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Agriculture: L'arbre qui cache la forêt
Les chiffres sont menteurs…

Par L'Economiste | Edition N°:1605 Le 19/09/2003 | Partager

. La présentation des résultats céréaliers critiquée pour son manque de réalisme. Une bonne campagne, une notion très relative«C'est beaucoup trop de détails pour vous, vous n'aurez pas besoin d'autant pour votre article». Ce fonctionnaire de la Direction des affaires économiques du ministère de l'Agriculture est charmant, plein de prévenances. Il tente d'orienter la demande d'informations sur des schémas plus classiques, des moyennes globales…A l'autre bout de la chaîne, cet exploitant agricole ne décolère pas: “Vous gobez tout ce qu'on vous dit, les moyennes n'ont pas de sens sur le terrain, qu'est-ce qu'il y a de commun entre cette région où nous sommes une majorité de petites exploitations et les grandes plaines irriguées?”. En fait, une grande partie du problème agricole est là: le décalage entre le vécu des gens sur le terrain et les instruments que les pouvoirs publics utilisent pour conduire la politique agricole. Apparemment, le Maroc n'est pas le seul à vivre ce phénomène: dans les années 50-60, à l'installation de la PAC (politique agricole commune en Europe), le décalage existait aussi. Il a existé de la même manière en Inde, jusqu'à ce que l'on a appelé la Révolution verte qui concernait l'accroissement colossal des rendements des céréales.. Où est l'argent?Mais le fait que cette situation de décalage se soit déjà produite ne rend pas celui du Maroc plus facile à vivre…Ce que dénonce d'ailleurs un exploitant agricole: “Vous n'imaginez pas le décalage entre la réalité et les résultats présentés”. “Les informations officielles n'ont d'ailleurs pas de crédibilité dans notre milieu”, ajoute-t-il, sans prendre de gant. Comment donc lire correctement les résultats de la campagne agricole actuelle, surtout quand les détails demeurent inaccessibles, que le ministère est le seul à les détenir et à les diffuser? Les tentatives des producteurs d'agrumes d'avoir leurs propres données sont restées isolées: les céréaliers, les éleveurs qui dépendent directement des céréaliers, ne produisent aucunes donnée fiable sur leur branche.Par exemple, comment comprendre ce terrible chiffre du rendement national moyen de 14,8 quintaux à l'ha?Il est pourtant évident que tous les fellahs ne sont pas à un niveau aussi bas, puisque les experts s'accordent à penser que pour simplement rentrer dans ses frais, il faut que l'agriculteur obtienne un rendement de 12 qx/ha? “Même si la campagne est globalement bonne, grâce à la pluie, cela ne veut pas dire que le petit producteur aura , lui, un bon revenu”, explique un éleveur de la région de Sefrou. “Au souk, les prix chutent, dès que les acheteurs voient arriver la bonne campagne”. Autrement dit, grosse ou petite récolte, le revenu familial ne va pas énormément varier. Les banques (en dehors de la CNCA) qui ne s'intéressent au monde rural que les années de bonnes récoltes, disent pourtant que ces années-là, il y a de l'argent. Alors chez qui est-il, cet argent des bonnes récoltes? La question n'est pas anodine car une politique d'augmentation du niveau technique devrait utiliser ces capitaux, du moins en bonne logique. Or, s'il n'est pas chez les agriculteurs, il a peu de chance de servir vraiment à la modernisation. Plus subtil: il n'est pas chez tous les agriculteurs, alors comment repérer, dans un contexte social très marqué par les notabilités (voire l'économie agrarienne!), qui sont les fellahs vraiment performants, ceux sur qui s'appuiera la “révolution verte” marocaine?Ainsi posée par les opérateurs eux-mêmes, la question agricole montre que l'approche de l'Etat est une sorte “d'arbre qui cache la forêt”.. Perdu dans la routineLe niveau global de la récolte céréalière est un chiffre à fort contenu politique, à défaut d'avoir un contenu vraiment agricole. Certes les gouvernements ne peuvent pas faire tomber la pluie. Mais les bonnes années créent automatiquement un climat politique plus favorable, pas seulement pour les actions de stratégies agricoles… lesquelles sont d'ailleurs fort rares depuis trente ans.En dehors des “plans d'urgence” des années de sécheresse, la politique céréalière a été peu présente: la Touiza (labours collectifs relancés par feu Hassan II), les batailles féroces et feutrées entre groupes des pression et ministères pour la fixation du prix d'achat des céréales… et puis c'est tout. La stratégie des semences certifiées s'est un peu perdue dans la routine, sans que l'on ne cherche aujourd'hui à savoir ce qu'elle donne et qui en bénéficie. La politique des prix sur les engrais s'est perdue en cours de route.Aujourd'hui le ministère s'inquiète de ce que la consommation des engrais ne soit que le quart de ce qu'il faudrait, et du côté des semences, il en faudrait au moins trois fois plus.Si le chiffre global de la récolte est un chiffre très politique, par contre, ces utilisations d'engrais ou de semences ne sont pas des chiffres politiques. Pourtant ils devraient l'être, car ce sont eux qui donnent une idée de la modernisation de l'agriculture, de sa vraie capacité à résister à la globalisation… Et surtout de la capacité de l'agriculture à nourrir efficacement des villes de plus en plus grandes.L'agriculture marocaine est globalement loin du compte: il y a peu de tracteurs et la plupart de petite puissance, seulement un sur cinq faisant travailler un pulvérisateur. Ceci signifie que les champs ne peuvent pas être correctement traités, soit à la préparation des semis, soit contre les mauvaise herbes, soit encore contre les accidents tels que l'apparition de champignons ou d'insectes nuisibles. Cela signifie aussi que le niveau de la récolte va être à la merci de ces accidents de parcours… Il n'y a pas que la pluie et la sécheresse qui comptent!Du côté des semoirs, c'est encore plus maigre: un semoir pour 11 tracteurs. Les agriculteurs partagent volontiers le matériel qui ne sert pas en permanence, mais il y a une limite à la “communautarisation”: le bon moment durant lequel les champs doivent être ensemencés est court. Avant, c'est trop tôt, après c'est trop tard, le niveau de la récolte en dépend directement.Ce sont ces “petites choses”, ces “détails” qui font ou défont la bonne agriculture. C'est à ce niveau que les fellah, eux, réagissent. Et c'est là qu'ils trouvent que la vision politique nationale n'est pas bonne.Mouna KADIRI

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