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Chronique

Le très ambitieux Monsieur Macron!

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4756 Le 21/04/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

Il a déboulé dans la vie politique française avec une étonnante rapidité. Auparavant, il n'était qu'un obscur fonctionnaire d'une illustre banque internationale. Il occupa par la suite le poste d'un conseiller non moins obscur de François Hollande. Et soudain, parce que le couple Hollande/Valls, gêné aux entournures par le gauchisme entreprenant d'un certain Arnaud Montebourg, a décidé de propulser le jeune et fringant Emmanuel Macron. A l'époque, succéder à Montebourg n'était pas une sinécure. Avec sa "belle gueule d'acteur latino-américain", son verbiage d'avocat retors, Montebourg semblait irremplaçable.
Une des grandes qualités de Macron est de l'avoir fait oublier en un temps record. Il est vrai qu'il a été aidé en cela par François Hollande qui avait investi sur son nom la gigantesque réforme de l'économie française. "Les lois Macron" ont capté lumières médiatiques et débats politiques. L'occasion pour le jeune ministre de dérouler son argumentaire et sa séduction. Il s'est même pris au plaisir quelque peu sadique de tirer le chat par la queue en provoquant l'héritage de la gauche et en titillant ses icônes. En l'espace de quelques sorties, Macron était devenu l'homme à abattre pour une gauche remontée contre les choix de François Hollande. Il n'est temporairement remonté dans son estime que lorsqu'en plein débat sur la déchéance de la nationalité, il adopta une position proche d'une rebelle comme Christiane Taubira, ministre de la Justice démissionnaire que d'un Manuel Valls qui a fait de l'autoritarisme clivant sa marque de fabrique.
Dans un casting gouvernemental quelque peu compassé, il apparaissait comme l'homme qui ose des vérités au risque d'adopter des postures insolentes, qui donne des coups de turbulence sur des secteurs menacés de paralysie et de conservatisme. Sa stratégie a eu pour conséquences immédiates de donner un terrible coup de vieux à Manuel Valls qui construisait patiemment son ascension et sa légende.

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Emmanuel Macron se trouve aujourd’hui au cœur d’un imbroglio politique qui rappelle les riches heures de la cohabitation à la française (Ph. AFP)

La popularité croissante d'Emmanuel Macron  lui indique que son message était audible et reçu avec bienveillance, que la France actuelle était à la recherche d'une telle posture, même si par la même occasion il s'est transformé en un chiffon rouge que la gauche orthodoxe adore détester. Il n'en a cure. Au contraire, il décide de tirer bénéfice d'une telle haine dont le dommage collatéral est de valoriser son profil et de pousser des forces à se coaliser pour le porter. Et il décide de tenter sa chance en creusant son propre sillon, en lançant son mouvement "En marche". Un mouvement encore illisible dans ses choix politiques, malgré la riche communication dont il a bénéficié depuis sa naissance. Se contenter de renvoyer la gauche et la droite à leurs turpitudes n'a jamais été un programme politique gagnant. La riche histoire des échecs répétés de ce qu'on appelle communément "le centre" est là pour l'illustrer. Mais ce mouvement apparaît déjà comme une machine à propulser un candidat et à lustrer un nom, celui d'Emmanuel Macron qui se trouve aujourd'hui au cœur d'un imbroglio politique qui rappelle les riches heures de la cohabitation à la française.
L'origine de la tension actuelle tient à ce double effet. Le premier est que Macron semble avoir pris le créneau politique et économique sur lequel un homme, tout aussi jeune et tout aussi impatient comme Manuel Valls, comptait investir pour exister aux côtés d'un François Hollande censé incarner le passé. Valls peine à contenir sa colère et son amertume à l'égard de son ministre de l'Economie qui prend un malin plaisir à le doubler sur sa droite. Le second est que "la virée Macron", clips de communication, interviews People, étalage de vie privée et exhibition d'ego, avait pour conséquence d'amplifier davantage les échecs du quinquennat de François Hollande que de participer à une quelconque réussite collective. Contrôlant une colère froide, le président Hollande avait parlé de "loyauté" en ciblant Macron. Dans le contexte actuel, cela équivaut à pointer une forme de trahison que la presse commence déjà à évoquer. Les derniers sondages qui donnent Hollande perdant au second tour dans tous les cas de figure, y compris celui où il doit affronter Marine Le Pen est de nature à accélérer les ambitions et rabattre les cartes.

                                        

Etoile éteinte

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C'est le sondage qui tue. Celui qui montre que non seulement François Hollande peut ne pas se qualifier au second tour des présidentielles mais qu'il va perdre même face à l'icône de l'extrême droite, Marine Le Pen. Il était de notoriété publique que son étoile était pâlissante mais ce sondage vient donner la preuve qu'elle est aussi définitivement éteinte. La politique n'étant pas une science exacte, le président et son entourage peuvent toujours parier sur un spectaculaire retour de la croissance ou un événement majeur. En tournée au Proche-Orient et harcelé par les journalistes de commenter les résultats de ce sondage, Hollande, fidèle à sa propension à faire des jeux de mots, leur a répondu que leurs prières sont les bienvenues. Dans ce contexte défavorable, les appétits sont ainsi aiguisés. Le président sortant est condamné à imaginer une grande initiative capable de retourner l'opinion: une participation aux primaires? Le lancement d'un référendum sur la réforme de la société française?  Le plus mortel pour Hollande serait l'inaction et l'attentisme.

 

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