×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

    Risques de catastrophes naturelles
    La moitié des pertes proviennent des inondations!

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4757 Le 22/04/2016 | Partager
    axel_baeumler_et_olivier_mahul_057.jpg

    Axel Baeumler, économiste senior en infrastructure, et Olivier Mahul, responsable principal des finances et assurances pour les risques de catastrophes naturelles à la Banque mondiale (Ph. BM)

    Les deux co-chefs du projet d’appui à la gestion des risques inhérents aux catastrophes naturelles pour lequel la Banque mondiale vient de valider un prêt de 200 millions de dollars au Maroc expliquent ce qui serait demain le schéma de prise en charge.  

    - L’Economiste: Qu’est-ce qui ressort du diagnostic du dispositif actuel de la prise en charge des catastrophes naturelles?
    - Axel Baeumler:
    Comme dans beaucoup de pays à revenu intermédiaire, la gestion des risques de catastrophes naturelles au Maroc a été dominée par une approche réactive donnant la priorité à la réponse aux crises. Après chaque catastrophe, des programmes d’urgence sont déployés dans les zones affectées, souvent selon une logique de silos, par ministère et par type de risque.
    Conscient de ces défis, le Maroc a entamé depuis plusieurs années des réformes ambitieuses pour améliorer le niveau d’anticipation, de préparation et de réponse aux catastrophes naturelles. Dès les prémices de ce chantier, le gouvernement a fait appel à la Banque mondiale pour l’appuyer dans la mise en place d’une gestion intégrée des risques. Ce partenariat a démarré par une analyse des risques principaux auxquels le Maroc est exposé ainsi que par des propositions d’options pour mieux gérer ces risques, sur la base des bonnes pratiques internationales. Aujourd’hui, le Maroc s’engage sur des réformes intégrées visant à renforcer la résilience sur trois axes: institutionnel, physique et financier. En effet, les réformes vont permettre de construire une meilleure architecture institutionnelle pour une coordination améliorée des services de l’Etat,  investir dans la prévention à travers des investissement mobilisés via le Fonds de lutte contre les effets des Catastrophes naturelles (FLCN), et renforcer la résilience financière à travers un programme national d'assurance et de solidarité contre les répercussions des catastrophes naturelles.

    - L’inondation est le risque le plus récurrent. Quelle modalité de prise en charge voyez-vous pour l’agriculture?
    - Axel Baeumler: Effectivement, plus de 50% de l’ensemble des pertes liées aux catastrophes naturelles sont causées par des inondations. Par exemple, les inondations survenues à Guelmim en 2014 ont provoqué 47 décès et des pertes économiques se chiffrant à 600 millions de dollars. Les inondations touchent les zones urbaines aussi bien que rurales et par conséquent, affectent le secteur agricole. La réforme du Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles va permettre de co-financer des projets de réduction des risques  qui bénéficieront également au secteur agricole notamment à travers la construction de stations météorologiques pour émettre des alertes aux agriculteurs en cas de fortes pluies ou de sécheresse. En parallèle de ce programme soutenu par la Banque mondiale dans le cadre du Programme intégré de gestion des risques, le gouvernement développe aussi un programme d’assurance agricole visant à protéger les  agriculteurs.

    - Quel serait le schéma de financement équilibré entre la contribution de l'Etat et les ressources privées via l'assurance?
    - Olivier Mahul: La gestion financière des catastrophes naturelles repose sur un rôle prédominant du gouvernement, notamment dans les pays émergents. Il peut s’agir d’efforts considérables lorsqu’on pense aux inondations qui ont frappé Guelmim en 2014 ou au tremblement de terre d'Al-Hoceima en 2004.
    A l’échelle internationale, on assiste cependant depuis quelques années à un rôle croissant des assurances privées pour le financement de ces risques. Pour accroître sa résilience financière, le modèle du gouvernement  marocain s'appuie sur une approche duale: la mise en place d’un système d’assurance contre les risques d’événements catastrophiques combiné à un fonds public de solidarité pour les non-assurés. Cette approche permet une meilleure répartition des risques de catastrophes entre le gouvernement, les assureurs et les ménages et entreprises. En particulier, elle permet une meilleure protection des ménages les plus modestes. Il s’agit d’un modèle «gagnant-gagnant» pour l’Etat et pour les ménages: d’un côté l’Etat a une meilleure maîtrise des coûts associés aux désastres, de l’autre, les ménages pauvres ont l’assurance de recevoir une compensation financière en cas de catastrophe. Ce partenariat public-privé pour le financement des risques catastrophiques s’inscrit tout à fait dans la double mission de la Banque mondiale: soutenir la croissance et éradiquer l’extrême pauvreté.

    - Les biens résidentiels et patrimoines matériels des ménages ne sont pas du tout protégés. Rendre obligatoire l'assurance habitation peut-il être une réponse à ce constat?
    - Olivier Mahul: Comme dans de nombreux pays, le taux de pénétration de l’assurance est très faible au Maroc, mais en progression constante avec un secteur assurantiel dynamique. Le Maroc développe aujourd’hui un projet de loi dont l’objectif est d’améliorer la protection des ménages et des entreprises en cas de catastrophe naturelle. Il s’agit d’un programme ambitieux qui, non seulement indemnisera les dommages matériels, mais qui couvrira aussi les dommages corporels. Ce programme permettra une indemnisation en particulier des ménages les plus pauvres affectés par les catastrophes naturelles.

                                                                   

    Nouveau mandat du Fonds

    - Faut-il faire évoluer le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles?
    - Axel Baeumler: Le gouvernement a déjà entamé une réforme fondamentale en repositionnant le mandat du Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (FLCN) sur la prévention et la réduction des risques en amont et en instaurant un comité de pilotage de haut niveau pour une meilleure coordination. Ces changements répondent à un défi central que de nombreux pays connaissent: souvent l’Etat intervient a posteriori en cas de crise  et quand il est déjà trop tard. Grâce à son nouveau mandat, ce fonds va pouvoir intervenir de façon préventive en finançant des projets de réduction des risques par exemple, à travers des travaux de mise à niveau des infrastructures contre les risques d’inondation ou de séisme, visant en particulier les écoles et les hôpitaux, ou encore le renforcement des systèmes d’alerte précoce. Ces projets, sélectionnés dans le cadre d’appels à projets annuels, bénéficieront d’un co-financement et seront développés et mis en œuvre par les ministères techniques, les collectivités territoriales, les établissements et entreprises publics.
    Les réformes du FLCN pourront servir de base à la création d’un futur «Fonds national de résilience», vers lequel un certain nombre des pays s’orientent actuellement, et qui devient de plus en plus pertinent dans un contexte de changement climatique. Le nouveau fonctionnement du Fonds de lutte contre les catastrophes naturelles a ainsi été conçu pour tirer les leçons de façon progressive et améliorer ses activités au fur et à mesure.

    Propos recueillis par
    Abashi SHAMAMBA

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc