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Bâtiment : EBB sur le niveau de la restauration de monuments

Par L'Economiste | Edition N°:66 Le 11/02/1993 | Partager

L'entreprise marrakchie Bachir Belkhalfi est installée dans le Bâtiment-Génie civil. Mais elle s'occupe aussi d'artisanat. Ces activités l'ont fait participer à la restauration de la mosquée de Tinmel, avec la volonté de mettre la technique au service des arts traditionnels.

"C'est un concours de circonstances qui a amené l'Entreprise Bachir Belkhalfi (E.B.B.) à s'occuper de la restauration de la mosquée d'Ibn Toumert, explique M. M'hammed Moubjil, Administrateur-directeur général de E.B.B. Mais Tinmel a été pour nous l'occasion de nous exprimer, de mettre à profit toutes nos connaissances et nos capacités et réaliser ce que nous aimions. C'était comme un cadeau". Tout avait commencé en 1991: l'opération restauration était lancée de manière officielle et, très vite, les autres partenaires, l'O.N.A. et la Direction du patrimoine, conscients de la spécificité de l'intervention, ont choisi de faire confiance à E.B.B. "Nous nous étions rendu compte de la valeur du monument, cela a facilité le contrat, mais cette confiance nous a rendus doublement responsables", ajoute M. Moubjil.

Un ensemble de faits ont contribué à sensibiliser l'équipe de E.B.B. au caractère particulier de l'uvre de réhabilitation. M. Hamid Belkhalfi, fils du fondateur et actuel P.D.G., ainsi que M. Moubjil lui-même, ont eu l'occasion de s'occuper d'hydraulique sur un barrage en terre. M. Moubjil a également travaillé au L.P.E.E. (Laboratoire Public d'Etudes et d'Essais). Ajoutés à l'activité de feu Bachir Belkhalfi dans le domaine de l'artisanat (décoration de la grande Mosquée HassanII, du Pavillon marocain à Séville), le double penchant pour les arts traditionnels d'un côté et les sciences de la terre de l'autre ont rendu l'équipe particulièrement bien placée pour résoudre toute une série de problèmes techniques délicats. Ensuite, une collaboration fructueuse s'est développée entre E.B.B, le L.P.E.E. de Marrakech et le bureau d'études marrakchi, Aménagement Design, dont le directeur est un ancien du L.P.E.E.: trois techniciens parlant le même langage et accoutumés au travail de recherche et d'analyse.

La première phase a consisté en une investigation sur les lieux de l'ouvrage à restaurer. Une inspection visuelle conjointe entre les trois intervenants, réalisée sur les différents éléments de l'ouvrage, a permis d'établir un programme d'essais pour connaître la composition des matériaux constitutifs. L'analyse physico-chimique des matériaux anciens (plâtre prélevé, briques en terre cuite, mortiers de chaux...) a permis d'en déterminer la composition précise.

Lors de la seconde phase, la recherche, élargie sur toute la région, de matériaux sensiblement identiques, a abouti à l'exploitation de plusieurs gisements, celui d'Ijoukak en particulier. La construction de Tinmel avait fait appel à quatre corps du minaret, les briques (poteaux et arcades), le bois de cèdre, (toiture des "coupoles" et des portes). "Ce projet, déclare M. Moubjil, nous a fait dévier de notre métier d'entrepreneurs du Bâtiment-Génie civil. Nous avons pris conseil auprès des briquetiers et des potiers de Marrakech". Le bassin de la région, constitué de dépôts argileux charriés par les séguias d'irrigation traditionnelle, a été exploré parce que c'est là que ces artisans se fournissent le programme d'essais en laboratoire portant sur trois aspects:
- la terre destinée aux briques et aux tuiles (essais granulo-métrique par sédimentation, plasticité, données chimiques et minéralogiques;
- les mortiers d'enduit (essais granulo-métriques sous l'eau, essais sur mélanges terre + chaux + sable);
- enfin, des essais mécaniques sur des briques de mêmes dimensions que celles d'origine (33 cm au lieu de 20 actuellement) ont fourni des indications utiles sur les résistances à sec et les résistances humides.
La fabrication des matériaux destinés à donner son véritable visage à la mosquée a fait l'objet de soins particuliers. "Nous aurions pu nous contenter de l'acquisition des briques et des tuiles chez les artisans, mais les résultats des restaurations précédentes nous en ont dissuadés", ajoute M. Moubjil.
La recherche d'une qualité se rapprochant au maximum de "l'existant" a nécessité la construction d'un four propre à l'entreprise. De dimensions 6m x 6m et alimenté par sciures de bois, il a été monté en quatre semaines. Près de 196.000 briques et 40.000 tuiles y sont passées pour une cuisson de 24 heures à des températures de 800 et 1.000° centigrades, à raison de 2.000 unités par fournées.
Auparavant, briques et utiles avaient été soigneusement élaborées: préparation de la pâte de terre, pétrissage avec les pieds, affinage avec pétrissage manuel, séchage à l'ombre pour éviter la fissuration... Les enduits ont exigé un mélange de terre, de chaux (30 à 50%) et de sable silicieux (20%) et deux à trois semaines de "mijotage". Les "coupoles" et les portes ont demandé 70m3 de bois de cèdre de l'Atlas sélectionné, travaillé par la coopérative artisanale Al Bachir. Le chantier a mobilisé une soixantaine de personnes.
Le prochain travail de réhabilitation sera bientôt amorcé. Il s'agit de la restauration du minaret de la Koutoubia, construite par un autre souverain almohade: Yaâcoub El Mansour.

