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    Analyse

    Zouhair Chorfi: «Mon projet pour l’Organisation mondiale des douanes»

    Par L'Economiste Abashi SHAMAMBA | Edition N°:4554 Le 24/06/2015 | Partager
    Accélération de la mise en réseau des administrations douanières
    «Nous sommes d’abord des facilitateurs des échanges internationaux»
    Elaboration des indicateurs de performance, sûreté aux frontières

    Le directeur général de la Douane vient d’être élu

    Zouhair Chorfi, directeur général de la Douane: «Nous devons accélérer le travail d’interconnexion de nos systèmes d’information»

    pour un deuxième mandat à la tête de l’Organisation mondiale des douanes (OMD). Pour les douaniers du monde entier, la facilitation des échanges reste le cœur du métier. Mais ils doivent revisiter leurs process face au développement du commerce électronique et au défi que pose la menace terroriste. Deux piliers du plan d’action que Zouhair Chorfi a présenté à ses pairs.
    - L’Economiste: Vous venez d’être reconduit à la présidence de l’Organisation mondiale des douanes. Quelles sont vos priorités pour ce nouveau mandat?
    - Zouhair Chorfi:
    L’Organisation mondiale des douanes regroupe 180 pays. Le dernier à l’avoir rejoint est la Palestine dont l’adhésion vient d’être proclamée. Elle a plusieurs prérogatives, mais c’est  d’abord un espace de diffusion des meilleures pratiques, de réflexion sur l’ensemble des questions douanières. Le spectre est très large et concerne notamment la sécurisation de la chaîne logistique, la facilitation du commerce, la mise en réseau des administrations douanières, etc.
    L’OMD fonctionne souvent avec des groupes de réflexion et des comités techniques composés d’experts. Ces derniers formulent des propositions et des recommandations qui sont adoptées par le Conseil. Elles sont ensuite traduites en feuille de route, qui nous permet de partager un certain nombre d’objectifs et de visions stratégiques. Notre agenda s’enrichit au gré des exigences et du contexte. Ainsi, par exemple, la mise en œuvre de l’Accord  de Bali sur la Facilitation des échanges est devenue une question centrale de nos travaux. Nous nous la sommes appropriée car sans l’implication des administrations des douanes, la volonté de faciliter les échanges restera lettre morte. Par ailleurs, les questions de sécurité prennent une dimension accrue du fait du contexte actuel au niveau international.
    - Comment se décline votre plan d’action?
    - Nous avons décidé d’orienter les travaux de l’Organisation autour de quatre dimensions. La première est la douane numérique. Le développement du commerce électronique nous pousse à repenser nos process. Au sein de l’OMD, tout un chantier est consacré à cette dimension en vue d’accélérer la mise en réseau des douanes. Nous devons faire en sorte que nos systèmes d’information soient accessibles à tous les membres du réseau. Ainsi, par exemple, un douanier marocain qui traite une marchandise importée peut accéder à la déclaration effectuée à la douane du pays d’origine pour s’assurer que les informations sur la valeur, l’origine et le volume sont les mêmes. Pour autant, nous avons  besoin d’une vision stratégique sur la douane numérique et asseoir une logique de veille pour déboucher sur la dématérialisation, la douane avec zéro papier, la réduction de délais…
    Le deuxième chantier consiste à élaborer des instruments de mesure de la performance. L’indicateur le plus usité est le délai de séjour des marchandises au port. Bien souvent, les indicateurs n’ont pas le même contenu et ne sont pas homogènes. De plus, la performance douanière est souvent mesurée par plusieurs organismes. Le Doing Business de la Banque mondiale comporte l’indicateur «commerce transfrontalier». L’OMC développe par contre un indicateur traitant, lui, de la «facilitation». L’Organisation mondiale des douanes n’a jamais élaboré ses propres indicateurs. Il était temps qu’elle s’y mette.
    La mesure de la performance douanière reste un exercice difficile vu que les contextes des uns et des autres sont différents. Nous avons mis en place une vingtaine d’indicateurs en rapport avec les piliers de l’OMD. Ils couvrent la simplification, le contrôle, l’existence de système de ciblage du risque, le système de renseignement… Nous avons déterminé ces indicateurs dans une logique d’auto-évaluation. Dans une deuxième phase, nous comptons établir des moyennes pour avoir des possibilités de comparaison. Les indicateurs de performance des douanes sont importants car ils orientent la décision des investisseurs dans l’arbitrage sur les pays d’implantation.
    - Où se situe le Maroc par rapport au délai de séjour des conteneurs au port?
    - Si l’on prend le Doing Business de la Banque mondiale par exemple, le Maroc est classé 71e. Au niveau de l’indicateur «commerce transfrontière», il est passé en cinq ans de la 81e à la 31e position. Cet indicateur mesure trois éléments: le délai de séjour de la marchandise, le coût que représente le passage d’un container à l’import et à l’export ainsi que les documents nécessaires au dédouanement. C’est sur cet indicateur que le Maroc est le mieux classé.
    - La menace terroriste pose un défi stratégique aux douanes…
    - Effectivement. La dimension «sécurité» est le troisième axe de notre plan d’action. Les douaniers sont concernés par ces menaces car ils sont à la frontière. D’où l’intérêt d’une coordination entre les différents corps. L’OMD coopère très étroitement avec Interpol. Nous avons choisi comme thématique centrale de cette année «la gestion coordonnée des frontières» pour identifier tous les espaces de progrès possible. Tous les membres de l’Organisation sont conscients que sans un environnement stable et sécurisé, il ne pourrait y avoir d’investissement ni de croissance économique.
    Quant au quatrième axe de notre plan d’action, il porte sur la nécessité pour les pays membres d’élaborer une planification stratégique. L’OMD dispose d’excellents instruments de planification, qui sont déclinés au niveau régional. Ainsi, nous avons élaboré un plan stratégique pour la région Mena avec les autres collègues directeurs généraux des douanes arabes. Mais nous ne disposons pas d’instruments pour déterminer si ces plans stratégiques

