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    Chronique

    La difficile représentation de l’Islam de France

    Par L'Economiste | Edition N°:4553 Le 23/06/2015 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale

    C'est devenu presque un marronnier de la République... Comment organiser l'Islam de France pour que les représentants de cette religion deviennent des véritables interlocuteurs des pouvoirs publics? La question avait conservé sa pertinence pendant des années. Aujourd'hui elle est devenue brûlante. Le gouvernement Valls et le ministre de l'Intérieur et des Cultes, Bernard Cazeneuve, en ont fait une affaire prioritaire. Les raisons de cet intérêt brusque sont venues dans le sillage des attentats terroristes qui ont frappé la France en janvier dernier.
    A cette époque, s'est posée avec une grande acuité la question de l'encadrement religieux des musulmans de France et la capacité des structures existantes à résister aux discours religieux radicaux en provenance de l'Orient. La République s'est rendue compte à cette occasion avec quelle facilité les laveurs de cerveaux pouvaient se balader librement dans les mosquées de France et se livrer à ce travail d'embrigadement qui aboutit à produire des frères Kouachi et de Merah.
    Le constat et le diagnostic fait par le ministère de l'Intérieur sont terribles pour le fameux Conseil français du culte musulman, le CFCM. Il lui est reproché en des termes à peine voilés sa non-représentativité et son manque d'efficacité et sa paralysie à travers des antagonismes chroniques. Le CFCM, création de Nicolas Sarkozy, semble à bout de souffle. La stratégie de Bernard Cazeneuve est de la contourner par le biais de la création d'une instance du dialogue avec l'Islam.
    Le contourner en douceur, sans casse, sans décisions brusques. Un travail de réflexion, d'analyse et de prospection au tour des thématiques consensuelles comme la gestion et sécurisation des lieux de culte, la lutte contre les actes islamophobes, le statut et formation des cadres religieux, l'image de l'Islam dans les médias, les pratiques rituelles.
    Cette instance s'est réunie dans un grand brouhaha médiatique. Devant le Premier ministre Manuel Valls ou celui de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, les 150 nouveaux membres, tous issus de la société civile, ont été tentés d'adopter la posture fort grisante des nouveaux recours, tandis que les anciens du CFCM, aux allures de vieux crabes, canal historique, faisaient de la résistance: «Cette instance, du vent médiatique plus qu'autre chose. Le CFCM, dont les membres sont élus, demeure la référence de toute grande réforme du champ islamique français».
    D'ailleurs, pendant la réception par Cazeneuve de cette instance, le CFCM n'en menait pas large. Sa direction venait à peine de sortir d'une grande polémique autour de la nécessité de participer ou non à la fameuse journée de réflexion sur la place de l'Islam en France organisé par «Les républicains», le parti de Nicolas Sarkozy. La tension traditionnelle entre ses membres était au rendez-vous. Entre la proclamation publique de la boycotter et la participation en catimini de son président, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, la cohérence de ses choix subissait une rude épreuve. Ce qui était censé être un scandale sur l'utilisation et l'exploitation par Nicolas Sarkozy de la question de l'Islam se transforma en polémique sur les antagonismes qui paralysent le CFCM.
    Même si Bernard Cazeneuve ne rate aucune occasion pour rassurer les membres CFCM en leur disant que rien ne se fera sans eux, la messe semble être dite en termes de crédibilité et d'efficacité. Il est aujourd'hui question de revoir l'ensemble des structures, leurs dynamiques et leur manière de fonctionner. Cela ressemblera à un travail d'Hercule, tant les résistances sont lourdes, tant les influences étrangères sont irrésistibles. L'Islam de France ou l'Islam en France, avec ses multiples chantiers encore ouverts, a toujours été un terrain d'influence pour des puissances étrangères.
    Pour que Bernard Cazeneuve puisse innover en la matière, il lui faut avoir la capacité de couper le cordon ombilical qui lie les structures de l'Islam de France avec certains pays étrangers, de tenter d'imaginer un Islam de France débarrassé de l'influence étrangère de certains pays et de leurs  agendas forcément croisé. Ce défi existe. Le ministre de l'Intérieur français fait mine de l'ignorer pour ne pas braquer certaines structures et personnalités, mais il est convaincu que rien d'efficace ne sera entrepris dans ce domaine tant que cette question d'allégeance et d'influence ne sera pas traitée.

    Mosquées à l’intérieur de l’église

    La tenue de cette instance de dialogue avec l’Islam a eu lieu à l’ombre d’une nouvelle polémique qui risque de produire de nouvelles tensions et nourrir d’anciens fantasmes. A l’origine de cette polémique, le recteur de la mosquée de Paris Dalil Boubakeur qui a préconisé que pour pallier l’absence de lieux de cultes pour les musulmans, les fidèles peuvent prier dans des églises vides. La proposition fut lourdement commentée. La journal «Le Figaro» avait donné la parole à un dignitaire de l’église qui, surprise, au lieu de s’en offusquer, trouva l’idée intéressante. Il a eu cette phrase choc qui nourrira certainement le débat:
    «Sur le principe, je préfère que les églises deviennent des mosquées plutôt que des restaurants».
    Cette proposition de Dalil Boubakeur a été par ailleurs jugée inopportune. Elle risque de nourrir l’atmosphère de l’islamophohie ambiante et d’être utilisée par les détracteurs de l’Islam et des musulmans comme une preuve supplémentaire de la valeur de conquête intrinsèque à l’Islam qui cherche à occuper des terrains abandonnés par d’autres religions. Du pain béni pour l’argumentaire de l’extrême droite xénophobe qui perçoit dans ce genre de posture une validation de sa mécanique de haine et d’exclusion. 

     

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