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    Economie

    Dattes: Plus prisées, les variétés étrangères

    Par Ayoub IBNOULFASSIH | Edition N°:4799 Le 21/06/2016 | Partager
    Structuration du marché intérieur, principal défi du secteur
    Les variétés algériennes et tunisiennes, les plus demandées
    Seules 50% de la production est destinée à la consommation
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    Source: SID
    Le Maroc est 8e producteur mondial. Il dispose d'un profil riche et diversifié de plus de 453 espèces. 40% de la production est assurée par le Tafilalet et autant par la région du Sud-Est

    Majhoul, Bousakri, Boufeggous, Ablouh, Aziza… «Avec près de 117.000 tonnes, 2015 est une année exceptionnelle en termes de production de dattes». Rappelez-vous, les propos d’Aziz Akhannouch, ministre de l’Agriculture et de la Pêche maritime, il y a quelque mois à peine lors du dernier salon international des dattes tenu à Erfoud. Etrangement, la réalité est tout autre sur le terrain: le marché local des dattes est littéralement inondé par des fruits de provenances diverses. Une simple virée au fameux souk de dattes, à Derb Milan (la plaque tournante qui alimente l’ensemble du marché national), suffit pour se rendre compte de l’incapacité des produits locaux à séduire les consommateurs. En revanche, des variétés en provenance de Tunisie, Algérie, Emirats arabe unis, Egypt, Irak… viennent combler ce manque, avec un positionnement prix extrêmement compétitif. La ruée se fait sur les dattes algériennes et tunisiennes, en particulier le best seller Deglet Nour. Une variété molle, très sucrée, de couleur marron foncé, issue des palmiers dattiers sahariens, et dont les prix varient entre 30 et 35 DH/kg. Au début de Ramadan, ils ont atteint jusqu’à 55-60 DH/kg. Pour leur part, les dattes émiraties sont présentées plutôt dans un packaging raffiné (Date Crown, Barari) avec un positionnement prix compétitif, n’excédant pas les 40 DH le kilo. Un avantage de taille pour ces pays qui profitent de l’exonération des droits de douane sur leurs exportations en vertu des accords de libre-échange signés avec le Maroc. Ces mêmes accords préférentiels permettent à des pays comme Israël d’accroître leurs exportations de manière détournée vers le Maroc (voir encadré) moyennant des méthodes très peu orthodoxes. La production nationale est par conséquent moins attractive devant un choix de dattes étrangères de tous les calibres et marques aussi prestigieuses les unes que les autres. D’autant plus que les dattes marocaines, jugées parfois plus chères, se retrouvent devant une concurrence déloyale face à des groupements d’exportateurs qui bénéficient de subventions de toutes sortes.  
    Mais l’on ne peut rejeter l’entière responsabilité sur des concurrents étrangers qui ont su, certes, se montrer agressifs pour rafler des parts de marché. Au niveau local, une bataille sans merci est livrée entre des importateurs soucieux de liquider leur stock et des producteurs souvent organisés en GIE (Groupement d’intérêt économique) qui militent pour la promotion du produit local. La structuration du marché intérieur et la simplification des circuits de commercialisation figurent en effet parmi les priorités de l’Etat dans le cadre du programme de développement de la filière phoenicicole. L’installation d’unités d’entreposage frigorifique et de transformation de production sont les deux autres chantiers menés par l’Etat.
    Cette année, selon les données du ministère de l’Agriculture, le stock à la veille du mois de Ramadan s’établissait aux alentours de 92.062 tonnes contre un besoin de 30.000t, soit un excédent de 62.062 tonnes. Il va sans dire que la récolte nationale ne profite pas de la forte demande locale du mois de Ramadan du fait que la cueillette ne coïncide pas avec le mois du jeûne. Il faut attendre l’an 2020 pour que celle-ci tombe à pic avec Ramadan. Entre-temps, pratiquement toutes les variétés de dattes sont conditionnées dans des chambres froides avant leur mise en vente. En terme de commercialisation, la production reste majoritairement destinée au marché national (environ 50% de la production), 30% des dattes produites sont destinées à l’autoconsommation alors que 20% passent à l’aliment de bétail. En dehors de Ramadan et des fêtes spéciales (mariages…), les dattes ne font réellement pas partie des habitudes de consommation des Marocains. Pourtant, le Maroc est 8e producteur mondial et dispose d’un profil riche et diversifié avec plus de 453 différentes espèces, réparties dans 4 zones (Tafilalet, Drâa et Saghro, Tata et Guelmim puis à Figuig). Al Majhoul demeure de loin la variété la plus noble. Baptisé «Al Majhoul» en référence à sa provenance méconnue, ce fruit à la forme ovoïde allongé est extrêmement riche en teneur de pulpe. Cultivé, entre autres, dans les oasis de Tafilalet, et l’Oriental, il reste tout de même très sensible à l’égard du Bayoud (pathologie du palmier dattier). Le prix du Majhoul est dans une fourchette qui oscille entre 120 et 150 DH. Autre variété prisée: Bouskri. Elle se caractérise par sa consistance sèche et sa teneur en sucre. Peu résistante au Bayoud, cette variété est très appréciée pour son aptitude à se conserver. Son prix se situe aux alentours de 70 DH le kilo.

    Voies détournées

    Ce Ramadan, le marché se fait l’écho d’importations, par voies détournées, de dattes en provenance… d’Israël. Il s’agit de la variété Majhoul (qui est produite dans 3 pays au monde: Maroc, Etats-Unis (Californie) et Israël). Selon des associations de protection de consommateurs, ces dattes sont livrées  via des intermédiaires, sous un faux emballage avec la mention: made in Jordanie ou encore made in South Africa. Des associations ont alerté le chef du gouvernement sur cette affaire. Sur le même sujet, Mustapha El Khalfi a précisé qu’il n’y a pas «de relations commerciales officielles et directes» avec Israël. D’autres associations font des alertes autour de ces dattes israéliennes, qui «sont génétiquement modifiées». Elles ont saisi l’Onssa pour prélever des échantillons et faire les tests dans des laboratoires agréés. Dans ce contexte, le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanction)  lance une campagne au boycott de produits israéliens. Pour encourager les commerçants, BDS Maroc leur délivre une attestation symbolique en guise de reconnaissance pour «non commercialisation de produits sionistes». Un autocollant BDS est collé à l’attestation avec la mention «Free Palestine: Non à la vente de dattes sionistes».

     

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