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Chronique

L’Occident et l’Islam
Détricoter le monde musulman

Par L'Economiste | Edition N°:4572 Le 21/07/2015 | Partager

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

Sans céder à une approche «conspirationniste», prégnante ici et là, il vaut de s’interroger tout de même sur un processus décliné depuis une dizaine d’années: celui de la dé-construction du monde musulman. Il s’agirait même d’une sorte de destruction étatique et civilisationnelle des pays musulmans. Le lancement en aurait été fait, en février 2004, lors de la Conférence de Munich sur la politique de sécurité sous l’égide de l’Otan. Il était inspiré par les travaux de différents think tanks américains (Rand, Carnegie Endowment, National Endowment for Democracy,…) ou allemands (Fondation Bertelsman,…). C’est une stratégie commune euro-américaine en deux points; un processus méditerranéen de l’Otan et de l’UE, une déclaration pour un avenir commun pour tous les pays du Proche-Orient et du Moyen-Orient. Au menu, ce qui suit: imposition de réformes, promotion des ONG et de la société civile, dialogue interreligieux, droits de l’homme, égalité homme/femme en particulier pour le monde musulman dans son ensemble. Toutes ces mesures devront être découplées sur l’intégration de leurs économies. Cette modernisation est jugée comme décisive pour la sécurité commune au XXIe siècle. Tout cela épouse les objectifs du «Grand Moyen-Orient» de l’Administration Bush, rebaptisé «Nouveau Moyen-Orient» en 2006. Cette même année, une revue militaire proche du Pentagone, Armed Forces Journal (AFJ), publie sous la signature de Ralph Peters, un article de fond présentant une carte de recomposition du Proche-Orient sur la base de critères ethniques et religieux. Elle bouleverse toutes les frontières actuelles. Elle reprend les travaux de l’islamologue britannique Bernard Lewis – proche de Zbigniew Brzezinski, conseiller du président Obama – et met en relief le «choc des civilisations», un titre repris par Samuel Huntington dans son livre à succès. L’idée est simple: il faut balkaniser le monde musulman – une recomposition basée sur le vieux principe «diviser pour régner». Que propose-t-elle? Rien de moins que la création d’un «Etat sacré islamique» avec La Mecque et Médine dans une Arabie saoudite reformatée et pratiquement éclatée. Cela permettrait de contenir le wahhabisme dans le strict cadre des frontières de ce pays. Et dans ce montage, les Lieux Saints seraient dirigés par «un Conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements de l’Islam dans le monde au sein d’un Etat sacré islamique». En somme, une sorte de Vatican musulman où la foi et son avenir seraient débattus au lieu d’être arbitrairement fixés.
Le  paradigme mondialiste de l’axe euro-atlantique estime que l’intégration du monde islamique, en l’état, n’est pas possible si l’on ne modifie pas ses référents religieux qui pèsent tant sur la rigidité et les ressorts politiques, économiques, sociaux et psychologiques de la majorité des sociétés musulmanes. Les tenants de cette thèse invoquent l’évolution intervenue dans le monde chrétien et la doctrine catholique rejoignant l’idéologie mondialiste, dans le cadre de l’établissement d’une organisation juridico-politique de la communauté mondiale dans le Temple des Nations unies. Cette politique de dissolution et de recomposition s’appuie sur plusieurs paramètres: l’activation de l’altérité et même des luttes sunnites-chiites, l’exacerbation des tensions entre musulmans et chrétiens, une confrontation avec le sionisme. Ce qui se passe aujourd’hui notamment en Syrie et en Irak ne participe-t-il pas de cette approche d’éclatement de ces Etats sur une base confessionnelle et communautariste? Ce calife autoproclamé, El Baghdadi, avec Daech n’en est-il pas un instrument opératoire? Tout paraît se passer comme si d’un tel magma en fusion, de ce chaos qui se généralise donc, devait émerger un «Islam des Lumières» pouvant alors intégrer les dogmes de la gouvernance mondiale. Mais tous ces processus désirés et encouragés sont-ils réellement maîtrisables? Rien n’est moins sûr dans la mesure où la violence et la barbarie qu’ils induisent et génèrent s’autonomisent, les moyens s’identifiant à la fin.
C’est qu’en effet l’islamisme dans sa version «activiste» et de combat qu’est le djihadisme est aujourd’hui la principale menace sur la paix et la sécurité internationales. Il y a là, dans le «renouveau» islamique, une donnée particulière: celle d’une novation structurelle du système international. Il n’y a pas si longtemps encore, prévalaient à cet égard trois grands clivages: la division politique Est-Ouest, le partage et le différentiel économique Nord-Sud, enfin la rupture culturelle Occident-Islam. Tel est le moins en moins le cas du fait du rebond de cette religion, de ses capacités de  mobilisation et de la dynamique sociale et historique qui la caractérise. Si l’Occident paraît bien s’échiner à «détricoter» l’Islam, l’islamisme, lui, veut retricoter l’ordre international autrement, sur la base de ses référents idéologiques. Un double front est ainsi ouvert. Le premier a trait à l’investissement dans l’évolution interne des pays. Quant au second, il regarde l’exportation du terrorisme dans des pays occidentaux pour donner à la confrontation une dimension globale.
L’islamisme est une construction idéologique; l’Islam ainsi instrumentalisé ne remplit pratiquement qu’une fonction cosmétique – une parure servant de paravent à un projet politique. Il veut mettre à bas des structures étatiques et interétatiques en place pour leur substituer une vision particulière des réalités internationales mêlant une perception islamique, une dialectique révolutionnaire et un discours antioccidental. La recomposition ainsi projetée – face à la décomposition imputée à l’Occident – a des conséquences désintégratrices à l’intérieur des pays musulmans. Elle les fragilise; elle pénalise la construction démocratique confrontée aux exigences sécuritaires; elle place face-à-face musulmans et non-musulmans ainsi que les laïcs et les religieux ou encore les nationalistes et les internationalistes islamiques. De quoi mettre en cause une cohésion sociale déjà passablement fragile en y incluant l’intolérance, l’excommunication et le «takfirisme» dans un climat de violence.

Le djihadisme et la mort

LES mouvements djihadistes présentent une supériorité de fait par rapport à tous ceux qui les combattent, en particulier les Occidentaux: celle de leur rapport à la mort. En Occident, le concept de «guerre propre» prévaut parce que la mort effraie les civilisations occidentales et choquent la conscience populaire. A l’inverse, les djihadistes instrumentalisent la violence comme référent de solidarité entre leurs membres. Mourir en martyr n’est pas seulement un simple moyen: c’est un but ultime, une fin glorieuse et héroïque, un sacrifice – «mourir sur la voie de Dieu…» L’acte violent jusqu’au martyr est ainsi absolument volontaire et réfléchi – l’endoctrinement et le lavage des cerveaux aidant… S’ils sont incontrôlables, les djihadistes agissent cependant de manière très contrôlée, dans un but précis. Autant de facteurs qui paralysent quelque peu la lutte antiterroriste. Les attentats et les conflits terroristes contemporains sont «hors-norme» par rapport à la guerre classique: indétermination de l’espace spatio-temporel exception faite de Daech en Syrie et en Irak, structures de commandement variables et délocalisées, cibles désignées arbitrairement. Une situation de nature asymétrique liée à une multitude de conflits distincts. D’où la difficulté à y apporter une réponse stratégique et opérationnelle surtout que le coût de la vie – et de la mort – est sans commune mesure dans les deux camps.

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