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    Enquête

    On achève bien les arbres et les palmiers à Casablanca!

    Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4757 Le 22/04/2016 | Partager
    Déboisement sauvage, déracinement, élagage sévère, transplantation à la va-vite…
    Des palmiers centenaires en voie de disparition
    160.000 arbres et palmiers, un patrimoine arboricole en déperdition
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    Sur le boulevard My Ismaïl, les ficus arrachés sur le terre-plein central sont jetés sans ménagement sur le trottoir d’à côté. Brachychiton Acerifolius, Sephora, Lagunaria, Chorisia, Washingtonia Robusta ... Une palette diversifiée d’arbres et de palmiers est représentée à Casablanca, mais le «Ficus Retusa» est l’arbre par excellence de la ville. Des centaines d’arbres de cette variété sont malmenés lors des travaux d’aménagement des voiries

    Des milliers d’arbres abattus! Des variétés détruites, des transplantations ratées … Voilà le triste sort réservé aux rares espaces verts qui vivotent encore à Casablanca. Les chantiers structurants ne se font pas sans dégâts collatéraux sur la végétation, les espaces verts ou encore l’environnement. Palmiers, ficus, peupliers, cyprès … plusieurs espèces, dont certaines presque centenaires, sont menacées par les travaux en cours sur les lignes du tram et les chantiers de voiries. Des artères entières sont dégarnies au fur et à mesure que les travaux sont engagés. C’est le cas notamment sur des boulevards comme Anoual, El Fida, 2 Mars, Abdelkarim El Khattabi, My Ismaïl, Nœud A (Hay Hassani), Abi Dor Al Ghifari (Bernoussi), Driss El Harti à Sbata (communément appelé bd des arbres par les riverains) … Les arbustes situés sur le terre-plein central (séparateur entre les voies de circulation) sont souvent les premiers à être arrachés pour dégager de l’espace en milieu de chaussée.

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    Rien que sur le tracé de la 1ère ligne de tram, plus de 4.000 arbres (transplantés ou abattus) ont été sacrifiés. Près de 2.000 autres le seront aussi pour la 2e ligne, dénonce un agronome-paysagiste, qui requiert l’anonymat. A ce rythme-là, des milliers d’arbres seront détruits avant la mise en service des 5 lignes prévues à l’horizon 2020.  
    De l’avis d’urbanistes, il est possible de modifier le tracé du tram pour épargner les arbres situés sur sa trajectoire. «Au lieu de passer au centre, les rails pourraient dévier tantôt à gauche tantôt à droite en sauvegardant les espaces verts», explique un architecte urbaniste.
    Parmi les plus exposés et menacés, une espèce rare de palmiers, baptisée: Phoenix Canariensis, dont le prix peut atteindre 30.000 DH l’unité! Ces palmiers des Canaries, hauts d’une vingtaine de mètres et plantés du temps du Protectorat (en 1929), sont aujourd’hui arrachés sur des sites comme la place Mohammed V (devant le tribunal et la wilaya). Certes, ils sont transplantés ailleurs, mais a-t-on respecté les règles de l’art en vigueur?

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    Le chantier de réhabilitation du parc de la ligue arabe ne se fait pas sans dégâts sur les arbustes. Si les palmiers et les arbres sur l’allée centrale sont épargnés, ce n’est pas le cas pour ceux situés en arrière-plan

    Selon des spécialistes en botanique, un arbre (et surtout un palmier) ne peut être transplanté directement après son abattage. «Tout d’abord, il faut prévoir le plus de motte possible. Ensuite, il faudra mettre l’arbre en jauge dans une pépinière avant de le transplanter dans son nouvel environnement», explique un botaniste. Il faut en plus observer certaines conditions: même nature du sol, bonne exposition au soleil, aération...  En cas de non-respect du mode opératoire, ces palmiers, très sensibles, meurent quelques mois après leur transplantation. Valeur aujourd’hui: plus d’un millier de cette variété noble de palmiers serait déjà en voie de disparition!
    Ce qui est bien dommage, vu qu’il s’agit de l’une des rares espèces de palmiers qui s’adaptent au climat des régions du littoral et qui ne nécessitent pratiquement aucun entretien. L’espérance de vie de cette espèce varie entre 150 et 200 ans! Cette variété peut atteindre plus de 20 mètres de hauteur. Bien évidemment ces précautions d’usage sont le dernier souci des entreprises qui décrochent les marchés communaux. Les promoteurs se préoccupent surtout de livrer leurs chantiers à temps et à moindre frais!

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    Le palmier des Canaries (Phoenix canariensis) est l’une des variétés les plus répandues sur le pourtour méditerranéen. Son tronc est unique et élancé, il peut mesurer jusqu’à 60 cm de diamètre, pour une hauteur dépassant les 20 m. Une vingtaine de Phoenix canariensis ont été déracinés lors des travaux sur le parking et la fontaine sur la Place Mohammed V

    Pis encore: certains arbres sont sévèrement élagués ou purement et simplement déracinés pour laisser place à des panneaux publicitaires qui poussent comme des champignons dans les principales artères de la ville. Peut-on se permettre un tel massacre environnemental en 2016, dans une ville qui manque cruellement d’espaces verts? Le Maroc, qui accueille cette année la COP22, devra donner l’exemple en matière de préservation de l’environnement et des espaces verts.

    Le constat aujourd’hui: Casablanca est loin de répondre aux standards internationaux en termes de ratio d’espaces verts par habitant. En effet, la moyenne y est de moins de 1 m2 par habitant (alors que la norme internationale préconise 10 à 12 m2/habitant en tant que seuil minimal). Paris en est à un ratio de 18 m2/habitant!
    Le ratio de la métropole est difficile à estimer, car il varie d’un quartier à l’autre. Les chiffres parlent de 0,35 m2 à Hay Mohammedi contre 6/7 m2 dans des quartiers comme Californie et Anfa.
    Ceci étant dit, les travaux sur les voiries, les ouvrages d’art … ne doivent pas servir d’alibi pour bétonner encore plus la ville. D’autant plus que Casablanca ambitionne de se hisser au rang des grandes métropoles du continent africain et de devenir un hub financier régional. Son plan de développement 2020 comporte d’ailleurs une importante composante «espaces verts».
    Au total, l’ensemble du patrimoine arboricole de la ville est estimé à 120.000 arbres et 40.000 palmiers. Aujourd’hui, des actions de mise à niveau des parcs existants (parc de la ligue arabe,  Sindibad, zoo de Aïn Sebaâ, squares, petits espaces verts…) sont engagées. Mais, il est aussi question de développer d’autres espaces à l’extérieur de la ville  (Bouskoura, Merchiche, Bernoussi…) et de  boiser la ceinture verte prévue par le SDAU (schéma directeur d’aménagement urbain) pour pouvoir revenir à une norme acceptable.

                                                          

    Quel budget pour les espaces verts?

    Pour gérer les 420 hectares d’espaces verts qui relèvent de son territoire, la commune urbaine de Casablanca a prévu un budget de 61 millions de DH en 2016. Cette enveloppe est consacrée à l’entretien courant des espaces verts, jardins et forêts. 4,5 millions de DH sont dédiés à l’achat d’arbres et de plantes. Quant à la facture d’eau destinée à l’irrigation, elle s’élève à 21 millions de DH.  Outre ces espaces verts relevant de la commune, d’autres sont gérés au niveau des arrondissements.

     

     

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