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    Analyse

    Relance de la compétitivité: Le consensus introuvable

    Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:4788 Le 06/06/2016 | Partager
    Pour la CGEM, une économie basée sur les bas salaires est un pari risqué
    Elalamy: «La Chine, un point essentiel de ma stratégie»
    Pour Benkirane, l'Etat devrait se désengager de plusieurs secteurs
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    Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM: «En 5 ans, nous avons perdu 1,3 point de croissance. Le plus préoccupant est que ce ralentissement vient du PIB non agricole» (Ph. Bziouat)

    Deux sur cinq! C'est la note attribuée par la CGEM au Maroc sur les cinq critères de qualification de pays émergent (1). L'économie est ouverte et le marché intérieur soutient la croissance, mais les fragilités sont toujours là. Avec son franc parler habituel, qui ne plaît pas toujours au  gouvernement, Miriem Bensalah-Chaqroun s'est arrêtée sur la croissance, laquelle reste soutenue par la consommation intérieure qui croît plus vite que l'investissement. Ce qui signifie que le surplus de consommation est alimenté par les importations et crée des emplois et des richesses chez nos fournisseurs. Même si les nouveaux métiers du Maroc (automobile, aéronautique et chimie) sont des réussites, leur poids dans le PIB est encore modeste. «Nous avons une compétitivité en pointillés», souligne la patronne des patrons. Un argument qui semble interpeller  la thèse défendue par Moulay Hafid Elalamy. Le ministre Rniste surfe sur l'opportunité offerte par la hausse du smig en Chine, laquelle devrait se solder par la perte de 85 millions d'emplois dans «l'usine du monde» et dont une partie pourrait être récupérée par le Maroc. «Nous tentons d’attirer des investissements étrangers avec l’argument que les salaires en Chine deviennent plus chers qu’au Maroc. Aucun pays à travers l’histoire de l’industrie n’a bâti une économie pérenne sur des bas salaires. Dans tous les cas, ça ne marche qu’un temps», soutient Bensalah-Chaqroun.
    La réponse du ministre de l'Industrie ne s'est pas fait attendre: «La Chine est un point essentiel de ma stratégie. Je suis  preneur de tous les emplois et de toutes les catégories. Réglons les problèmes des Marocains  aujourd'hui et traitons la volonté d'émerger demain".

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    Non, il n'y a pas d'erreur. Le morceau de couleur violet qui manque pour le Maroc traduit bien la crise de la productivité totale des facteurs (PTF). Petit rappel: la productivité d'une firme traduit le rapport entre sa production et ses facteurs de production. Lorsque l'ensemble des facteurs de production sont pris en considération, l'on obtient la PTF. Celle-ci est un indicateur de l'efficience (une notion importante de la PTF) des facteurs de production: amélioration des process de production et/ou d'organisation du travail du fait d'un changement technologique, d'une innovation. En réalité, la PTF peut réagir à la crise d'offre et demande des entreprises mais aussi subir les contrecoups du climat d'investissement: financement, fiscalité... qui vont déterminer les conditions de l'efficience productive. C'est ce que le Maroc semble mal négocier selon les calculs de la Banque mondiale

    Pour la CGEM, le modèle de développement économique que le pays doit construire doit créer les conditions d’une compétitivité globale et non pas seulement des salaires ou des zones franches aux avantages sélectifs.  La patronne des patrons est revenue à la charge sur les contributeurs aux recettes fiscales: 10  sociétés assurent 25% des recettes de l’IS  alors que  75% des recettes de l’IR proviennent des salariés.  Une iniquité qui maintient une pression fiscale élevée sur «les bons élèves», selon la CGEM. «Nous devons améliorer nos recettes. Les opérateurs économiques doivent changer de culture sachant que plusieurs secteurs ne paient pas l'impôt. Le paiement de l'impôt n'est pas une punition mais contribue à la force du pays puisque plusieurs chantiers pourront être investis», indique Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement.  Il a également réagi à la demande récurrente du patronat d'intégrer dans le modèle de développement l’écosystème de l’informel puisque la contrebande étouffe l'industrie.
    Sur ce dossier, Benkirane tente de justifier la tolérance de l'informel: «C'est une politique poursuivie au Maroc pendant 60 ans. C'est elle qui a préservé le pays en 2011. Si on avait exigé le respect du smig et l'immatriculation à la CNSS, la moitié des salariés se seraient retrouvés dans la rue». Et d'ajouter que «la situation avait changé mais que l'on ne peut pas stopper tout d'un seul coup. Il faut une politique appropriée et un accompagnement pour tirer vers le secteur formel».
    Pour le chef du gouvernement, l'Etat ne doit plus continuer à remplir les mêmes missions lesquelles pourraient être transférées au privé: «Il faut alléger l'administration et offrir un cadre idéal aux opérateurs privés. Ce n'est que de cette manière que l'Etat pourrait s'attaquer à d'autres chantiers prioritaires». Car, actuellement, les finances publiques sont figées et ne permettent pas d'investir dans de nouveaux secteurs économiques puisque l'essentiel est consacré à la masse salariale, la dette et la compensations. Et donc l'investissement hérite du reste.

                                                                           

    Absentéisme des profs: Presque autant qu'en Syrie!

    Le pourcentage des enfants de 10 ans maîtrisant les bases de lecture est très faible. Malgré les budgets consacrés à l'éducation, les résultats ne suivent pas. Le constat est à nouveau dressé par la Banque mondiale. «Les enseignants sont souvent absents. Leur taux d'absentéisme vient juste après celui de la Syrie (pays en guerre depuis 4 ans) selon les enquêtes que nous avons effectuées», observe Shanta Devarajan, économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Mena. Il relève aussi que «la corruption»  constitue un obstacle à l'investissement.
    L'institution internationale a dressé une liste de défis que le Maroc doit relever pour réussir le passage à l'émergence. Le premier n'est autre que l'emploi. Surtout que, pendant les périodes de forte croissance, le taux d'emploi a diminué alors que le taux d'investissement était en hausse. «Le stock de la FBCF par rapport au PIB sur 10 ans vient juste après celui de la Chine et de la Corée. Cela montre qu'il y a un problème important dans l'allocation de l'investissement», souligne Shanta Devarajan.
    En tout cas, depuis les années 2000, l'augmentation du taux d'investissement a été assurée par le secteur public alors le privé est resté sur un niveau stable.

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    (1)  Le ministère des Finances et l'Association des membres de l'Inspection générale des finances ont organisé, jeudi 2 et vendredi 3 juin à Skhirat, un colloque international sous le thème "Quel modèle de développement pour l'entrée du Maroc dans le concert des pays émergents?". 

     

     

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