pays du Golfe. C’est donc à un véritable grand jeu que l’on assiste dans cette région du monde: Et puis quel clin d’œil de voir la Chine regrouper les pays musulmans sous son aile!

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