×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Régions

Laveries collectives
Une bénédiction pour les oasis du Tafilalet

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4809 Le 05/07/2016 | Partager
L’expérience a réduit de moitié la pollution de l’eau de khettara dans certains ksour bénéficiaires
D’autres oasis souhaitent reproduire ce projet et commencent à chercher les financements
tafilalet_laveries_009.jpg

Alors que le lavoir traditionnel (Tabesbast) rejette les eaux chargées de produits polluants directement dans la seguia, la laverie collective recycle les eaux usées dans un bassin de filtration et n’utilise que des produits écologiques  (Ph. Association Eau du désert)

C'est dans l’oasis de Tafilalet qu’une expérience unique en son genre a pris pied depuis quelques années déjà: des laveries collectives. Ouaklim, Tabesbast, Izilf, Taltefraout et Magammane, sont cinq communes de la province d’Errachidia et Tinghir qui sont passées des lavoirs traditionnels, polluants, à des laveries collectives écologiques, pratiques et offrant plusieurs opportunités aux femmes. A l’origine de ce projet ambitieux, l’association française Eau du désert. L’association travaille depuis 2010 sur la préservation des khettarat de l’oasis de Tafilalet, et ce projet a réussi en quelques années à atteindre pleinement ses objectifs. La khettara, qui est un des plus vieux systèmes de gestion de l’eau d’irrigation à travers des galeries d’acheminement des eaux souterraines, subit les revers de la modernité. En effet, l’activité de lavage des vêtements, couvertures et tapis dans les seguias des oasis existe depuis toujours. Mais depuis quelque temps, l’utilisation des produits de nettoyage (eau de Javel, lessive chimique), a eu un effet néfaste sur la qualité de l’eau en aval du cours d’eau. Plus grave encore, ces eaux de lavage, par effet de filtrage dans le sol, arrivent au niveau des khettara, qui sont le réservoir permettant d’alimenter les puits. A travers le projet de laveries collectives, il est devenu possible de mettre un terme à la détérioration de la qualité de l’eau utilisée dans l’irrigation et la pollution de la nappe phréatique.
Ainsi, le premier projet de laverie collective a vu le jour à Ouaklim dans la province de Tinghir en 2009 en partenariat avec l’association DevelopPonts et l’association locale Imlil de Ouaklim. La laverie dispose de 4 machines à laver utilisant des boules de savon écologiques. Elle est reliée à un bassin de récupération des eaux de lavage, contenant gravier et sables pour la filtration, qui permet de réutiliser ces eaux dans l’arrosage des plantes du jardin. La phyto-épuration de l’eau continue à travers ces plantes. Par la suite, le projet a été reproduit dans la province d’Errachidia dans quatre communes, dont le dernier à Magammane, cercle de Goulmima, en août 2015. Le financement des projets est assuré via la participation des associations en charge de gestion, de l’association Eau du désert, de l’INDH, du Programme des oasis de Tafilalet, ainsi que la participation des communes. Les objectifs de l’ensemble des projets sont l’économie de l’eau, de plus en plus rare dans le milieu oasien, mais surtout la préservation de la qualité de l’eau des khettara. «La première analyse qualitative de l’eau de la khettara de Taltefraout après une année du démarrage du projet a démontré une diminution de la pollution de 50%», note Moha Maloui, membre de l’Association Taltefraout pour la culture et le développement. A Izilf, les agriculteurs ont d’eux-mêmes interdit aux femmes réticentes de laver dans la seguia, lorsqu’ils ont réalisé l’effet positif sur la luzerne l’année suivant le démarrage de la laverie.
L’approche genre est particulièrement présente dans le projet des laveries collectives, puisque celles-ci impliquent directement les femmes. Il faut rappeler que l’activité de lavage dans le milieu rural et oasien est un acte à forte portée sociale. Malgré les conditions difficiles (froid, chaleur, maladies de la peau liées aux produits abrasifs utilisés), le lavoir est le lieu de rencontre et d’échange entre les femmes du village. C’est presque un jour de congé, puisqu’il permet à la femme de sortir de la routine  de la maison et des travaux ménagers quotidiens. Il était évident que pour le passage vers la laverie collective, il fallait penser à une alternative pour combler ce besoin des femmes. Ce qui était prioritaire, c’est que les femmes reconnaissent l’utilité de la laverie d’abord pour leur santé et bien-être, et pour la protection de l’eau qui reste vitale pour toute l’oasis. «A Izilf, il y a encore quelques femmes qui continuent de laver dans la seguia.
En revanche, celles qui fréquentent la laverie ont développé des activités qui leur assurent une autonomie financière», assure un ancien membre de l’association Izilf pour le développement rural. Plus encore, le succès de l’idée est tel qu’elle attire de nouveaux clients venant en dehors des zones pour qui le projet était destiné au départ. Avec un prix attractif de 10 dirhams/10 kilos, les laveries attirent des institutions comme Dar Taliba qui apportent du linge jusqu’à l’oasis. Ce qui augmente considérablement les revenus des laveries. Le projet de laveries collectives est une expérience inspirante pour développer des pratiques durables de la gestion des ressources en eau, particulièrement dans les zones oasiennes. Le projet intéresse d’ailleurs plusieurs communes de Tinghir qui prennent contact avec les associations gérant les laveries pour développer leurs propres laveries et limiter les dégâts de pollution.

Du savon d’Alep au savon d’Errachidia

savon_alep_009.jpg

L’Insertion des femmes dans l’économie du ksar, à travers la création d’activités génératrices de revenus est un axe important dans le projet de laveries collectives. Avec le soutien des associations locales, beaucoup de ces femmes ont commencé des activités qui leur permettent de générer des revenus. Le savon d’Alep, écologique, qui était utilisé dans le lavage était au départ importé de Syrie. Aujourd’hui, il est fabriqué localement en respectant les normes écologiques requises, et en générant un revenu supplémentaire. D’autre part, à Izilf et Taltefraout, les femmes produisent du couscous, à Tabesbast elles font du tricotage, à Magammane elles fabriquent du savon.

De notre correspondante,
Sabrina BELHOUARI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc