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    L’assurance en quête de nouveaux relais...
    Le diagnostic de Mohamed Hassan Bensalah

    Par Mohamed BENABID | Edition N°:4750 Le 13/04/2016 | Partager
    La FMSAR organise dès aujourd’hui le rendez-vous de Casablanca de l’assurance
    Le digital bouscule les modes de fonctionnement
    Ce qui s’est réellement passé dans l’affaire de l’assurance agricole
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    Mohamed Hassan Bensalah: «Nous avons traité intelligemment avec l’autorité de supervision de grandes avancées réglementaires» (Ph. Jarfi)

    Si le secteur des assurances s’est consolidé, le dispositif prudentiel n’est pas achevé pour autant. Les derniers réajustements sur les délais de paiement des primes ont donné un avant-goût des impératifs de maîtrise des risques opérationnels consécutifs aux exigences Solvency. Dans ce  chantier de  la  solvabilité basée sur les risques, dont ceux liés au marché des capitaux, tout est une question de dosage, souligne Mohamed Hassan Bensalah, président de la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance. Il faut à la fois inciter à la prudence tout en dégageant de la marge à l’investissement en fonds propres. Dans cet entretien, Bensalah analyse la portée des chantiers décisifs pour ce marché qui pèse 35 milliards de DH en fonds propres et plus de 32  milliards de chiffre d’affaires.

    - L’Economiste: Est-ce toujours facile d’investir pour les assureurs avec des exigences prudentielles de plus en plus contraignantes comme celles de Solvency?
    - Mohamed Hassan Bensalah: Aujourd’hui, la norme de solvabilité en vigueur sur notre marché ne prend en compte que le risque de souscription avec toutefois un pilier «contrôle interne» en plus d’un rapport de solvabilité annuel. Ce dispositif permet au régulateur d’avoir une vision pertinente sur les risques qu’encourt l’entreprise. Ce qui nous attend pour l’avenir, est la construction avec l’autorité de supervision d’une solvabilité dite «basée sur les risques», dont ceux liés au marché des capitaux.
    Le tout est de calibrer la norme pour qu’elle puisse permettre aux assureurs de continuer à investir en Equity, tout en les poussant à une certaine prudence.
    Il faut savoir qu’en Europe, où la norme «Solvency 2» est entrée en vigueur au 1er janvier 2016, des travaux sont déjà en cours pour l’amender au 1er janvier 2018 afin de permettre aux assureurs d’accompagner des investissements productifs à long terme.

    - Le resserrement des délais de paiement des primes a provoqué une véritable onde de choc pour les assurés et les intermédiaires. N’y avait-il pas d’autres alternatives pour circonscrire les risques opérationnels?
    - Il devenait urgent pour notre secteur de mettre de l’ordre dans le paiement des primes d’assurance et leur reversement aux sociétés d’assurances, notamment en automobile. Une partie de la clientèle a pris la mauvaise habitude de payer avec beaucoup de retard encouragée parfois par quelques intermédiaires qui ont fait de la facilité de paiement un avantage concurrentiel. Certains d’entre eux se sont retrouvés asphyxiés et dans l’incapacité d’honorer leurs engagements vis-à-vis des compagnies.
    Quoi de plus normal que de payer sa prime pour être valablement assuré? Je trouve que c’est un faux débat.
    D’ailleurs, pour les assurés qui trouvent des difficultés à payer en une fois leur prime annuelle, les compagnies peuvent leur proposer des solutions adaptées.

    - Les présidences de groupement, ce sont aussi des bilans. Lequel revendiquez-vous pour la FMSAR?
    - Le bilan est avant tout celui d’une équipe. Nous avons un comité directeur constitué par les présidents des principales sociétés d’assurances généralistes. Et ensemble, nous avons réussi à donner à la Fédération plus de poids et plus de visibilité.  
    Nous avons traité intelligemment avec l’autorité de supervision de grandes avancées réglementaires. Je peux citer quelques réformes importantes comme celles concernant l’avènement de nouvelles obligations d’assurance, la refonte du code des assurances à différents niveaux dont celui lié à la solvabilité ou encore la mise dans le circuit législatif de textes importants comme ceux qui portent sur la couverture des risques catastrophiques et sur l’assurance Takaful.
    Je tiens à souligner également les réformes entreprises en matière de distribution et qui offrent plus de souplesse aux entreprises d’assurances pour la nomination de leurs agents et pour la vente à distance, sans oublier l’élargissement des types de produits que peut proposer le réseau bancaire.
    La coopération internationale n’est pas en reste, principalement avec nos confrères africains. Nous sommes signataire d’accords avec la fédération française, la fédération tunisienne et nous signons cette semaine même avec la fédération de la Côte d’Ivoire.
    Notre engagement africain prend encore plus de sens avec l’organisation à Marrakech, en mai de cette année, de la conférence annuelle de l’Organisation africaine des assurances et avec l’organisation, en février 2017, de la conférence de la FANAF (Fédération africaine des sociétés d’assurances de droit national africain) qui regroupe les marchés de l’Afrique francophone. Il s’agit là des deux plus importantes manifestations annuelles de l’industrie de l’assurance africaine.

