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    Chronique

    Réforme de l’éducation
    A la recherche de l’élève perdu

    Par L'Economiste | Edition N°:4617 Le 30/09/2015 | Partager

    Après une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement, l’Economie participative et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education, la Formation et la Finance participative. Il est expert auprès du Groupe Banque mondiale pour le programme e4e au Maroc, et auprès de la Banque islamique de développement. Il réalise des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en Finance, Economie et Education, et professeur visiteur dans des universités françaises.

    En première lecture, la vision stratégique préconisée par le Conseil supérieur de l’enseignement, de la formation et de la recherche déclare placer l’élève au centre de la réforme. Rien de plus naturel, tant les visions qui placent les programmes ou les budgets au centre des politiques éducatives sont révolues. Mais l’élève est-il aussi présent dans cette vision qu’on semble l’annoncer? Pour s’approcher d’une réponse, posons une autre question, relative à l’articulation des missions d’éducation et de formation sociale dévolues à l’Etat autour d’une méta-fonction, celle de la constitution du capital humain.
    Peut-on imaginer un ministère qui accompagne la politique familiale en termes de mariage, veuvage et assistance à l’orphelinat, qui régule les flux de naissance en milieu rural et en milieu urbain, moyennant primes et congés parentaux, qui développe des programmes culturels d’éducation parentale par les voies ludiques et intellectuelles, qui crée les conditions d’épanouissement de la jeune enfance par les centres culturels, les clubs sportifs et les colonies de vacances, qui pilote la construction d’établissements scolaires, qui gère la production et révision des curricula et les insémine par l’encouragement à la production culturelle, qui forme les enseignants, les fait coacher et gère leur carrière, qui régit l’orientation vers les filières correspondant aux emplois requis et crée les conditions de l’insertion sociale et civique.

    Culture et éducation

    D’aucuns répondraient oui, c’est l’Etat. Mais les trois fonctions principales de l’Etat sont connues, depuis les travaux de l’économiste américain Richard Musgrave, pour être l’allocation optimale des ressources, la distribution géo-temporelle des richesses et du bien-être et la stabilisation des fluctuations de la croissance. Force est de constater que l’Etat n’est justement pas un ministère à vocation spécialisée, identifié par un organigramme hiérarchique clair, un logigramme de fonctions finalisées vers le même but et un esprit d’appartenance marqué par une identité propre. Or, les fonctions listées ci-dessus relèvent bien d’une finalité unique et ne sont pas si éparses, à l’image des responsabilités d’un Etat. Elles convergent toutes vers une mission générique: la formation du capital humain. Certes, cette mission est habillée d’une vision particulière, qui est en passe de perdre son universalité, et qui érige la famille comme espace d’incubation de la matière première de ce capital humain: enfant-élève-étudiant. Dans l’environnement occidental dominant, c’est la société comme institution de substitution à la famille qui occupe de plus en plus cette fonction. La vision proposée se distingue aussi par une symbiose entre deux secteurs, plutôt singulière dans notre environnement de pays en voie de développement, à savoir la prise en charge active et conjointe de la culture et de l’éducation. Dans les pays avancés, l’écosystème tissé autour d’un construit social assez cohérent se charge de la fécondation croisée entre la culture et l’éducation, sans force coordination entre les deux institutions de tutelle.
    Si dans le contexte des pays en voie de développement l’Etat déclare forfait pour la prise en charge de la formation du capital humain de sa première naissance à son insertion dans la société et dans le monde du travail, ce n’est pas par aversion au modèle totalitaire de l’Etat communiste, qui s’est fait fort de prendre le relais de la famille en libérant les prolétaires. Ce serait plutôt par manque de vision, doublé d’une forme d’incapacité d’action collective. En renonçant naturellement à cette vision holistique, l’Etat libéral n’a pas réussi à coordonner efficacement les actions de ministères comme celui de la Famille, de la Jeunesse et des Sports, de l’Education nationale, de la Culture et de l’Emploi.
    Aujourd’hui, la Région au Maroc est-elle mieux outillée pour le faire? Sur les plans juridique et institutionnel, oui. Sur les plans humain, organisationnel et de vision stratégique, je demande à voir. Les nouveaux "plans de développement régionaux" réussiront-ils à remettre l’enfant, l’élève et l’apprenti, noyaux du capital humain, au centre d’une politique cohérente et coordonnée par le biais des acteurs, pas seulement par le biais de la convergence des lois?
    En attente de la réponse à cette question, la vision stratégique 2015-2030 récemment publiée par le Conseil, procède-t-elle de la démarche que nous préconisons? Est-elle parvenue à placer l’enfant, en tant que vecteur de la formation du capital humain dans l’espace de la réforme?