    Le directeur général de la Douane s’exprime devant l’assemblée générale de l’OMD à Bruxelles juste après son élection pour un deuxième mandat à la présidence de l’Organisation

    ont été effectivement mis en œuvre. Il faut signaler également qu’il y a des disparités entre régions. L’Amérique latine, par exemple, n’avait pas de plan stratégique. A présent, elle en a un. L’OMD incitera chaque région à mettre en place une vision stratégique triennale en fonction de ses problématiques.
    L’autre thème que je souhaite approfondir au cours de mon mandat concerne la dimension des groupements régionaux. Il y a aujourd’hui, de par le monde, près de 600 accords de libre-échange, soit signés, soit en cours de discussion. Ces accords interpellent les instruments de l’OMD qui avaient été construits d’une logique nationale. Aujourd’hui, les pays sont un élément d’un ensemble plus grand.   
    - Les égoïsmes nationaux vont-ils s’effacer devant ces bonnes intentions proclamées au sein de votre organisation?
    - L’OMD est l’une des rares entités qui travaille dans un partenariat renforcé avec le secteur privé. Il y a un groupe «secteur privé» qui était, jusqu’à présent, composé de multinationales et de grandes entreprises. Il n’était pas assez représentatif. Lors de la dernière assemblée de l’OMD à Bruxelles, nous avons revu sa composition ainsi que sa configuration régionale afin d’intégrer toutes les régions. Pour la région Mena, c’est la CGEM qui a été désignée pour représenter le secteur privé au sein de l’OMD.
    Bien sûr que le secteur privé a des attentes particulières, nous savons que le monde d’aujourd’hui est un monde de rapports de force. On ne se fait pas d’illusion là-dessus, mais en tant que Douane, notre rôle est de faciliter les échanges internationaux et par-delà, assurer la croissance. Nous avons un bon slogan à l’OMD qui résume tout: «Les frontières séparent, les douanes rapprochent». Mais nous ne sommes pas naïfs. Les accords de libre-échange, notamment les règles d’origine, traduisent un rapport de force. Elles changent d’un accord à l’autre.

     

    Emetteur de normes

    ORGANISATION intergouvernementale composée de 180 membres, l’Organisation mondiale des douanes (OMD) est considérée comme le porte-parole de la communauté douanière internationale. Elle élabore des conventions, instruments et outils, règles d’origine, sécurité de la chaîne logistique, facilitation des échanges internationaux, lutte contre la fraude, lutte contre la contrefaçon en veillant au respect des droits de propriété intellectuelle (DPI), promotion de l’éthique et renforcement durable des capacités pour l’application de réformes et de modernisations douanières. L’OMD gère en outre la nomenclature internationale des marchandises appelée Système harmonisé (SH) et les aspects techniques des Accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur l’évaluation en douane et les règles d’origine.
    L’OMD bénéficie d’une reconnaissance internationale en tant que centre mondial des compétences douanières. Elle joue un rôle clé dans les débats d’aujourd’hui, pour le développement, la promotion et la mise en œuvre des procédures et des systèmes douaniers modernes. Elle est à l’écoute des besoins de ses membres et de son environnement stratégique. Ses instruments ainsi que les meilleures pratiques qu’elle a adoptées sont considérés comme fondamentaux pour une bonne gestion des administrations douanières dans le monde entier. L’OMD a pour mission principale d’améliorer l’efficacité des administrations membres et donc de les aider à réaliser leurs objectifs nationaux dans les meilleures conditions, à savoir la perception des recettes, la sécurité nationale, la facilitation des échanges, la protection de la société et le recueil de statistiques commerciales.

    Propos recueillis par
    Hassan EL ARIF & Abashi SHAMAMBA

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