Entreprise Bachir Belkhalfi (E.B.B.)

Installée à Marrakech, l'Entreprise Bachir Belkhalfi (E.B.B.) est une S.A. au capital de 12 millions de Dirhams, entièrement marocaine, elle emploie 95 personnes à temps plein (dont 5 ingénieurs, 16 chefs de chantier, 1 informaticien) et 1.500 temporaires. La gestion est confiée à un conseil d'administration de sept membres, dont le président est M. Hamid Belkhalfi et le directeur général M. M'hammed Moubjil. Le chiffre d'affaires pour 1991 et 1992 s'est stabilisé à 65 millions de Dirhams après avoir grimpé jusqu'à 100 millions en 1986. E.B.B. est l'aboutissement d'une série de transformations. Le fondateur, Bachir Belkhalfi, né en 1907 à Marrakech, commence sa carrière dans le Bâtiment en 1926 comme apprenti. Il est maçon en 1929, chef d'équipe en 1931, chef de chantier en 1936, d'abord dans une entreprise française puis une autre italienne. Cette dernière expérience va le marquer en raison de la réputation des Italiens pour les travaux artistiques. En 1952, avec un associé, Ruiz, il fonde la société Ruiz et Bachir, polyvalente dans l'artisanat. Deux ans plus tard, création de la menuiserie Atlas. Cette association dure jusqu'en 1972, date à laquelle Ruiz se retire, vendant ses parts à son associé qui acquiert l'entreprise en son nom personnel.

En 1973, Bachir Belkhalfi rappelle auprès de lui son fils Hamid, ingénieur de l'EMI (Ecole Mohammadia des Ingénieurs), alors directeur-adjoint du barrage Moulay Youssef. M. Belkhalfi fils est rejoint par un autre élève de l'EMI, M. Moubjil qui lui-même avait travaillé sur ce même barrage, et avait ensuite intégré le L.P.E.E.

1976 constitue une date charnière, l'entreprise devient alors une S.A. Les réalisations sont nombreuses et importantes: restauration et extension du Palais El Batha à Fès, construction du complexe sportif Moulay Rachid à Casablanca (Sidi-Othman), construction de 2.300 logements dans le cadre de la résorption des bidonvilles à Ben M'sick, réhabilitation de la zone industrielle Sidi Ghanem à Marrakech. Le coût des projets tourne généralement autour de 30 à 40 millions de Dirhams.

Actuellement, E.B.B. est la 1ère entreprise entièrement marocaine à avoir construit une cimenterie ou des stades utilisant des techniques modernes. Le génie civil est son créneau porteur, la concurrence y est plus loyale. Le domaine où seules les entreprises étrangères étaient présentes jusqu'à ce jour, exige un certain niveau de technicité et de savoir-faire.

E.B.B. ne fonctionne qu'à 70% de ses capacités, mais les moyens ont aisément réalisé un chiffre d'affaires de 90 millions de Dirhams. Ses prix ne sont pas indexés sur le coût, "à cause de la concurrence du secteur informel et de l'application de la règle du "moins-disant", qui devrait être du "mieux-disant", combinaison entre le coût, la qualité et la garantie, et qui assure le bon aboutissement du projet", précise M. Moubjil.

K.L.

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