    Elève, famille et enseignant

    Deux éléments de réponse s’imposent à l’examen des leviers qui décomposent le chapitre III, relatif à "l’école de la promotion de l’individu et de la société".
    1) La vision stratégique du Conseil supérieur a bien accordé une place au ferment culturel qui doit faire lever la pâte scolaire. Le levier 17 y est notamment consacré, et il préconise la consolidation de l’intégration socioculturelle. Mais c’est à l’école elle-même qu’il confie cette tâche, bien que l’article 100 recommande une approche intégrée des politiques publiques, appelées à être convergentes, et la mise en place de mécanismes de coordination et de passerelles entre l’école et les établissements culturels.
    2) En revanche, soulignons la limitation de l’intégration de la culture dans l’éducation au rôle des seules institutions, de façon à mettre l’école face aux théâtres, cinémas et conservatoires, en omettant le rôle d’acteur qui doit être dévolu à l’élément humain: d’abord l’élève lui-même et sa motivation, ensuite sa famille et son rôle d’encadrement, puis son enseignant et son rôle de stimulation. La vision semble considérer les institutions et les programmes comme vecteur central de l’imprégnation des apprenants du minimum culturel requis, alors que ce sont les acteurs, autant au sein de l’école qu’en dehors, qui en sont le vecteur principal. On aurait constaté la même insuffisance si l’on avait parlé de la formation spirituelle, avec un lien non intermédié entre l’école et les institutions religieuses que sont les mosquées ou les stations radio-télévisées coraniques. En revanche, sur le registre civique et citoyen, le levier 18 est un peu moins partial. Aux côtés de "l’approche pédagogique" et "des structures éducatives et institutionnelles", les acteurs pédagogiques ont mérité une petite place qui tient en deux lignes, et les familles sont judicieusement citées dans la relation de l’école à son environnement. Notre but n’est donc pas de dénigrer les avancées de la vision, mais d’appeler à y intégrer le processus de "formation sociale" de l’élève, sous peine d’en faire, à tort, l’objet malléable de la réforme, alors qu’il en est le sujet actif et réactif.

    Livré aux institutions de l’Etat

    Bien que constitutionnellement leur statut soit central, ce ne sont pas les institutions qui feront les hommes de demain. C’est plutôt une prise en charge transversale et articulée de tous les aspects de la formation (au sens générationnel) de l’apprenant qui lui permettra de devenir individuellement efficient et collectivement efficace, au service du développement. Des questions sociétales telles que l’immoralité et la violence des enfants, le déficit d’implication éducative des parents, l’absence d’éducation parentale, le défaut de motivation individuelle, compétitive, voire patriote des élèves… tout cela devrait avoir droit au chapitre dans la réforme. Réformer l’éducation n’est pas réparer les pannes des institutions.
    L’école de la réussite, c’est aussi, et de façon concomitante et articulée, améliorer la matière d’œuvre de l’éducation; j’ai nommé l’élève et sa famille. Comment l’améliorer? Par l’éducation. Mais ça se passe à l’école, alors? Non. En dehors aussi. Aurons-nous la conscience et l’initiative pour ne pas laisser l’élève livré aux institutions de l’Etat?

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