    - Quelles perspectives de croissance externe pour le secteur. L’on remarque beaucoup d’offensives en Afrique chez les banques marocaines, mais très peu en assurance?
    - Je ne suis pas du tout d’accord avec vous. Les assureurs marocains sont au contraire très présents en Afrique et le seront de plus en plus dans les années à venir. Les banques ont en effet une longueur d’avance sur nous, mais le retard est en partie rattrapé. Saham est aujourd’hui présente dans plus d’une vingtaine de pays. Wafa Assurance et RMA Watanya affichent de vraies ambitions africaines avec une présence dans plusieurs pays du continent. D’autres acteurs étudient des opportunités et finiront par y aller très rapidement.

    - Quels sont aujourd’hui les chantiers prioritaires pour votre marché?
    - A mon sens, l’un des chantiers prioritaires est de continuer à travailler sur le développement des canaux de distribution et de l’offre produit pour améliorer le taux de pénétration.
    Un taux de pénétration élevé signifie clairement des personnes et des biens mieux protégés contre les aléas de la vie et de l’environnement.
    L’évolution de la distribution de l’assurance devra se faire intelligemment pour ne pas porter préjudice aux réseaux classiques tout en utilisant d’autres canaux qui peuvent être des leviers importants sur certains types de produits.
    Notre combat consiste également à faire prendre conscience aux pouvoirs publics que nous sommes un secteur incontournable dans la couverture santé de nos concitoyens et qu’il est également important de consolider notre rôle dans la complémentaire retraite à un moment où les systèmes de base connaissent quelques difficultés.

    - Quelles sont les fragilités qui persistent?
    - Je ne vois pas de fragilité particulière si ce n’est continuer à renforcer les capacités opérationnelles et les bilans de nos sociétés d’assurances pour leur permettre de mieux affronter les grands assureurs internationaux dans un monde de plus en plus globalisé.

    - L’opinion publique n’a pas bien décrypté ce qui s’est passé sur l’assurance agricole. Quel sens donner aux manœuvres sur ce dossier?
    - Pour remettre ce débat dans son contexte, il faut savoir que nous sommes un secteur qui joue un rôle, celui de protéger les biens et les individus quel que soit leur secteur d’activité.
    Nous avons été sollicités par le ministère de l’Agriculture qui  souhaite élargir la couverture d’assurance à une population spécifique avec un produit spécifique et les acteurs du marché ont fait une offre.
    Saham a souhaité répondre de façon individuelle, alors que d’autres compagnies ont préféré le faire dans le cadre d’un collectif pour mutualiser leur expertise, proposer une offre compétitive et bénéficier d’un réseau plus large.
    Au-delà de ces éléments, il n’y a vraiment rien à décrypter. Au sein de notre fédération, nous prônons une compétition saine tout en respectant les choix de chacun de nos membres.

    - Comment le métier de l’assurance pourrait se réinventer?
    - Le premier changement qui s’impose à nous provient du fait que l’ère du digital et du numérique va bousculer notre mode de fonctionner aussi bien au niveau de la distribution qu’au niveau du parcours client, sans oublier les possibilités offertes par le Big Data pour affiner l’offre produit.
    Il faut savoir aussi que de nouveaux risques apparaissent et nous allons devoir les mesurer, les quantifier, les tarifer et solvabiliser l’offre produit pour permettre aux agents économiques de se prémunir contre les conséquences liées à ces risques.
    Je peux citer les risques liés aux objets connectés, les risques cybernétiques, les risques climatiques, le risque terroriste…

    - Comment évoluent les habitudes de consommation du produit assurance chez les Marocains?
    - De manière générale, le Marocain n’est pas toujours très sensible au risque. Pour s’en convaincre, regardez le nombre réduit de concitoyens qui assurent leurs logements si ce n’est par obligation en présence d’un crédit bancaire.
    Il appartient donc à nos réseaux de distribution d’être mieux organisés et mieux armés pour aller à la rencontre du public cible afin de le sensibiliser et lui offrir des produits qui répondent à ses besoins.  
    Toutefois, le développement de l’assurance vie et capitalisation montre bien qu’au moyen de certaines incitations, notamment fiscales, nos concitoyens peuvent être stimulés pour souscrire des garanties d’assurance.

    Propos recueillis par
    Mohamed BENABID

     

     

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